Le mot de la fin.
Publié dans Le grand Depart
Japon
Le 16 Juillet 2012, j’arrive au Japon. C’est la dernière étape d’un long périple, et mon retour dans l’hémisphère Nord après plus d’une année passée sur la moitié Sud du globe. Je passe de l’hiver tranquille de la Nouvelle Zélande à l’été chaud et humide de Tokyo ! C’est également un gros contraste de densité… 4 millions d’habitants dans toute la Nouvelle Zélande, 35 millions juste à Tokyo.
Je prends ma première bouffée d’air chaude à l’aéroport de Narita et me dirige en train+métro vers le quartier de Okachimachi, chez mon hôte couchsurfing. Elle s’appelle Lie, est chinoise et vit à Tokyo depuis de nombreuses années. Elle habite dans un petit appartement typique Japonais, avec parois coulissantes et tatami. Elle m’explique comment je peux organiser mes visites, quartiers par quartiers, me montre les plans et les transports. La ville semble énorme !
Le lendemain, Lie me prête son vélo pour optimiser ma première journée à Tokyo. Je me dirige dans les quartiers voisins de Ueno et Asakusa. Ce sont des quartiers populaires où la culture et l’histoire se mêlent à la ville moderne.
Je visite le fameux temple Senso-Ji à Asakusa situé le long de la rivière Sumida, avec comme arrière plan l’immense sky tower qui vient juste d’être achevée, et la brasserie Asahi. Ce dernier bâtiment a été coiffé par Philippe Starck d’une sculpture d’or sensée représenter une goutte de bière, mais que beaucoup de Japonais interprètent comme une crotte de chien.
Je vais ensuite vers le grand parc Ueno. On y trouve un zoo, un étang, de nombreux temples et de beaucoup de musées. Je préfère rester dehors à observer cette culture que je ne connais pas, observer la ville et ses habitants, gouter la nourriture, et m’arrêter auprès des distributeurs de boissons que l’on trouve à chaque coin de rue pour me réhydrater.
La ville est dense et immense. Ma première impression est d’être dans une fourmilière, bien ordonnée et sans débordement apparent.
Je rentre le soir chez Lie et rencontre un autre couchsurfer, un ukrainien. Je fais la traditionnelle soirée crêpe 🙂 Ca marche à tous les coups !
Le lendemain il fait extrêmement chaud, je retourne en vélo à Ueno pour faire une journée musée et rester au frais. Il y en a beaucoup. Je commence par le Western Art Museum, dans un bâtiment de Le Corbusier. Je vais ensuite au Tokyo Metropolitain Museum of Art. Il y a une superbe expo sur l’habitat du futur, avec de nombreuses maquettes, dont une à l’échelle 1/1 très étonnante. Je fini par le Tokyo National Museum, un peu trop grand et fourni pour rester concentrer dans chacune des dizaines de salles qui s’enchainent.
Je vais vers Shibuya pour rencontrer ma deuxième hôte CS. Elle s’appelle Risa et est Japonaise. Elle habite également dans un petit appartement typique Japonais, avec son chat Ginger. Elle est très calme, à l’écoute et attentionnée, avec un petit coté traditionnel qui doit venir de sa culture. La différence de culture entre Lie et Risa est flagrante! Je n’étais pas trop dépaysé par la vie « à la Chinoise » de Lie que j’avais déjà expérimentée. Je découvre maintenant le mode de vie Japonais de Risa qui semble être à l’opposé. Le respect, la délicatesse, le calme et l’attention sont les valeurs de Risa. Le dynamisme et la spontanéité sont celles de Lie. Pour conclure sans faire de généralités Japon-Chine, cette différence m’a surprise.
Aprés quelques courses, nous savourons un repas typiquement japonais chez Risa.
Je continue ma visite de Tokyo quartier par quartier. De Shibuya à Harajuka . Je commence par les « flagship stores » des grandes maisons de luxe éparpillées le long de l’avenue Omotesando (équivalent des Champs Elysées). Ces bâtiments sont des vaisseaux amiral (ou porte drapeau) de la marque. Entièrement dédiés à l’image de marque, ils disposent d’une grande surface proposant une gamme très large des produits de l’entreprise. Elles y sont presque toutes : Louis Vuitton, Prada, Chanel, Céline, Todds, Audi, Dior, Armani…
Ces bâtiments sont signés par des grands noms de l’architecture, rivalisant d’audace et d’innovation pour mettre en avant les prestigieuses enseignes.
Je retourne du côté de Shibuya qui est un autre temple de la mode, et surtout un nœud important de la ville avec une densité de trafic impressionnante. Le croisement piéton de « Shibuya crossing » est un spectacle à lui seul. C’est le plus grand carrefour piéton du monde avec 2,5 millions de personnes par jour ! Toutes les minutes, dès que les feux piétons passent au vert, une foule se croise dans tous les sens ! Le premier étage du Starbuck qui est à l’angle du croisement est un observatoire idéal.
Je suis également impressionné par le nombre d’enseigne clignotant au mètre carré, la quantité de boutique mettant tout en œuvre pour vous solliciter, la taille démesurée de certain shopping center, et le nombre de consommateurs qui ne semblent se déplacer que d’une boutique à l’autre. Tokyo est sans aucun doute le temple de la consommation, la Mecque du shopping, le pèlerinage du hipster.
Il y a également à Shibuya l’étonnant quartier des « Love hôtels ». Les ruelles arborent des façades d’hôtel allant du style romantique mielleux jusqu’au kitch des plus assumé. Ces hôtels mettent en avant des chambres sur-décorées, avec baignoire ou Jacuzzi, louées par tranche de 3h. Il est apparemment assez commun de venir trouver un peu d’intimité et de discrétion dans ces établissements.
Je bois un verre avec Lie en fin de journée et nous prévoyons d’aller faire un tour à Yokohama le lendemain. Je rentre chez Risa et cuisine une spécialité française, un hachis Parmentier. Elle a adoré.
Le lendemain, je suis à la station de Yokohama, à 1h de train de Tokyo centre. J’y retrouve Lie qui est impatiente de me faire visiter le quartier de China Town. Je découvre le bord de mer, un immense pont et un étonnant terminal de ferry.
Cette construction me dit quelque chose, j’y aperçois des courbes en plancher bois et des espaces verts en toiture, il n’y a plus de doute, c’est le fameux projet qui avait fait la une des magazines d’architecture en 2002. Un concours remporté par les architectes Farshid Moussavi et Alejandro Zaera-Polo de « Foreign Office Architects ». Nous allons nous promener sur la toiture du terminal qui est un parc où se mêlent pelouses et circulations curve en plancher bois. Le sol devient une surface active et gère les circulations en volume. Le langage du pont de bateau ou encore les ondulations de la mer y sont ici très explicite, les surfaces de bois se vrillant dans tous les sens.
Nous allons ensuite visiter et nous restaurer dans le China Town, un endroit très touristique. La pluie commence à tomber à grosse goutte et nous partons nous refugier dans le musée d’Art contemporain de la ville. Il y a une très belle expo sur Nara Yoshitomo, véritable star japonaise du pop art issue de l’univers Manga. Jouant avec l’agressivité et la naïveté, l’artiste met en scène des enfants et des animaux à l’air un brin maléfique. Notre visite de Yokohama est terminée et Lie m’emmène à Shinjuku, un quartier vibrant du centre de Tokyo.
Ca clignote dans tous les sens, ca grouille de monde, et toutes les activités y sont possibles. Shopping, resto, bars, karaoké, salon DVD, dance club, hôtel de passe, agence d’escort girl… Shinjuku a la réputation d’être un quartier chaud de la ville. Je suis aussi stupéfait par ces magasins sur 6-8 étages qui entassent toutes sortes de produits sur leurs petites surfaces par plateau. Un étage gadget, un étage alimentaire, un pour les vêtements, un autre pour la cosmétique ou encore le sexshop… et toujours le dernier étage pour les produits de luxe. On y trouve cigares, liqueurs, grands vins, montres, bijoux et maroquineries des plus grandes maisons de luxe. Les produits y sont entassés, mis en valeur de manière un peu grossière voir même kitchissime. J’ai le sentiment que tout est faux et que nous sommes à l’étage de la contrefaçon. Quelle marque de luxe laisserait exposer ses produits comme ca ??!
Mais une chose m’interpelle, ce sont les prix affichés. Non pas qu’ils soient écrits au marqueur fluo sur une étiquette en étoile argentée, mais plutôt qu’ils soient extrêmement élevés. Je demande à Lie une explication et elle me répond qu’il ne s’agit pas de contrefaçon mais bien des modèles originaux ! La contrefaçon étant très réprimandée au Japon. Je suis très étonné et me demande qui va préférer venir chercher son sac à 6000$ dans un boui-boui plutôt qu’au flagship store Louis Vuitton !!?
Je passe ma dernière soirée chez Risa. Elle m’a convaincu d’aller passer au moins deux jours à Kyoto. Selon elle, la capitale historique du Japon est un passage obligatoire pour s’exposer à la culture traditionnelle Nippone. Il est possible d’y aller en quelques heures avec le « Bullet train » ou en une nuit avec le bus. Elle me réserve un départ en bus le soir même et nous partons ensemble visiter le quartier de Rappongi. C’est un quartier chic de Tokyo connu pour ces deux gigantesques shopping center. Le Rappongi Hill avec ses 11,6 hectares de surface, et le nouveau Tokyo Midtown orienté luxe. Véritables villes dans la ville, les espaces intérieurs sont de véritables avenues, l’architecture intérieure y est très maitrisée et les espaces agréables.
Ils hébergent également des musées et expositions. Nous faisons notre pèlerinage culturel sur les trois pointes du « Rappongi Art Triangle ». Trois musées : le 21-21, le Mori, et le Suntory. Le Mori est au 52e étage du Rappongi Hill shopping center et offre une superbe vue panoramique sur Tokyo. Les deux autres musées sont liés au Tokyo Midtown. Nous y avons également trouvé une belle expo de graphisme au Design Hub.
Je récupère mes sacs à la consigne et quitte Risa à la station de Rappongi. Lie a organisé un diner avec quelques amis. Une chinoise, un canadien, et un autre CS français. Nous sortons tous après diner pour boire un verre à Shinjuku, le quartier où je dois prendre mon bus à 23h. J’arrive à la station de bus, dans la base d’une énorme tour et j’ai l’impression d’arriver à l’aéroport. Collecte des billets sur une borne automate avec No de Passeport, check in, salle d’attente, salle d’embarquement… pour finir dans un bus avec des sièges lits et visières abattantes.
J’arrive à 6h du matin à Kyoto en mode Zombie. J’ai très peu dormi et j’ai une tendinite à l’orteil qui devient insupportable. J’ai de plus en plus de mal à marcher, l’idéal serait que je loue un vélo. Je n’ai aucun guide sur la ville, aucun plan, je suis obligé d’attendre 8h30 que l’office du tourisme ouvre ses portes. J’en profite pour errer dans le colossal hall de la gare, le bien nommé « CUBE », un bâtiment révolutionnaire imaginé en 1997 par Hiroshi Hara. Une structure métallique et une passerelle à plus de 30m de haut, une rue d’escalator qui mène nul part , des magasins, des cafés … Un peu dur l’arrivée à Kyoto, ca doit être à cause de la fatigue.
J’ai trouvé l’adresse d’un hôtel, d’un loueur de vélo avec un plan de la ville. Je pose mon sac à l’hôtel et commence à visiter Kyoto.
Le ville regorge de temples, tous plus beaux les uns que les autres, éparpillés aux quatre coins de la ville. Deux jours ne seront pas suffisants pour en faire le tour et je dois optimiser mes visites. Le vélo est l’outil idéal pour gagner du temps, et surtout une délivrance pour mon orteil ! Je monte vers le Nord Est pour visiter quelques fameux temples dont le fameux Kinkaku-ji « le pavillon d’or ».
Ensuite direction l’Ouest pour longer une charmante petite rivière dont les rives sauvages cachent de superbes temples et jardins japonais. C’est une ballade très agréable, à mille lieux de la fourmilière de Tokyo. On y ressent ce calme et cette sérénité, cette relation harmonieuse entre l’homme et la nature, propreté et beauté, calme et élégance, courtoisie et bienveillance… ca devrait suffire 🙂
Jour 2, je check out et laisse mes bagages dans la consigne de l’hôtel. J’enfourche mon vélo pour cette dernière journée de ballade à Kyoto. Je vais au Sud-Ouest de la ville pour pénétrer dans la mystique forêt de Bambou.
Il y a également une charmante rivière avec quelques temples et maisons traditionnelles. Ce quartier est moins touristique que les autres, plus authentique, c’est un régal. Je traverse la ville d’un bout à l’autre pour arriver au Sud Est qui est beaucoup plus fréquenté. Des rues piétonnes pavées, des boutiques de thé, des restaurants, des Geishas, des touristes, des temples… c’est un peu le Disneyland de Kyoto. Je visite le Kiyomizu-dera , un fameux temple perché sur une colline, la vue est magnifique.
Je finis la journée dans le centre ville, très animé avec ces micros ruelles qui longent le fleuve. J’ai adoré l’ambiance nocturne de ce quartier riverain, un peu secret et intimiste, traditionnel et touristique, sage et arrogant, ange et démon. L’architecture fine des filtres et du claire voie, voir sans être vu, les entrées dérobées, les longs passages mystérieux qui mènent aux plus beaux restaurants de la ville. Une ambiance unique et irrésistible.
Un adage dit que le Japon est comme un être humain dont la tête serait à Tokyo, l’estomac à Osaka et le cœur à Kyoto ! Riche d’un patrimoine artistique et culturel sans équivalent dans les autres villes de l’archipel (de nombreux sites et monuments sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco), Kyoto peut être considérée comme la capitale historique, intellectuelle et culturelle du Japon.
Le sablier se vide, il va être temps de repartir. Je passe prendre une douche et grimpe dans le bus de nuit, retour à Tokyo!!!
De retour à Tokyo le lendemain je repars directement visiter le quartier de Ginza, le dernier qu’il manque à ma liste. C’est là que se trouve le palais et la famille impériale. C’est un gigantesque parc très bien gardé avec ses douves, ses ponts, ses portes d’accès et ses gardiens.
Je vais faire un tour au centre d’exhibition qui est un énorme paquebot de verre à l’architecture emblématique et au volume impressionnant. J’arpente ensuite les ruelles grouillantes de monde du quartier centre et traverse les jardins impériaux pour arriver de l’autre côté, au musée National d’Art Moderne où je finis la journée.
Je rentre à Ueno pour saluer Lie et faire mon sac. La visite est terminée, fini Tokyo et Kyoto, fini le Japon, fini le voyage… Je décolle le lendemain à 7h30 en direction de Paris!
Pour refermer cette parenthèse Nippone, 10 jours ont été bien peu pour avoir une opinion valable sur un pays et une culture aussi riche. Le contraste entre ces deux dernières années passées sur les terres de l’Océanie et ces quelques jours de folie Japonaise ne pouvait être plus extrême. Dix jours pour s’y acclimater n’est pas assez et je prends d’habitude beaucoup plus de temps pour découvrir un pays. Ce passage n’a été qu’une escale, une mise en bouche, une introduction. J’ai du mal à conclure et de toute façon j’ai la tête déjà ailleurs, la concentration me manque. J’ai besoin de poser mon sac, de me reposer, et sans aucun cynisme, j’ai besoin de VACANCES !
Je vais retrouver la France, la famille, les amis, les longues soirées d’été, le lac, les montagnes, les bons fromages, le pain et le bon vin… J
Je ne peux que me réjouir de ce retour !
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Nouvelle Zélande- Ile Sud
Le 13 Juin 2012, Bernadette et moi sommes à bord du ferry Blue bridge qui quitte Wellington en direction de Picton, le port d’entrée de l’île Sud. Il fait beau, et la traversée de la baie de Wellington est magnifique.
Aussitôt que nous en sortons, la houle vient nous chahuter. Cette traversée peut être particulièrement mouvementée, et il n’est pas rare que les ferries restent à quai. Sans oublier le triste épisode du ferry « Wahine » et ses 53 victimes en 1968.
De l’autre coté, nous accédons à Picton en naviguant à travers les Marlborough sounds. Des « sounds » sont des anciennes vallées fluviales dont les rivières sont aujourd’hui passées en mer. C’est un peu comme des Fjords (même schéma mais pour d’anciennes vallées glacières) mais ici le relief est beaucoup moins vertical. Nous évoluons donc à travers ces longs couloirs aux eaux calmes. Les collines sont sauvages, il n’y a pas d’habitation, pas de route, juste de la végétation.
Il y a cependant une belle randonnée à faire dans les environs, le « Queen Charlotte Track ». Cette rando de 75 kms est faisable entre 3 et 5 jours, et parcourt les sounds depuis Picton jusqu’à l’embouchure avec la mer. Il y a quelques terrains de camping en chemin, il faut soit se faire déposer en bateau à l’extrémité et redescendre vers Picton, soit l’inverse. Je viens de m’acheter une tente et un deuxième duvet, j’ai bien l’intention de commencer l’aventure dès le lendemain. Je dors dans les environs et embarque sur un bateau taxi le lendemain à 9h30. Nous ne sommes que quatre à bord et arrivons à l’autre extrémité du parcours à 11h. Je compte faire le retour en 3 jours, ce qui fait une distance de 25 kms par jour. En cette saison, il fait nuit à 17h ce qui veut dire que j’ai 6h pour arriver au camp qui est 26kms plus loin. En comptant une petite pause casse croute, ca fait du 4,5 km/h… C’est faisable si le dénivelé n’est pas trop important. Le trek commence justement par une imposante montée et le sac de 18kg a du mal à se faire oublier.
Le temps est un peu gris et pluvieux, mais les paysages sont de toute beauté. J’arrive finalement à 17h sur le camp, qui est désert. En cette saison, les rares marcheurs préfèrent rester dans les quelques auberges éparpillées sur le parcours. J’avais certainement envie d’expérimenter le camping en hiver… j’ai été servi! J’ai pourtant apporté mes fameux bas en mérinos, un pantalon de jogging doublé, 3 pulls, 2 duvets et une couverture de survie… mais j’apprends à mes dépend que si rien ne m’isole du sol, j’aurai froid. Je note aussi dans la liste des mauvaises idées, le coup de la couverture de survie pour emballer le tout. Cela crée une forte condensation et je me suis réveillé en pleine nuit avec le duvet trempé. Je reprends la marche le lendemain sous une belle éclaircie. Cette portion du « Queen Charlotte » est perchée sur une crête qui ne fait que monter et descendre pendant 24 kms. On y trouve de superbes points de vue des deux cotés de la crête.
Le dénivelé cumulé de cette portion est important et j’arrive sur le camp de « Portage » les pieds en feu! Je monte la tente directement sur la plage et j’allume un feu camouflé sous une grosse souche de bois échouée. Les feux sont en principe interdits… mais celui ci est presque invisible dans sa souche, et cette dernière à l’intérêt de concentrer la chaleur comme un insert dans une cheminée. Je passerai donc la soirée au chaud dehors sur la plage, à cuisiner au feu de bois. Oui je suis un peu Robinson Crusoé 🙂
Je me réveille très tôt pour la troisième et dernière portion du trek. Il fait nuit et froid et je ne sens plus mes mains après avoir plié la tente trempée par la rosée. Mes pieds sont très douloureux à froid. Cette dernière portion est relativement plate et le ciel est bien dégagé, les kms défilent plus vite et j’arrive à 13h30 à Anakiwa, qui est la fin du « Queen Charlotte track ».
Seulement voilà, Picton est à encore 30kms par la route et la plupart des marcheurs arrangent un bateau taxi à leur arrivée pour parcourir cette dernière jonction. Comme je n’ai rien arrangé du tout, je ferai le retour en stop. Etant donné le peu de voiture qui emprunte cette route, je marcherai encore une heure avant que quelqu’un me prenne. Je retrouve Bernadette à Picton et reprends en sens inverse la route que je viens de parcourir en stop. Je roule sur la superbe « Queen Charlotte drive » en direction de Nelson où j’ai rendez-vous pour diner avec les parents de Loren. Après la rencontre avec René à Wellington, je fais maintenant la connaissance de Cathy et Daryl, qui habitent une maison dans les environs de Nelson.
J’apprécie une douche chaude et un diner local (Fish n’ chips + Pavlova) bien au chaud dans une maison des 70’. Ils me renseignent et m’aide à planifier mon itinéraire sur l’île du Sud. Ils m’invitent également à rester dormir, dans un lit avec couverture chauffante… le pied !
Le 17 Juin, Bernadette attend deux nouveaux passagers pour traverser l’île du Sud. Etant donné la chute des températures, il faut d’avantage de chaleur humaine pour tenir le coup… Nous tenterons de cohabiter à 3 personnes dans la roulotte. Sarah et Sophie viennent d’arriver en NZ et m’ont contacté depuis Auckland pour faire un bout de chemin ensemble. Sarah est une Française de 32 ans et Sophie est une Québécoise de 38 ans, et oui, encore des Francophones!
Elles sont toutes les deux en tour du monde et n’ont que quelques semaines pour découvrir le pays. Etant plus attirées par le Sud que le Nord, elles se sont organisées pour descendre rapidement l’île Nord en bus afin que je ne les attende pas trop longtemps. Nous nous rencontrons à Nelson, je fais les présentations avec Bernadette et nous commençons à établir notre itinéraire.
Sarah doit être dans 2 semaines à Queenstown pour sont vol vers Tahiti. Sophie a un peu plus de temps, elle partira plus tard aux îles Fiji. Les filles se sont rencontrées il y a quelques jours sur un forum de voyage et ont décidé de visiter NZ ensemble. La première escale sur notre itinéraire sera le parc naturel d’Abel Tasman. C’est un des incontournables de la NZ. En été, le très touristique « Abel Tasman Track » devient presque une autoroute. Le principe y est le même qu’au « Queen Charlotte Track », il faut se faire déposer en bateau sur un point du parcours, et revenir à pied. Il y a également des terrains de camping en chemin. Malheureusement, les prévisions météo sont catastrophiques et la pluie semble sévir pour quelques jours. Nous décidons d’attendre une journée que ca s’améliore. C’est l’anniversaire de Sophie et nous passons notre première soirée tous les trois à bord. Le lendemain, nous visitons Nelson sous la pluie, son musée, sa librairie… le temps est épouvantable et nous avons hâte de décoller. On se dirige en fin de journée vers Marahau, la dernière civilisation avant le parc d’Abel Tasman.
Le lendemain, nous sommes devant l’office des taxis boat. Comme il pleut toujours, nous optons pour une simple journée de marche. Le camping sous la pluie risquerait de tourner au cauchemar. Nous nous faisons déposer à Bark Bay, qui est à 6h de marche de Marahau. Malgré les conditions météo, le bateau est presque plein! On se fait tremper pendant les ¾ du parcours.
On apprécie tout de même quelques beaux points de vue, mais le simple fait d’imaginer à quel point tout cela doit être beau sous le soleil est un peu frustrant. Nous sommes de retour chez Bernadette de nuit, trempés. Le soleil refera sont apparition le lendemain, nous sommes en route vers la cote Ouest de l’île. La portion de route qui longe la côte après Charleston est très surprenante.
Très sauvage avec une végétation et un microclimat unique. Nous avons l’impression d’avoir changé de saison. Il y fait quelques degrés supplémentaires et une végétation tropicale montagneuse plonge littéralement dans l’océan. Nous nous arrêtons à Punakaiki pour observer d’étranges formations rocheuses composées en strates. Ils appellent ca les pancakes.
Puis à Hokitika, nous bifurquons dans des gorges où il est possible de contempler des eaux bleues depuis une passerelle suspendue. Nous dormons sur place et Sophie nous montre comment allumer un feu avec du bois mouillé (elle a donné des cours de « condition de survie » à l’armée Canadienne).
Nous retournons sur la passerelle de jour pour y apprécier ce fameux bleu laiteux, et surtout découvrir que nous sommes entourés de bien belles montagnes. Ca y est, j’y suis… dans ces superbes montagnes blanches de l’île Sud.
Je les attendais avec impatience et je rêve déjà de les dévaler à ski ! Nous roulons jusqu’à arriver au « Franz Joseph Glacier ». Le relief s’est considérablement élevé et le fait de l’observer depuis le niveau de la mer ne fait qu’amplifier la sensation. Nous arrivons au village de Franz Joseph et après une petite marche d’une heure sur l’ancien lit du glacier, nous découvrons la tête du glacier.
Il est assez difficile d’imaginer qu’il y a encore quelques dizaines d’années, la tête du glacier allait presque plonger dans la mer. Sous ces latitudes, les neiges éternelles sont bien plus basses qu’en Europe. Nous sommes chanceux, le temps est clair et nous apercevons le Mont Cook qui est le point culminant du pays. Nous arrivons même à pique niquer dehors, devant le lac Matheson dont le reflet est très photogénique.
On en fera le tour puis irons nous perdre un peu plus loin, à « Gillepsies beach » pour la nuit. Au réveil, j’ai l’impression d’être devant une publicité pour l’eau d’Evian, avec les montagnes roses, bleues et blanches comme sur l’étiquette 🙂
Nous faisons une ballade sur la plage où nous trouvons les vestiges d’une ancienne mine, puis nous retournons sur la route principale en direction du glacier voisin, le « Fox Glacier ». Ces glaciers sont assez similaires, ils ont la particularité, après un long recul du au réchauffement climatique, d’avoir repris leur marche en avant depuis quelques années. Certes avec une épaisseur bien moindre, mais ce phénomène reste unique. L’intérêt du Fox glacier, c’est que l’on peut s’approcher plus près de la tête du glacier que sur le Franz Joseph. Il est également possible de marcher dessus avec des guides ou de le survoler en hélico, mais nous nous contenterons de la marche sur les cailloux. Après cette rapide visite, nous nous remettons en route pour Wanaka. La route est toujours aussi spectaculaire et la neige borde maintenant la chaussée. Une superbe route longe les lacs de Wanaka et Hawea. C’est grandiose, le relief s’est adouci et nous découvrons des collines dorées où la lumière de fin de journée s’amuse à étinceler. Il n’y a rien. Pas de village, pas d’habitation, c’est à peine si l’on y voit du bétail. L’arrivée à Wanaka par cette route est poignante. Après ces quelques jours de beaux temps consécutifs, il fallait bien que la pluie fasse son retour. Nous restons une journée au chaud à Wanaka, entre la piscine, la librairie et l’inhabituel cinéma Paradiso (vous avez le choix de vous asseoir soit dans les fauteuils d’avion, le canapé de mamy, ou une vielle voiture Anglaise).
Il y a également une pause cookies chauds au milieu de la projection puisque le ciné est attenant à un café-resto. Le passage pluvieux n’aura pas duré longtemps, le soleil fait son retour. Le lendemain nous roulons vers le « Aspiring National Parc ». On nous a conseillé le Rob Roy Track, une marche très prisée qui nous mène à un autre glacier. On nous met juste en garde sur l’accessibilité du site qui est assez accidenté. IL y a 30kms de chemin de terre et le passage de 9 ruisseaux… sans pont. On nous assure que si on arrive à passer le premier, nous passerons également les 8 suivants. Ce petit chemin nous transporte à travers un décor de carte postale.
On y croise de nombreux moutons et vaches qui empruntent la même route que nous. Nous arrivons au premier cours d’eau. L’eau semble relativement profonde, mais ne devrait pas immerger le moteur. On la franchit lentement en raison des grosses pierres, mais ca passe. Les 8 autres ruisseaux n’oseront pas mouiller Bernadette plus haut qu’à mi-roue. Un ou deux passages était un peu plus sablonneux, mais on s’en est sorti. Après toutes ces aventures, nous laissons Bernadette se reposer sur le parking du Mont Aspiring et commençons la marche. On se ballade d’abord sur de belles prairies avec nos amis les moutons puis traversons la rivière par une passerelle suspendue.
On commence alors à monter sur un versant plutôt raide. Après quelques passages délicats sur des pentes d’éboulements, nous arrivons dans une zone très glissante. Les pierres y sont verglacées et nous y ferons une belle série d’acrobatie. Soudain, une cascade apparaît, elle est extrêmement haute! Elle se jette depuis le sommet d’une impressionnante paroi verticale noire. Juste derrière cette dernière se cache une autre paroi, encore plus imposante, blanche de neige et bleue de glace.
Nous sommes tous restés subjugués, la tête en l’air, à observer les deux glaciers accrochés presque à la verticale sur les sommets. Ce fut une bien belle surprise, nous ne savions pas que des glaciers étaient visibles sur cette marche. Retour au parking et nouveau passage de rivière pour Bernadette. Nous avons le temps pour une dernière ballade avant la tombée de la nuit, autour du petit Diamond Lake, qui offre une jolie vue sur le grand lac Wanaka. Nous dormons sur les rives de ce dernier. Nous arriverons le jour suivant à Queenstown.
Queenstown est sans hésitation la ville la plus touristique de l’île Sud, surtout en hiver. C’est la capitale des sports extrêmes en tout genre (saut à l’élastique, chute libre, rafting, glisse…), et également le point d’accès à quelques belles stations de ski. Située au bord du lac Wakatipu, avec ses beaux hôtels face aux montagnes, Queenstown à des petits airs de Montreux en Suisse. La différence est qu’ici, Queenstown est la seule ville présente autour du lac.
Le rivage alentour reste très sauvage et le panorama depuis les rives de la ville y est superbe. La ville en cette saison est victime de son succès, et les ruelles sont pleines à craquer. Queenstown est la première destination « ski » de toute l’Océanie, et une forte population Australienne vient y taquiner le flocon. Nous sommes un peu surpris d’une telle effervescence, plutôt inhabituelle pour la Nouvelle Zélande. La transition est un peu extrême, du coup, on profite du beau temps pour continuer la route de bord de lac, et retrouver ces paysages sauvages et déserts auxquelles on est habitué. Nous avons encore 5 jours pour y revenir, avant que Sarah y prenne son avion.
Nous arrivons 65 kms plus loin, à Glenorchy qui est un petit hameau au bout du lac, nous poursuivons ensuite sur un chemin de terre de 30kms, pour atteindre le départ de Routeburn. C’est le départ d’un fameux trek de plusieurs jours qui permet de rejoindre Abel Tasman en évitant de faire l’énorme détour de 5 heures par la route. Toujours pour les mêmes raisons, il n’est pas possible de parcourir l’ensemble du sentier en cette saison, les risques d’avalanches sont trop importants. Sophie et moi marchons jusqu’au premier refuge du Flat Hut, Sarah se repose à la « maison » Nous la retrouverons quelques heures plus tard, au chaud chez Bernadette.
Nous passerons la nuit au calme, dans la forêt voisine. Nous avions entendu parler d’une tempête de neige pour la nuit et les jours suivants, mais le ciel étant bien dégagé… nous n’y croyons pas vraiment. Et pourtant, le lendemain matin, nous sommes au milieu d’un tapis blanc. Heureusement, la neige est fraiche et pas encore glacée. Nous pouvons rouler sans problème. Nous retournons au village de Glenorchy pour y trouver une station essence et repartir vers Queenstown. Mais en raison des fortes chutes de neige, il n’y a plus d’électricité au village et la station essence reste fermée. Nous voici donc bloqués au village jusqu’au rétablissement du courant. Nous trouvons une auberge avec une large cheminée pour nous réchauffer.
Nous y passerons la journée bien au chaud, en chaussons avec nos chocolats et vins chauds. La neige continue de tomber et la route n’est pas déneigée. Nous nous demandons si nous arriverons à rejoindre Queenstown avant le printemps. Nous faisons une petite marche dans le village et au lagon où on y voit les cygnes noirs sous la neige. Le soir venu, le bar s’éclaire à la bougie et la tireuse à bière, fort heureusement, fonctionne sans électricité. Celle ci sera rétablie dans la soirée et nous pourrons faire le plein le lendemain. Nous passons encore une matinée à l’auberge pour laisser le temps à la route de dégeler un peu au soleil et nous rentrons à Queenstown. Nous arrivons en ville durant le «Winter festival», et ce ne sont pas les animations qui manquent en ville.
Nous avons réservé un tour dans les Fiord land, à Abel Tasman. Nous partons en bus panoramique le lendemain matin de bonne heure. Il y a 4h de route. La dernière portion de route pour les Milfords est restée fermer plusieurs jours à cause des fortes chutes de neige, et les équipes de déneigement sont censée rouvrir la route à 12h. Nous arrivons sur la zone fraichement déneigée. Le paysage devient de plus en plus mystique, blanc et montagneux. Comme une carte postale infinie qui défile derrière les vitres du bus, on ne sait plus où donner de la tête tellement c’est beau.
Nous traversons d’épaisses forets, croisons quelques lacs, et les parois rocheuse sont de plus en plus hautes et verticales. La route rétrécit et serpente de plus en plus. Il y a également beaucoup de glace noire, mais notre chauffeur est un expert.
Nous continuons à monter jusqu’à tomber face à une énorme paroi de roche, seul un petit tunnel nous permet de franchir l’obstacle (le Homer tunnel, long de 1300m et creusé à la main durant 20ans). Le même décor nous attend à la sortie, sauf que nous apercevons l’océan au fond de la vallée. C’est la fin de la route, et nous arrivons bientôt au port de Milford Sound, point de départ pour les croisières en bateaux dans les Fjords.
En quelques kilomètres, les hautes montagnes se sont transformées en fjord (ancienne vallée glacière) et plongent verticalement dans l’océan, en créant un long couloir navigable débouchant sur l’Océan. Nous embarquons sur un des nombreux bateaux qui font les aller et retour dans les fjords. Ce voyage est d’une beauté à couper le souffle. Toutes les têtes sont en l’air, les yeux fixés sur les falaises d’où se jettent de nombreuses cascades. Nos regards redescendent de temps à autre sur l’horizon pour observer la faune locale. Les dauphins, les phoques et pingouins sont facilement visibles.
En cette saison d’hiver, c’est la seule activité que l’on peut faire dans les Milfords. Le fabuleux « Milfords Track » qui est sans doute la plus belle randonnée à faire en NZ n’est plus accessible en raison de la neige.
[vimeo https://vimeo.com/51613012]
Il est tant de repartir en direction de Queenstown qui n’est qu’à 70kms à vol d’oiseau, mais il nous faudra parcourir 300kms pour y arriver. J’ai été complètement envouté par cette excursion. J’aime la verticalité des montagnes, je n’en avais jamais vu un tel exemple auparavant. Certaines parois de montagne atteignent jusqu’à 1 200m de dénivelé, appréciable depuis le niveau de la mer… ce qui fait que ce relief que l’on ressent comme colossal ne culmine en fait qu’à 1 700m. Une toute autre échelle que celle des alpes ou autre massif continental.
Nous sommes de retour à Queenstown et nous passons la nuit sur les hauteurs, où Bernadette domine la ville et le lac. Au réveil, nous marchons en direction de Queenstown Hill dont le sentier est à deux pas de là. Entre forêt et monts enneigés, la ballade offre de beaux points de vue sur Queenstown et la région. J’y aperçois les stations de « Coronet » et « Remakable », il fait beau, c’est la journée idéale pour aller skier.
C’est aussi la dernière journée de Sarah qui vole bientôt en direction de Tahiti. Pour l’occasion, nous choisissons un hôtel où l’on peut stationner Bernadette et utiliser les commodités tout en dormant dans notre roulotte (et oui, il serait mal poli de découcher la dernière nuit). Les filles n’ayant pas envie de skier, je les dépose à l’hôtel et monte seul jusqu’à la station des Coronet. Je sors mon équipement de compétition que j’ai acheté à Salvation Army, l’équivalent d’Emmaüs et je me précipite sur le télésiège. Cela fait un moment que je n’ai pas skié, et encore moins sous ces latitudes, je suis tout excité!
Je dévale les premières pistes, face au lac, quel plaisir !
Ce qui est surprenant, c’est l’échelle de la station. Celle ci est réputée comme une des stations importantes du pays, et il n’y a que 4 remontées mécaniques. C’est sur que si l’on compare aux standards alpins, Coronet aurait même du mal à faire de la concurrence à Bernex, on est plutôt sur les standards Jurassien, comme Métabief ou les Rousses. Néanmoins, le réseau de piste est développé à son maximum et il faut quand même une bonne après-midi pour couvrir le domaine. De nombreux vallons sont laissés en « Hors piste », nous ne sommes pas suffisamment avancés dans la saison pour s’y aventurer… on trouve vite l’herbe. Un autre détail, le prix du forfait, environ $90. IL est clair qu’à ce prix, l’investissement dans des skis de rando est à considérer. En fin d’après midi, les remontées s’arrêtent le temps que les dameuses préparent la piste, puis les spots s’allument, le bar et les DJs prennent place sur les terrasses, et la session nocturne peut commencer. Et oui, à Coronet, on skie aussi la nuit !
Je redescends à Queenstown pour la fête de départ de Sarah. On se retrouve au Bumble Hostel, nous profitons de la cuisine et des ustensiles pour faire mijoter un petit salé en prévision de la ripaille des adieux. Les bulles coulent à flot, le petit salé fait des envieux dans la salle à manger…
Toutes les tables sont en préchauffage, les annonceurs de soirée viennent nous démarcher jusqu’à dans l’hôtel en nous distribuant des coupons de boisson gratuite, les rires s ‘amplifient, la nuit s’annonce festive à Queenstown.
On dépose Sarah à la station de bus le lendemain, elle nous quitte pour aller trouver un peu plus de chaleur dans le pacifique. Sophie et moi décidons d’aller skier à Coronet. Elle doit se trouver du matériel en ville… Nous arrivons enfin à la station, commençons à dévaler les pentes, mais tabarnak se fait mal sur la première descente… elle préfère limiter les dégâts et retourne au stand. Nous nous retrouvons en fin de journée pour redescendre en stop au parking où on a laissé Bernadette. Nous descendons à bord d’un superbe Combi VW, à peu près des mêmes années que mon mythique Bernard. Nous discutons bien avec le propriétaire, qui de plus, est designer.
Retour au Bumble pour une soirée pizza. Le lendemain je pars seul sur l’autre station, aux Remarkables. Les conditions sont toujours au top. Pas un nuage, pas de vent, et juste ce qu’il faut de neige pour rester sur les pistes. La route pour y accéder est superbe et plus impressionnante qu’aux Coronet. Comme d’habitude, je laisse Bernadette en bas et monte en stop sur le dernier tronçon. La station paraît encore plus petite que Coronet. Il n’y a que 3 télésièges non débrayables et le domaine est plus éparpillé. Je tente un peu de hors piste, mais la mauvaise surprise est qu’ici je ne trouve pas de l’herbe, mais des roches. Mes skis s’en souviennent! Heureusement, je rencontre un local en fin de journée qui m’amène sur un versant bien raide et enneigé, accessible après 20minutes de marche à l’arrivée du télésiège.
Cette dernière descente sera un vrai régal. Après quelques photos sur le lookout de la station qui a une vue imprenable sur le lac et Queenstown, je redescends en ville.
Nous quittons la vibrante citée des extrêmes le lendemain, pour s’apaiser dans le charmant petit village d’Arrowtown. Nous marchons sur le chemin de glace qui longe le cours d’eau, puis observons les vestiges de l’ancien village de mineurs Chinois du siècle dernier. Les conditions de vie y étaient très rudes, et l’or de plus en plus rare.
Nous passons ensuite par Cromwell pour une dégustation de Pinot noir et de fromage.
Bernadette s’aventure ensuite sur les superbes routes sauvages et sinueuses du Lindis Pass.
Nous redescendons du col et arrivons devant le lac Tekapo, qui ne semble exister que pour refléter le majestueux Mont Cook (mais cette fois depuis l’autre coté de l’île). Nous passons la nuit devant le toit de l’Océanie, avant d’aller le voir de plus prêt le lendemain.
Le Mont Cook culmine à 3 755m. Nous parcourons les 60 kms d’une route sans issue qui s’arrête à Aoraki, au pied du géant. Par chance, le ciel se couvre, sauf autour du Mont Cook, nous ne pouvons donc pas le louper. On commence une superbe marche dans la neige en direction de la Hooker Valley.
On passe par deux ponts suspendus, un mémorial alpin (Mont Cook a fait beaucoup de victimes) et découvrons un lac où quelques icebergs s’y promènent. Ceux sont des blocs qui se détachent du glacier, dont la tête vient s’échouer dans le lac. Nous y pique niquons puis marchons en direction du Kea Lookout d’où l’on peut observer un deuxième glacier.
Nous finissons la journée par deux musés dédiés au Mont Cook et plus généralement à l’Alpinisme. N’oublions pas que le premier homme à avoir gravit l’Everest est Edmund Hillary, une figure locale qui entreprit par la suite l’expédition trans-antarctique. Il avait établi son camp d’entrainement au pied du mon Cook. Il avait notamment mis au point son équipement roulant, les fameux tracteurs Ferguson à chenille.
Changement de décor et d’ambiance, nous arrivons le lendemain à Christchurch. C’est la deuxième plus grande ville de NZ, et la première de l’île Sud. C’est la ville qui témoigne le plus de son passé colonial, avec ses vieux bâtiments, ses églises et de sa belle cathédrale. Tout ce cœur piétonnier qui avait l’air si plaisant, ces petits restos et bars chaleureux… Et bien tout ceci est terminé. Le centre ville entier reste fermé, désert, inanimé, les bâtiments sont détruits ou abandonné. La circulation est chaotique, les seuls bâtiments coloniaux encore debout sont interdits d’accès !
Le 4 septembre 2010, à 4h35 locale, la ville est frappée par un séisme de magnitude 7 qui ne fait aucune victime. Un nouveau séisme frappe la ville le 22 février 2011 à 12h51 et fait 181 morts. Le 13 juin 2011, un nouveau séisme de magnitude 6 secoue la ville faisant 1 mort et 45 blessés, provoquant l’effondrement de plusieurs bâtiments dans le centre-ville et poussant le gouvernement à décider l’abandon d’une partie des quartiers Est de la ville, les plus soumis aux séismes à répétition. Nous savions que la ville avait été gravement touchée par les séismes, mais je ne savais pas qu’elle était restée à l’état d’abandon. C’est effrayant, seuls les quartiers périphériques, les moins affectés par les séismes continuent de vivre.
Les séismes sont tellement fréquents que plus personne n’y prête vraiment attention tant que les murs restent en place. Nous étions dans une bibliothèque publique lorsque toutes les étagères se mirent à bouger !!! C’est la première fois que je ressentais une secousse. Je regarde autour de moi et les gens continuaient de discuter ou à ranger les livres sur les étagères… Personne n’avait vraiment l’air inquiété.
Christchurch est notre dernière destination… La boucle est bouclée. Sophie doit prendre un avion d’ici quelques jours pour rejoindre Auckland puis les îles Fiji. Et moi je dois vendre Bernadette rapidement avant mon vol départ d’Auckland pour le Japon. Dix jours à Christchurch, qui n’est plus la ville touristique qu’elle était. J’ai de gros doute quand aux chances que j’ai de vendre un camper van ici. En plus d’être dans une ville abandonnée, c’est la saison creuse et les routards ne courent pas les rues. Il fait gris, il pleut, l’ambiance est morose. Un certain stress du départ commence à s’installer. Je fais mon maximum pour diffuser mon annonce En attendant, nous partons visiter ce qu’il reste de la ville. Un jardin botanique, le musée de Canterbury qui accueille une expo sur les séismes et nous finissons sur une bonne note, le quartier « Restart ».
Comme son nom l’indique c’est le nouveau départ d’un quartier. L’objectif était de retrouver une vie urbaine, avec ses boutiques, restos, bars… avec la problématique des séismes à répétition. L’idée a été de détourner des containers en architecture. C’est donc une rue faite de containers colorés et vitrés. L’ensemble est assez novateur et réussi.
Un soir, on rencontre Romain, un jeune Français. Il est seul dans son van, et essaye de trouver du boulot à Christchurch ! Autant dire que ce n’est pas la partie du voyage qui le fait le plus rêver. On l’invite chez Bernadette pour diner. Le lendemain, nous partons tous les 3 pour un petit trip à « Bank Peninsula ».
Cette péninsule située à une cinquantaine de kilomètre de la ville est une très ancienne colonie Française. Cette influence est encore présente à Akaroa. En 1830, quelques baleiniers français menaient leurs activités près de la Nouvelle-Zélande, la zone de pêche à la baleine étant excellente, le capitaine Jean-François Langlois eut donc l’idée de créer une colonie française en Nouvelle-Zélande afin d’éviter de parcourir la moitié de la planète pour obtenir de l’huile de baleine.
Résultat, le nom des rues est écrit en Français, la moindre empreinte de vie française y est mise en avant, et il paraît même que l’ambiance y est très Frenchy. La ballade de bord de mer est très agréable, des petites terrasses accueillent le chaland, on peut encore observer quelques vestiges de pêche à la baleine, comme les gros chaudrons en fonte. La vue sur la baie est superbe. Cette péninsule a été formée par un volcan dont le cratère forme une petite baie, intérieure à la péninsule. Pour arriver jusqu’à Akaroa, nous avons emprunté la route des crêtes, une route secondaire qui serpente l’arrête du cratère et offre de très beaux panoramas des deux cotés de la péninsule.
L’endroit est également connu pour ses cétacés, et notamment ces drôles de dauphins nommés Hector. Ceux sont des petits dauphins à front blanc. Une compagnie propose même d’aller nager avec les dauphins. Avec une bonne combinaison, ils disent qu’il n’y a pas de problème… Nous sommes quand même en hiver !
Après une très agréable ballade dans le bourg, nous passons la soirée chez Bernadette, avec notre nouvel équipier Romain. Cette escapade au vert nous a fait le plus grand bien. La péninsule est vraiment superbe, et regorge de petites criques sublimes, cachées et difficiles d’accès. J’aurais aimé y rester plus longtemps pour faire quelques randos, mais je dois retourner à CHC pour vendre Bernadette. Sophie succombe à la tentation, elle reste au village et réserve un tour pour aller plonger avec les dauphins. Pendant ce temps, je tente ma chance sur le « Canterburry car market ». Comme à Auckland, tous les dimanches, un marché aux véhicules d’occasions est ouvert au public. Seulement la différence, c’est qu’il n’y a personne. Nous sommes que 3 vendeurs et je n’ai eu qu’une visite. Cette vente s’annonce difficile, je commence à envisager de laisser Bernadette en dépôt vente si rien ne bouge avant mon départ.
Le 10 Juillet, je dépose Sophie à l’aéroport qui va trouver le soleil dans le pacifique, aux iles Fiji. Un certain Allan m’envoie des texto un peu louche concernant Bernadette. Je lui réponds un peu ironiquement que son offre est une blague, mais il continue à me poser des questions de plus en plus précises. Au bout du 3ème jour, je lui demande s’il est vraiment intéressé, et si oui, est-il prêt à revoir son offre. Il m’explique que son problème est qu’il n’habite pas à CHC et qu’il faudrait que je lui descende le véhicule. « Pourquoi pas… mais ou habite Allan ? – A Invercargill. » Ce n’est pas la porte à coté, c’est tout en bas de l’île Sud, à 600 kms de CHC. Le fond du panier comme on dit… après, c’est l’Antarctique !
Je ne suis jamais descendu aussi bas, et je ne connais pas cette route. Ca me permettrait aussi de faire un tour à Dunedin qui a l’air d’avoir un certain intérêt. J’accepte donc le convoyage, à condition qu’on se mette d’accord sur le prix et les frais de déplacement. Ce qu’il accepte.
Le lendemain, l’acompte est arrivé et je prends la route. Bernadette doit sentir la fin de l’aventure approcher. Elle se met à trembler de l’arrière train. Je m’arrête pour vérifier si tout est en ordre …rien à signaler. Je continue quelques kilomètres et la vibration s’accentue. Puis j’entends un gros BOOM ! J’ai l’impression que nous ne roulons plus que sur les roues avant. Heureusement, c’est simplement le pneu arrière droit qui a explosé. Plus de peur que de mal, je sors la roue de secours et on repart.
J’arrive en soirée à Dunedin et je passe ma dernière nuit à bord de Bernadette. Je ne suis plus qu’à 200kms d’Invercargill.
Le lendemain, vendredi 13 juillet, c’est le jour de la livraison. Comme pour faire honneur, Bernadette me laisse une belle flaque de liquide de refroidissement sur le parking. Je commence à me demander si je vais réussir à destination…
Avant de repartir, je vais jeter un œil à la rue la plus pentue du monde. Et oui, elle est à Dunedin et je la découvre en pleine manifestation. Le groupe chocolatier Cadbury organise une course de bonbon sur Baldwin street et ses 35%. La montée est vraiment raide !
Je fais remplacer la roue de secours explosée dans un garage et j’entame mes 200 derniers kms. J’arrive finalement sans aucun problème à Invercargill. Allan m’attend chez lui et me tend un sachet plein de billet. Il a déjà fait le changement de propriétaire (et oui, en NZ, un changement de proprio, c’est 5 minutes à la poste, et le vendeur n’a même pas besoin d’être là… surprenant) et nous faisons le tour. Je lui laisse tout l’équipement, ma tente, mon duvet et tout mon matériel de ski. Je prends juste mes sacs et lui demande de me dépose sur la route qui remonte à Dunedin. Il n’y a plus de bus, il ne me reste plus que l’autostop pour remonter.
Au revoir Bernadette…
Soulagé par cette vente je peux maintenant profiter des 2 derniers jours en avant mon vol depuis Christchurch, puis le jour suivant depuis Auckland.
Dunedin est la cité étudiante la plus importante de nouvelle Zélande, avec la plus vieille université du pays. Par conséquent, la ville a la réputation d’être très festive. Connue pour ses nombreuses soirées live music, on ne compte plus les bars et les boites aux quatre coins de la ville.
En auto stop, j’arrive finalement à Dunedin vers 21h. Il pleut, je suis avec mes 3 gros sacs et toutes les rues sont en pentes. J’arrive dans un premier hôtel complet, je redescends à un autre hôtel qui semble avoir de la place. Je demande un lit en dortoir et j’arrive dans une chambre de 10 lits, sans fenêtre, avec 9 jeunes étudiants agriculteurs, et autant de pack de bières. Ils sont déjà bien chauds! Ils n’ont pas bougé de la chambre depuis 15h.
Lorsque je leurs dit que c’est ma dernière soirée, je deviens leur meilleur ami et m’annoncent qu’ils vont me faire faire le tour de tous les bars de la ville !
Il semble que je sois entre de bonnes mains pour gouter à la vie étudiante nocturne de Dunedin. On part en taxi minibus dans un premier bar. A l’entrée, on me demande ma carte ID puis on me donne quelques dollars pour entrer. C’est bien la première fois qu’on me donne de l’argent pour rentrer dans un établissement ! Je vais commander des bières et au moment de payer, on me dit que les bières sont gratuites jusqu’à la fin des futs en cours. On prend quelques pichets et des burgers frites à $2 !
Il faut croire que la concurrence est dure car les bars redoublent de bons plans pour faire venir les jeunes. Ce fut une soirée mémorable, ces jeunes agriculteurs étaient biens sympathiques. Le comble, c’est qu’ils n’étaient même pas étudiants à Dunedin mais à Christchurch. Ils ont fait 800 kms A/R pour venir se fignoler dans la ville du vice. Venant de CHC, je comprends qu’ils aient eu envie de se changer les idées. Du coup le lendemain, ils m’ont fait une place dans leurs pick-up et on est tous remontés à CHC. J’y ai retrouvé Romain.
Mon avion CHC-AUK est à 5h40 le lendemain matin et je lui propose une superbe soirée dans son van, sur le parking de l’aéroport… plutôt sympa non ? On se fait une dernière ripaille, dormons quelques heures, et je décolle avec Air NZ à l’aube en direction d’Auckland. J’arrive à 7h et mon vol pour Tokyo est dans exactement 24h.
Je n’ai encore rien planifié pour mon arrivé au Japon. Je ne sais pas où aller, quoi visiter, ni même où dormir. Je me pose la journée à la bibliothèque pour arranger mon arrivée et organiser mon parcours. Ma tête commence déjà à quitter la nouvelle Zélande, c’est le moment de rebondir sur d’autres aventures, très contrastées. Je sais que ca va être un choc, à tout niveaux. Je quitte les terres hivernales et quasiment déserte de la Nouvelle Zélande pour retrouver l’été chaud et humide de l’hémisphère Nord, dans une cité de 35 millions d’habitants, de culture Nippone !
C’est ainsi que se finissent mes aventures chez les Kiwis. Ce furent 3 mois de baroude à travers des paysages incroyables, faits de contrastes forts, bouillonnants au sens propre du terme. La nouvelle Zélande est sans aucun doute le paradis des activités en plein air, dans un écrin de verdure bien préservé, que l’on doit à un peuple consciencieux qui a su garder sa ligne de conduite et s’enrichir de cette multiculture du pacifique.
Publié dans Nouvelle Zélande
Nouvelle Zélande, île Nord
Nous sommes le 22 Avril 2012 et j’arrive en Nouvelle Zélande. Après une lente migration à travers l’Asie pendant presque un an, puis 13 mois passés en Australie, mon périple vers l’Est devait reprendre marche. Bien sur, cette remise en route ne pouvait pas se faire sans embûche et j’ai bien failli rester bloqué à Sydney. C’est l’anecdote de l’aéroport de Sydney, en trois épreuves. L’épreuve N°1 : Au guichet de Jetstar (Compagnie que je ne recommande pas), on me demande mon billet retour de Nouvelle Zélande… que je n’avais pas puisque le consulat que j’avais contacté m’avait confirmé que je n’en avais pas besoin! Ils me soutiennent que je ne peux pas embarquer sans billet retour. Je leur demande donc de me vendre un billet retour NZ-Australie avec date flexible. Mais là, ils me demandent si j’ai un visa valide pour ce second passage en Australie. Je leur réponds que je ferai une demande de visa des mon arrivée en NZ, et ils me répondent qu’ils ne peuvent pas me vendre de billet dans ces conditions. Le serpent se mordant la queue, je leur demande quelle est la solution pour pouvoir embarquer sur le vol prévu et ils m’ont finalement vendu un billet NZ- Singapour (pas besoin de visa), hors de prix… mais remboursable (avec frais). Bien sur, ma CB Australienne décide de ne pas fonctionner pour cette transaction et je sors mon dernier joker, la CB française que je n’ai pas utilisé depuis Mathusalem et dont j’ai oublié le code. Par miracle, ils ne me l’ont pas demandé et ca a marché.
Epreuve N°2, l’immigration: « Ah, vous avez 3 semaines de retard… pourquoi? » Petite discussion courtoise sur le légendaire retard à la française et passage à étape N°3: Ma sélection pour une fouille complète à la barrière Xray. Ma barbe a du m’aider pour la sélection 🙂
J’arrive finalement jusqu’à la passerelle d’embarquement !!! J’ai bien cru que je n’arriverai jamais à quitter l’Australie. A aucun moment du départ ou de l’arrivée on m’a demandé ce fameux billet retour… Jetstar… Sont-ils vraiment honnêtes ?
J’arrive à Auckland à minuit. Ayant remis en marche mon réseau de couchsurfing, je me rends chez Italia, qui sera la première à m’héberger. Italia habite une maison à Manukau, à quelques kilomètres de l’aéroport. Elle est d’origine du Pacifique, plus précisément des Iles Samoa. Elle vit avec une amie d’origine Maori, je ne pouvais pas mieux tomber pour mon introduction à la culture locale.
Je commence ma visite d’Auckland dès le lendemain, sous un grand ciel clair. Auckland est à la Nouvelle-Zélande ce que Sydney est à l’Australie : sa plus grande cité, cœur économique du pays, une ville que nombre d’étrangers prennent souvent à tort pour la capitale nationale – cette dernière étant, bien entendue, Wellington. La suprématie démographique d’Auckland est même encore plus impressionnante que celle de Sydney : sur 4 millions de néo-zélandais, 1 million vit à Auckland, soit le quart de la population nationale. Bien évidemment, 1 million d’habitants fait toutefois d’Auckland une ville bien plus petite dans l’absolu ! (Citation des Frogs)
La ville d’Auckland est située sur un isthme, dans la partie nord de l’île. Entourée de ses volcans éteints, ses plages de sable noir volcanique, et de ses eaux bleues et vertes, Auckland jouit d’un avantage naturel de taille. Comme à Sydney, la ville est articulée autour d’une grande baie. Comme à Sydney, il y a le Harbour bridge (Un grand pont métallique qui traverse la baie)… Comme à Sydney, il y a une Sky Tower avec un restaurant rotatif au sommet. La différence ici, c’est que l’on peut en sauter ! Oui, c’est en Nouvelle-Zélande qu’a été inventé le saut à l’élastique, de ce fait, il est possible de redescendre du resto autrement qu’en ascenseur. C’est le Sky Jump.
En revanche, pour ce qui est de l’aménagement des quais, Auckland a une approche bien différente. Les containers et les grues côtoient le terminal des ferries. Plus loin, Viaduct Harbour offre un refuge aux promeneurs, avec des jetées agréablement peuplées de voiliers et de yachts. Un récent aménagement nommé« Wynyard Quarter » http://www.wynyard-quarter.co.nz mêle habillement installations publiques, restaurants et bistros, œuvres d’art urbaines… tout en jouant sur le passé industriel du site, et l’activité maritime qui l’entoure. Cela créé un nouveau quartier dynamique et polyvalent, et c’est sans hésitation le quartier que je préfère à Auckland. On y trouve par exemple ce vieux piano en libre service sous un silo hors service, un centre de congrès, des airs de jeux pour enfants, des quais pour les pêcheurs, un chantier naval pour yacht de luxe, le marché aux poissons, quelques hôtels et résidences, des airs de repos public, des containers en porte à faux, des bars et restos…
Le centre ville d’Auckland ne m’a en revanche pas spécialement séduit. On y trouve quelques beaux parcs, et des petits quartiers coquets comme celui de Parnell, mais l’ensemble reste très ordinaire.
Sur les 50 volcans parsemés dans la région de Auckland, 9 sont clairement visibles, et 2 sont très touristiques. Il y a bien sur le très médiatique « One Tree Hill » dont le fameux arbre a été récemment abattu par des Maoris en signe de protestation. Et le « Mont Eden » qui est le plus haut. Italia m’y emmène un soir après son travail pour une vue sur Auckland de nuit.
Mes quelques jours avec Italia ont été un régal. C’est une femme dynamique, toujours positive et souriante, qui a cette gentillesse et cette légèreté de vie qu’elle dit être celle du pacifique. J’en apprends beaucoup sur cette culture et réalise que Auckland est la ville du monde qui abrite le plus grand nombre de personnes d’origine polynésienne. Italia se sent naturellement proche des Maoris (natifs de Nouvelle Zélande) qui ont les mêmes racines Océaniennes. Sa colloc, Sharleen, nous propose de la rejoindre pour le ANZAC day Maori. ANZAC est un jour férié en Australie et Nouvelle Zélande pour commémorer les soldats partis au combat durant la seconde guerre mondiale. Il y a également eu un régiment Maori envoyé au front, et il y a donc une commémoration spécifique, façon Maori. Nous allons donc à cette cérémonie. Je fais mon premier Hongi (on partage une respiration commune nez contre nez pour se saluer) et mange mon premier Hangi (repas traditionnel, cuit dans un trou dans le sol). Dans le registre des découvertes culinaires, j’apprends qu’il y a plusieurs sortes de kiwi, et que ce fruit ne vient pas de NZ mais originairement de Chine. Plus important, je découvre le Fijoa… C’est la première fois que je goute un nouveau fruit que je n’associe à aucun autre. Ca se mange comme un Kiwi, mais le gout et l’aspect n’ont rien à voir. Je suis devenu accro dès la première cuillère. La saison est courte et abondante, et le fruit se conserve mal. Les fijoas ne sont donc pas exportés et ils se monnaient bon marché pendant quelques semaines de l’année. J’en mange sous toutes ses formes et déclinaisons …par sacs entiers. Dommage que ce fruit ne pousse pas en Europe.
Je serai également hébergé par Melody, une Chinoise installée à Auckland depuis 7 ans. Elle a étudié le design, et a un réel talent pour le dessin et l’illustration. Elle est professeur de piano et passe son temps libre à faire des illustrations pour livre d’enfant. Cela est pour le moment un hobby mais elle souhaiterait être publiée. Si quelqu’un est intéressé, les dessins sont vraiment superbes. Nous irons ensemble à une Jam session dans un petit bar sur K-road. C’était une Folie ! Une mixité d’influence et des musiciens des 4 coins du monde, tous talentueux, venus boire un verre un instrument sous le bras. Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu une Jam d’aussi bonne qualité.
Les jours défilent et il est temps d’aller explorer le pays. Le meilleur moyen de voyager en NZ est sans aucun doute le camper van. Je me mets donc à la recherche d’une nouvelle roulotte. Compte tenu du succès international de son prédécesseur « Bernard » et de la solide réputation qu’il s’est construit tout autour de l’Australie, le niveau du casting pour la succession du rôle est très élevéJ. Les conditions météo et les passages techniques fréquents en NZ ne permettent pas de continuer la route avec un légendaire VW Combi. J’ai du en croiser un ou deux autour d’Auckland, ils sont très rare ici ! Il me faut un véhicule complètement autonome, qui permette une vie à bord confortable lorsque qu’il pleut ou fait trop froid pour sortir dehors. Je mettrai une semaine à trouver le bon. Ce sera finalement un Ford Econovan Maxi de 1991 (un bébé) avec toit rehaussé, cuisine complète, chauffage, eau chaude, toilette, lit double…le grand luxe !
Le successeur au très iconique BERNARD, ne pouvait porter un autre nom que BERNADETTE.
Bernadette m’attendait sur la Sunday Car Market d’Auckland. Une foire hebdomadaire ou tout particulier peut venir vendre son véhicule. Ce ne sont pas les camper vans qui manquent. La saison touristique se finissant, des centaines de backpacker essayent de vendre leurs roulottes à ce moment de l’année. Le problème pour eux et que l’offre et plus forte que la demande et nombre d’entre eux n’arrivent pas à vendre avant de partir. 90% des vans à vendre sont identiques. Ce sont soit des utilitaires ou des monospaces convertis en campervan. L’état de ces vans qui changent de propriétaire plusieurs fois par an n’est pas toujours très rassurant et le confort est sommaire. Malgré des prix assez bas, ces véhicules se vendent difficilement en cette fin de saison… Il y en a trop. En ce qui concerne la catégorie juste au dessus, celle des camper vans qui ont une installation camping d’origine, il y en avait bizarrement très peu. Ils sont en principe rehaussés (on tient debout à l’intérieur) et ont une vraie cuisine intégrée. Il n’y en avait que 2 sur la foire ce dimanche. J’avais déjà vu l’un des deux durant la semaine et le moteur ne m’avait pas mis en confiance. Je me précipite sur le second et demande à faire un tour. Tout me semble en ordre et je fais une proposition… Mais au même moment, un couple d’Allemand arrive et ils font une offre plus élevée… Après une longue attente et quelques négociations, j’obtiens finalement la vente ! Je l’ai acheté à un couple de Français avec un bébé. Ils ont voyagé jusqu’à 5 personnes et ont traversé les 2 Iles sans aucun problème. J’espère être aussi chanceux. Ils partent le lendemain pour l’Australie, c’était donc leur dernier jour pour vendre le camper van! Nous convenons que je les dépose le lendemain à l’aéroport avec Bernadette. Pour faciliter encore plus le départ, nous dormons tous chez Italia qui se fait une joie de nous accueillir et d’avoir 4 français à table pour le diner du départ.
Le 30 Avril, on règle les dernières formalités au bureau de poste, juste un papier à remplir, c’est très simple et rapide. Je les dépose à l’aéroport et me mets directement en route vers le Nord, pour visiter la région des Northland, à l’extrême Nord de la Nouvelle Zélande. Je passe une première nuit à bord de Bernadette à Waipu caves. Je suis le seul sur la DOC (campings public tenus par le Department of Conservation). Ces DOC sont une institution en NZ, ils sont toujours à proximité d’une réserve naturelle et ne coutent que quelques dollars. Ils ont des installations sommaires, souvent uniquement des WC. Ces campings sont en libre service et le paiement se fait dans une boite aux lettres.
C’est donc seul avec ma lampe frontale que je m’aventure dans les grottes de bon matin. Les pieds dans l’eau, j’évolue difficilement d’un bout à l’autre de la grotte. J’y observe les vers luisants qui sont les seuls occupants des lieux.
Je commence ensuite une longue série de randos, en front de mer. Je découvre un littoral sauvage de toute beauté. C’est très vert, très clair, frais, on a l’impression que le terrain s’est mis à onduler sous l’effet du vent. J’observe que les collines ici ont des formes différentes de celles que j’ai pu voir jusqu’à maintenant. Elles sont souvent à nu, presque sans arbre, avec cette herbe fine entretenue avec soin par de nombreux moutons (en NZ, il y a 40 millions de moutons, et 4 millions d’habitant). Elles ondulent sur une fréquence dense, un peu comme un drapé de tissu fin. Je pense que les moutons contribuent également à la forme des collines. Ils créent des petits étages qui peuvent faire penser à certaines rizières de montagne en Asie. Et comme les clôtures longent souvent les arrêtes, les moutons érodent les flancs en laissant cette arrête de plus en plus fine. Bon, ca c’est mon interprétation… Peut être que les moutons n’y sont pour rien. Chaque randonnée est un réel plaisir, le ciel est clair, les températures clémentes, et je suis la plupart du temps seul sans croiser personne pendant des journées entières. La saison touristique est terminée. Cette région est très courtisée durant les vacances d’été étant donné l’abondance de plages, et le climat plus tempéré du Nord (et oui, rappelez vous qu’ici, les pôles sont inversés, le soleil brille au Nord, il fait donc plus froid au Sud).
Je fais tout de même une rencontre. Kathrin, une Suisse-Allemande (et oui, encore une) que je rencontre à Bream head près de Whangarei. Elle est seule et voyage en camper van avant de partir aux Iles Fiji en bateau. Le lendemain, nous faisons une excellente rando ensemble. La traversée de la « Bream Head » est une ballade de 6h qui traverse le cap d’un bout à l’autre. Nous laissons donc Bernadette sur place pour faire le chemin retour et nous partons à l’autre extrémité avec son van. Nous longeons la crête qui offre des points de vue superbes. Nous ne faisons que monter et descendre en permanence et arrivons finalement sur notre camp de base… Je ne résiste pas à l’envie d’aller me baigner, et l’eau n’était pas si froide que ca. Je dépose Kathrin à son Van, un thé, et nous nous quittons.
Je roule vers la Bay of Island, la baie la plus touristique des Northland.
Dès le lendemain matin, je commence une autre longue marche en direction du Cap Bret. C’est 7 heures aller simple, donc soit je dors au phare soit je fais demi tour à mi chemin. N’ayant pas assez d’info sur la possibilité de dormir au cap, je fais demi-tour à « Deep water Cove ». J’en prends plein les pieds et plein la tête, je n’ai croisé personne de toute la journée. Superbe coucher de soleil sur la Bay of Island qui porte bien son nom. J’arrive finalement chez Bernadette à la tombée de la nuit, j’aurais parcouru 30 kms de montée et descente non-stop.
Je campe sur le superbe DOC de Whangarruru, un petit coin de paradis au bord de l’eau. Je quitte la « baie des îles » en passant par Russel (qui fut la première ville de Nouvelle Zélande), puis prends le ferry pour passer le l’autre coté, à Opua.
Je continue à monter au Nord. La portion de route qui serpente en bord de mer près de Matauri bay est saisissante. Je m’arrête à Matauri beach sur le mémorial du « Rainbow Warrior » c’est un endroit où il vaut mieux éviter de dire que l’on est français!
A deux pas de là, une communauté Maori habite sur la plage, dans un village de caravanes et de cabanes. J’arrive ensuite à Wangarou qui ressemble beaucoup à la « bay of Island », mas en plus petit et moins touristique. J’ai trouvé que cette dernière était plus jolie et typique que sa grande sœur.
Je passe ensuite une nuit dans la péninsule de Kari Kari où il y a quelques vignobles. J’y trouve un excellent vin, avec un cépage très particulier, le « Pinotage ». Un peu plus loin, j’arrive à Maitai Bay, une réserve naturelle avec un DOC face mer. De l’autre côté de l’isthme se trouve une plage infini la silice, le temps de regarder le soleil s’y coucher, je retourne du coté de la pleine lune où je passe une nuit agitée. Le vent a violement secoué Bernadette.
Je quitte la péninsule pour me rapprocher de la pointe Nord du pays, je devrais arriver à Cap Reinga dans la journée. En chemin, je m’arrête pour faire une ballade sur des énormes dunes de sable. Le vent continue de souffler fort et le sable me fouette le visage lorsque j’arrive sur la crête de la dune. Certain y font de la luge ou du surf. J’arrive au fameux Cap Reinga. En quelques dizaines de kilomètres, le paysage et la végétation ont complètement changé. Il n’y a plus d’arbre, seulement un bush qui s’est plié sous les rafales de vent. Le ciel est gris, les collines se sont épaissies, et il n’y a plus aucun village, ce territoire est quasi désert. J’aperçois le phare de loin, la route s’arrête net sur un parking et il faut continuer à pied. A 165 mètre au dessus de la mer, le phare du Cap Reinga domine la rencontre violente de l’océan Pacifique et de la mer de Tasman.
C’est un endroit sacré pour les Maoris puisque c’est là que s ‘envole les âmes des mort pour aller vers leur terre d’origine spirituelle. En y regardant de plus près, c’est vrai que cette dernière langue de terre fine et qui monte jusqu’au cap ressemble un peu à un tremplin. Ambiance bout du monde garantie. Plusieurs sentiers partent du phare, je m’engage sur celui partant vers l’Ouest. Descente de falaise, longue marche sur une plage déserte, traversée de dunes, puis de marécages, forêt de roseaux, bush, puis enfin retour à la route principale par des prés verdoyants. Je regagne le parking du phare en stop, j’ai l’impression d’avoir traversé 4 pays 🙂
Je passe la nuit sur le DOC de Tapotupotu bay, en contrebas de la falaise du phare, qui n’est malheureusement pas à l’abri du vent. Ce sera encore une nuit mouvementée, avec une gigantesque pleine lune, suivie d’un réveil gris et venteux. Après une courte ballade le long de la falaise, je quitte Cap Reinga pour redescendre au Sud, un cap que je vais garder durant un long moment. Pour varier les plaisirs, je redescends par « Ninety Mile Beach ». C’est une très longue plage de 90 kms qui est accessible par les véhicules (4×4 de préférence). En faisant attention à l’horaire des marées et aux endroits propices à l’enlisement, il est également possible de s’y aventurer avec un véhicule standard, à condition de rouler sur le sable dur. Les entrées et les sorties sont toujours les endroits les plus critiques, c’est là que le sable est le plus mou. Pour l’accès, on est du bon coté pour choisir d’y aller ou pas. Pour la sortie, si ca ne passe pas, il faut soit espérer que la prochaine soit meilleure, soit faire demi-tour si la marée le permet. Quel plaisir de rouler sur une plage de sable blanc, seul, avec les vagues comme seule signalétique au sol. Bernadette a hissé les voiles durant quelques dizaines de kilomètres. Nous sommes finalement sortis de la plage sans s’enliser… mais de justesse.
Je continue à rouler sur les routes secondaires du coté de Rangiora. L’endroit est tellement peu fréquenté qu’il n’y a pas de pont pour traverser la rivière, et la liaison jusqu’à Rawane se fait par ferry. J’arrive dans la forêt de Waipoua, là où il y a le plus grand Kauri encore sur pied. Cet arbre de 51m de haut a environ 2000 ans et est appelé Tane Mahuta (roi de la fôret) par les Maoris. Dans la mythologie Maorie, c’est lui qui sépare la terre-mère du ciel-père.
Un peu plus loin dans la foret, il est possible d’observer d’autres géants, dont les 4 sœurs. Ces arbres sont colossaux, c’est plus la masse de l’arbre plutôt que sa hauteur qui est impressionnant. Le Tane Mahuta fait 244 m3… Avant l’arrivée des premiers colons en NZ, l’île était presque entièrement recouverte de Kauri. Des arbres au bois de qualité remarquable, au fut droit et large, idéale pour les constructions navale. Durant 2 siècles, les forêts sont exploitées et exportées tout autour du monde avant qu’une loi soit votée en 1956 pour la protection de l’espèce… La loi arrive malheureusement un peu tard et ne sera pas toujours respectée. J’arrive ensuite à Matahore où il y a un superbe musée sur les arbres Kauri. Très complet et animé, j’y passe de longues heures à découvrir l’aventure qu’a représentée l’exploitation du Kauri et de sa précieuse gomme. Les premières scieries à vapeurs, les outils, les techniques, le transport du bois, les objets et constructions en Kauri. Je recommande fortement la visite de ce musée.
J’arrive dans un autre endroit magique, près de Bethells, autour du petit lac de Wainamu. Ce lac est dans un écrin de verdure mais bordé d’une grosse dune de sable noire. Le contraste est très étonnant et la ballade autour du lac est magique.
Un peu plus loin, près de Karekare, je m’aventure sur le circuit de Zion Hill. Une longue ballade en bord de falaise dont le retour se fait par un ancien sentier militaire le long de la plage. On y passe des marécages, des petits tunnels, des plages de sable noir… Le ciel se noircie également, l’ambiance y est mystérieuse. Je finis ma boucle des Northland un peu plus loin, à Piha. C’est un des petits villages à l’Ouest d’Auckland, caché derrière le massif des Waitakere. Toute la côte y est très sauvage et bordée de superbes plages de sable noir. C’est sur cette plage qu’ont été tournées de nombreuses scènes du film « La leçon de piano ». Je commence par gravir le « Lion Rock », un énorme rocher de 100m de haut posé sur la plage. La vue au sommet y est presque vertigineuse. Je finis par une dernière marche, le Marawhara-white rose- Laird Thomson Track, puis retourne à la civilisation. Ce petit bout de monde perdu n’est qu’à 30 min d’Auckland, une aubaine pour les citadins et surfeurs en manque de nature.
Mon petit tour de chauffe au Nord est terminé, je suis maintenant prêt à entamer la longue descente vers l’extrémité Sud du pays. Je passe quelques jours à Auckland et ses environs en attendant l’arrivée de ma future coéquipière. Parce que voyager seul c’est bien, mais à deux, c’est mieux. J’avais donc posté une annonce sur internet, comme je l’avais fait précédemment en Australie avec Bernard. Sauf que je ne suis plus en Australie et qu’ici, la plupart des backpackers désertent avant l’hiver… J’ai nettement moins de client que lors de notre grand départ de Perth. N’ayant pas précisé que je préférais voyager avec des Anglophones d’à peu près mon âge, je reçois 5 réponses, tous Français, entre 18 et 24 ans… Ca doit être un signe… J’ai surement besoin de renouer contact avec la Francaiz Touch. Ségolène est une française de 20 ans et elle a l’air bien motivée pour traverser l’île du Nord avec Bernadette et moi. Elle arrive 3 jours plus tard. J’en profite pour passer quelques diners avec des amis, chez Melody, chez Italia. Je vais également visiter une petite île en face d’Auckland, la fameuse Waiheke Island. Après 45 min de bateau à travers la baie, j’arrive sur cette île réputée pour ces eaux émeraude, ses bons vins, ses anciens hippies et ses millionnaires. L’île est plus grande et plus civilisée que je ne pensais. Trop grande pour circuler à pied, je commence à faire de l’autostop. Je vais visiter un premier vignoble, teste quelques vins rouges, dont quelques bons pinots noirs, puis un deuxième, puis un troisième. Quelques centaines de mètre avant d’arriver sur le prochain domaine, une voiture s’arrête alors que je ne tendais même pas le pouce. Trois filles me proposent de monter avec elles. Entre 30 et 40 ans, l’une habite sur l’ile, l’autre à Auckland, la dernière à Wellington. On arrive au vignoble, dont l’espace de dégustation est également un restaurant réputé installé dans un ancien chai. Le bâtiment a été restauré avec gout et les grandes verrières inondent la salle de ce bon soleil d’automne. Le restaurant s’appelle Miro, et aussi bien la décoration que le menu sont largement inspirés de la péninsule ibérique.
Les filles me proposent de les joindre à leur table. Nous y dégustons quelques bons vins et elles se font servir quelques bons plats. D’un verre à l’autre, elles me proposent de les suivre dans un bar, au bord de la plage. Puis d’une bouteille à l’autre, nous continuons par aller manger chez la fille de Waiheke et je me retrouve comme par surprise dans une fête d’anniversaire dans un bar surchauffé de l’île… La fête se finit tard et je ne serai pas de retour à Auckland avant le lendemain. Cette visite à Waiheke aura prit une étonnante tournure, mais ce fut une bonne surprise.
Le 14 Mai, je suis de retour sur la terre ferme pour retrouver Ségolène, ma nouvelle coéquipière. Je fais les présentations avec Bernadette et nous prenons la route en direction des Coromandels. Nous passons une première nuit dans la foret de Puketui, sous la pluie pour mettre Ségolène dans l’ambiance. Nous enchainons le lendemain par une ballade sur des anciens sites de mines d’or, nous y trouvons une ancienne galerie minière de plus de 500m de long, perdue en pleine foret.
Nous nous rendons ensuite à « Cathedral Cove », une plage qui passe à travers une grande arche de falaise calcaire. L’endroit est très photogénique et le sentier qui mène à la plage est detoutebeauté.
Un autre endroit magique se trouve à quelques kms de là, c’est « hot water beach ». Le rythme des marées conditionne l’accès aux sources d’eau chaude qui jaïssent directement sur la plage. On y arrive de bon matin, la température ambiante est bien fraiche et pourtant nous croisons des promeneurs en maillot de bain, une pelle à la main. Quelques brumes échappées du sable nous indiquent la proximité de la source. Nous commençons à creuser et presque instantanément, nous sentons couler l’eau chaude sous nos pieds. Après une longue série de coup de pelle, on finit par s’allonger dans nos bassins, mais pas pour longtemps… L’eau est brûlante !!! Nous avons creusé trop pres de la source. Il faut creuser stratégiquement de manière à ce que l’eau chaude de la source se mélange à l’eau froide de la mer. Une douzaine de personnes se prélassent dans leur petit bassin d’eau chaude, on bavarde d’un bouillon à l’autre, on se les échange… L’ambiance est bien conviviale. Je vais me faire chahuter par les vagues de l’océan de temps à autre, histoire de me rafraichir, c’est très vivifiant !
Peu à peu, la marée remonte et les vagues commencent à inonder puis effacer les bassins les plus proches. La piscine thermale va bientôt fermer! On se remet en route et allons jeter un œil au petit monde perdu de Opito Bay, avant de s’aventurer sur la piste sinueuse du Nord de la péninsule.
Le chemin longe l’Océan et traverse quelques hameaux perdus, on a la sensation d’être en route pour le bout du monde. Nous nous arrêtons au bord du chemin, face à l’Océan pour passer la nuit. Le vent souffle très fort et Bernadette a dansé toute la nuit. Un petit déjeuner iodé et nous continuons notre périple vers le cap Colville. Le relief s’est soudainement accentué et la route sillonne entre de larges baies et les collines. Le tout sous la voute des « Pahutukawas, ces arbres de plusieurs siècles que le vent a pris soin d’incliner sur notre chemin. Les paysages sont saisissants, c’est un feu d’artifice de panoramas…
Je retrouve encore une fois ces prairies vertes à étages, sculptées par le transit des moutons et des vaches. Nous passons Jackson Bay, Cap Colville, et la route s’arrête soudain à Fletcher Bay. Il faut continuer à pied sur le « Coromandel Coastal Walkway » jusqu’à Stony bay. Le ciel est ténébreux, sombre, et menace de nous doucher à tout moment. De superbes percées à travers les nuages illuminent des parcelles du paysage et les scènes changent d’une minute à l’autre. C’est la plus belle randonnée que j’ai faite jusqu’à présent.
Nous nous faisons mouiller à Stony bay le temps de notre pique nique, et nous repartons dans l’autre sens, par le sentier du bétail. En arrivant sur la crête des collines, le vent a balayé les nuages et nous avons bien cru nous envoler avec. Les rafales de vents couchent les quelques arbres qui s’agrippent à la colline et il y a d’avantage de moutons en mer que dans les prairies. On aperçoit au loin l’île de Great Barrier Island.
De retour chez Bernadette, nous prenons une douche glacée sur la plage et reprenons le chemin des montagnes russes en sens inverse. Nous finissons notre voyage féerique et retrouvons la civilisation à Coromandel town. Nous faisons ici honneur à la spécialité locale, les moules ! Ceux sont de grosses moules à la coquille arc en ciel. Elles sont fumées et cuisinées à toutes les sauces. Nous nous arrêtons pour une copieuse assiette de dégustation à la « Mussel Factory ». Moules au curry et lait de coco, moules en galette rissolée ou moule façon fish’n chips, nous nous sommes régalés.
Le lendemain, changement de décor et d’ambiance en arrivant aux gorges de Karangahake. Un intéressant réseau de sentiers parcourt le long des gorges et relie les anciens sites miniers du temps de la ruée vers l’Or. On y trouve un certain nombre de galeries souterraines, de ponts suspendus, d’anciennes voies ferrées et une ancienne usine de traitement reconquise par la nature. La montagne a été creusée dans tous les sens, c’est un vrai gruyère.
Juste le temps de retirer ma lampe frontale et nous allons retrouver l’Océan du coté de Manganui. C’est une station balnéaire à l’ambiance festive très fréquentée l’été par les touristes et les surfeurs. On comprend pourquoi lorsque que l’on gravit le Mont Manganui (Cône volcanique de 232m) d’où l’on contemple la superbe « Bay of Plenty ». Une langue de sable s’étirant à l’infini.
Depuis le sommet de cet ancien volcan, nous sommes maintenant dans l’axe de la chaine volcanique la plus active de Nouvelle Zélande. Une diagonale qui découpe l’île du Nord en deux et que nous parcourons d’Est en Ouest, de Rotorua jusqu’au Mont Taranaki an passant par Taupo et Tongariro. Cette diagonale est tout simplement sur la ceinture de feu du pacifique.
Cette région est très active aussi bien sur le plan volcanique que touristique. Nous commençons par Rotorua, qui est la première destination touristique de NZ. La première surprise en arrivant dans la région est olfactive… Ca sent l’œuf pourri. Bienvenu dans la ville du souffre ! L’activité magmatique souterraine est très active et l’on voit partout en ville de la fumée sortir par des trous au sol. Un nouveau trou peut apparaître n’importe quand et n’importe où, et des jets de boue bouillante peuvent en surgir à tout moment. C’est très surprenant et difficilement maitrisable. C’est le résultat d’une remontée thermale très importante. Partout dans la région, on trouve des sources d’eau chaude, des bassins de boue bouillonnante, des geysers… La région est une vraie encyclopédie à terre ouverte des principes géothermiques.
Rotorua est située au bord d’un lac de 10kms de diamètre né de l’explosion d’une chambre magmatique souterraine. Très tôt, les tribus Maoris ont reconnu les avantages du thermalisme qu’ils exploitent pour cuisiner, se chauffer ou se laver. Ils l’exploiteront également par la suite d’une autre manière avec les premiers touristes européens qui arrivent en 1870. Ces derniers y viennent pour les bienfaits thérapeutiques, mais aussi pour admirer l’une des 8 merveilles du monde, les fameuses terrasses roses et blanches… Jusqu’au jour où en 1886, une éruption volcanique recouvre plusieurs villages et les fameuses terrasses.
L’autre intérêt touristique de la région est la culture Maori omniprésente. Les centres thermaux sont souvent associés à la visite d’un village Maori et de son folklore local. Nous visitons le site de Whakarewarewa. On commence par assister à une danse Maorie puis à une visite guidée à travers le village. On nous montre les différentes exploitations de la géothermie dans le mode de vie Maori. Nous y voyons la panoplie complète de lac bouillonnant, bain de boue, geyser, four à vapeur…ect
Nous visitons ensuite le superbe musée de Rotorua, dans un ancien bâtiment thermal de 1908 à l’architecture de style Tudor. Le système de canalisation de l’eau chaude était très ingénieux mais a demandé des maintenances colossales. Quelques ouvertures de dalle dans les anciens «bains électrique» mettent bien en avant la complexité du bâtiment.
C’est sans aucun doute le plus beau bâtiment que j’ai vu jusqu’à présent en NZ. Le contenu est également très intéressant et varié. Entre le film qui retrace les grands moments de l’histoire de la ville, dont l’éruption de 1886 (les bancs se mettent à trembler violemment ce moment). L’histoire du centre thermal de début de siècle, mais également des photos sur l’époque où le bâtiment a été un cabaret. Une aile complète est dédiée à la culture Maorie. Il y a également quelques œuvres d’art et une superbe exposition sur les œuvres 2D et 3D des designers des studios d’animation WETA (studios basés à Wellington qui a collaboré sur les films d’animation les plus célèbres, Seigneur des anneaux, Avatar, King Kong… Le fondateur n’est autre que Peter Jackson)
Nous finissons la journée dans le bâtiment d’à coté, « The Blue Bath ». Conçu comme un rêve hollywoodien en 1933, il est le premier à proposer la mixité, et se base uniquement sur la couleur de l’eau thermale. Aujourd’hui, l’eau n’est plus bleue car ils en ont perdu l’accès après une longue période d’abandon. Nous sommes seuls dans les bains! Juste derrière le musée se trouve un golf, et juste derrière ce dernier se cache un parking désert avec une vue panoramique sur le lac et ses environs. Ce sera notre camp de base à Rotorua. Le réveil est froid et rosé, avec ces petites brumes de vapeur qui au soleil levant donnent des airs féériques à nos compagnons les cygnes noirs.
Ce sera notre journée aventure. Je commence par aller louer un vélo de descente pour aller faire du mountainàbike dans la foret de Redwoods. Le domaine est presque entièrement dédié à l’activité et il y a des sentiers à profusion. Classés par catégories, il y en a pour tous les niveaux. J’arrive à revenir en vie avec le vélo en un seul morceau! Nous montons ensuite en début d’après midi près du lac Rotoiti pour jeter un œil au parc «Hell’s gate». C’est encore une variante autour de l’activité thermale. Ici la spécialité c’est le bain de boue. Il y a également un circuit à parcourir et on comprend bien pourquoi ils ont appelé le parc « les portes de l’enfer ».
L’odeur de souffre y est très forte, la vapeur dense et le bouillonnement de la boue dans quelques puits noirs sont assez effrayants. Mais nous n’étions pas venus pour ca. Nous sommes venus pour venir nous faire chahuter par l’eau fraiche de la rivière au centre de rafting de la porte d’à coté. Nous partons descendre une rivière de classe V avec plusieurs chutes d’eau sur le parcours, dont la fameuse chute de 7 m, la plus haute au monde (qu’il soit possible de passer en rafting !!!). La descente est géniale. Nous sommes 7 à bord, et passons à travers de superbes endroits. Le passage des chutes est assez pêchu et il vaut mieux se cramponner au fond du rafting.
Nous retournons nous remettre de nos émotions sur notre camp de base, à Rotorua. Je m’aperçois que j’ai oublié un détail important dans cette journée riche en émotion: Nous avons pris un petit dej au Lime Cafe, et les « caramel slice » y sont également diaboliques!
Nous continuons à cocher les attractions touristiques sur notre liste en allant au Wai-O-Tapu thermal Wonderland. A 30 kms au Sud de Rotorua, ce parc est sans doute le plus célèbre de tous. Les couleurs contrastées de sa «Champagne pool» font souvent la couverture des guides du pays. Nulle part ailleurs il n’est possible de voir une telle variété de lacs, cavités, bains bouillonnants et terrasses de silices, le tout aux couleurs étonnantes. Nous arrivons juste à temps pour l’éruption provoquée du fameux geyser « Lady Knox ».
Chaque jour à 10h15, un guide déverse un sac de savon dans le cône du geyser et ce dernier rentre en éruption quelques minutes après. Ca gicle jusqu’à 15 mètres de haut. On parcourt ensuite le circuit à travers le parc et avons l’impression d’avoir visité 3 planètes différentes. La diversité des couleurs et des éléments est en effet impressionnante.
Nous roulons ensuite jusqu’à Taupo. La ville est également placée sur une zone thermale, au bord d’un immense lac de plus de 600 km2 (la taille de Singapour). Comme à Taupo, ce lac est la conséquence d’une activité volcanique, mais bien plus importante cette fois ci puisque le lac actuel représente le cratère du volcan d’où a jaillie une gigantesque éruption volcanique! On estime que 1 200 km3 de débris ont été projeté et que la totalité de l’île du nord a été recouverte d’une couche de cendre de 200 m d’épaisseur. Le nuage aurait été vu par les romains et les chinois.
Depuis Taupo, on aperçoit de l’autre coté du lac les sommets enneigés du Mont Ruapehu et du Mont Ngauruhoe dans le Parc Tongariro. On part se balader du coté de la cascade Huka qui est un peu comme l’entonnoir du lac. Le débit d’eau y bat des records. Un peu plus loin sur la rive, un ruisseau d’eau chaude se déverse dans une rivière. On descend se baigner dans une petite piscine naturelle à 38°C. Un bain chaud en pleine nature, avec les flux du ruisseau comme jet de massage, c’est le meilleur Jacuzzi au monde.
La chaleur nous ramollit rapidement et il suffit de s’avancer un peu plus loin dans le confluant pour se faire saisir par l’eau fraiche des montagnes. La journée se termine dans un pub avec un superbe agneau sauce menthe et l’excellente bière « Hawkes Bay Pilsner ». Le lendemain nous partons en croisière sur le lac à bord du vieil Ernest Kemp, un bateau typique du lac, qui était à vapeur dans les années 1900. Il nous emmène sur un site où une portion de falaise a été sculptée par des artistes Maoris. Le bas relief haut de 10m date des années 70’.
Les petites baies alentours sont de vrais bijoux aux eaux translucides. On a également de superbes points de vue sur les montagnes… Je trouve même qu’il y a des petits airs de lac Léman. Retour au port, ballade rapide en ville, déjeuner à bord d’un vieil avion et on se remet en route pour les montagnes.
La route qui longe le lac est un régal. Nous arrivons rapidement dans le Parc Tongariro, près à affronter le froid et la neige. L’une des plus belles marches à faire en NZ est ici, c’est la fameuse traversée du mont Tongariro. En cette saison, la neige et la glace exigent un équipement spécifique et le départ avec un guide est quasi obligatoire. Nous choisissons une rando plus accessible, celle qui monte aux lacs Tama, entre les deux volcans du massif, le Mont Ngauruhoe et le Mont Ruapehu. Le premier est un cône parfait, le second est une station de ski.
Les paysages sont superbes, le temps est froid et sec, le ciel dégagé. Nous finissons l’après midi par une montée en Bernadette jusqu’à la station de ski de Ruapehu. Celle ci n’est pas encore ouverte, mais la neige est là et la saison se prépare. Ca ressemble à une petite station dans les alpes… mais il semble que ce soit la plus grosse du pays. Il fait bien froid et nous avons besoin de nous réchauffer pour la soirée. Bernadette n’ayant pas de cheminée à bord, nous cherchons un établissement ouvert. Le choix est limité car le secteur est assez désert. Heureusement il y a le majestueux « Château Tongariro » qui domine fièrement la colline. L’hôtel est plutôt chic et imposant. Nous y entrons tels de bons clients habitués à l’établissement. Un gigantesque salon avec de larges fenêtres sur les montagnes, un pianiste, une double cheminée, un bar, billard, petit salon privé et cinéma, le tout dans un cadre bien feutré… Nous y avons passé une bonne soirée, les pieds devant le feu avec nos chocolats chauds.
Le lendemain, l’envie nous démange d’aller voir à quoi ressemble ce fameux « Tongariro Crossing ». Sans groupe ni guide ni équipement, nous devrons faire demi-tour dès les premières plaques de glace. Il semble que le premier tiers de la marche ne soit pas encore sous la neige, ca nous donnera un avant gout. Malheureusement, le ciel se couvre dès l’instant où nous arrivons sur le parking et nous ne voyons plus rien. Nous montons à travers un paysage volcanique embrumé, l’ambiance oscille entre une expédition lunaire et le décor du seigneur des anneaux. Nous ne pouvons que deviner la proximité du colossal volcan Ngauruhoe qui reste invisible. Ségolène s’arrête en chemin, et je continue jusqu’à trouver le fameux passage de glace.
J’arrive sur un plateau d’altitude où le vent souffle très fort et les températures chutent brutalement. La neige est un peu croutée mais il n’y en a pas épais, je continue. J’aperçois dans la brume un groupe de marcheur. C’est le groupe parti avec des guides pour la traversée complète du Tongariro. Je les rattrape et les suis un moment. La montée se fait de plus en plus raide et les crampons et piolets pourraient bientôt me faire défaut. Les conditions météo se dégradent de plus en plus. Nous continuons à monter puis soudain, juste après une crête, je les vois faire demi-tour. Le vent et la mauvaise visibilité rendent la traversé trop dangereuse… L’expédition se termine ici, tout le monde redescend. Je retrouve Ségolène et Bernadette et nous quittons le parc Tongariro par la ville de Taumarunui.
Nous comptons rouler jusqu’au Mont Taranaki (encore un autre Volcan) qui se trouve à la pointe Ouest de l’île. Il y a deux itinéraires pour s’y rendre. La route principale qui n’est pas direct mais plus rapide, et la route alternative, plus direct mais qui prend plus de temps. Cette dernière s’appelle le «Forgotten world Highway». Elle serpente pendant 150kms entre Taumarunui et Stratford dans un paysage sauvage où quelques hameaux perdus tentent de perdurer. On y trouve également les vestiges d’anciennes installations minières abandonnées ainsi qu’une voie ferrée qui a été plus longtemps en construction qu’elle n’a été en service. Le trafic a été définitivement suspendu après le déraillement d’un train. Nous parcourrons cette « route du monde oubliée » dans une brume épaisse qui nous empêche d’admirer le paysage. Cela ne nous empêche pas de rester abasourdis par la petite vie tranquille façon début de siècle du village de Whangamomona. Les vieilles devantures de bâtiment nous laissent imaginer une activitée passée un peu plus importante. La seule enseigne toujours ouverte est celle de l’Hotel-Pub. Nous y voyons arriver 3 jeunes locaux pour s’y rafraîchir… 3 drôles de spécimen!
Ils s’étaient fait la même taille de cheveux qu’à leurs moutons! Ce village est devenu une république indépendante à la suite de longs désaccords avec les conseils municipaux locaux. C’est davantage l’occasion pour faire une énorme fête de la république tous les 2 ans en tamponnant le passeport des visiteurs, plutôt qu’une réelle indépendance. Nous arrivons finalement à Stratford, la tête encore étourdie par 150kms de virages incessants. Stratford est sensé avoir une vue spectaculaire sur le Mont Taranaki mais encore une fois, la brume ne désépaissît pas et nous ne voyons rien. Le centre d’information nous conseille de monter rapidement à la cascade de Dawson d’où le sommet serait encore visible pendant une petite heure. Nous y montons rapidement mais le temps d’y arriver, un gros nuage s’enroule autour du sommet. Nous l’aurons aperçu quelques minutes. Nous faisons la ballade autour des cascades et allons nous refugier dans un petit chalet. Le « Dawson Falls Chalet » semble tout droit sorti d’une vallée Suisse. Il n’y a personne d’autre que la patronne qui vient de rouvrir après une longue période de fermeture. Elle se fait une joie de nous faire visiter l’établissement en nous contant l’histoire de la bâtisse où elle avait jadis travaillé en tant que serveuse dans les 70. Les anciens propriétaires étaient Suisse et avaient construit ce chalet dans les traditions helvètes. Les armoiries de tous les cantons y sont dessinées et peints dans le bois. Les boiseries, la cheminée salon, les chambres… Tout y est authentique. La dame est bien sympathique et nous laisse toute la soirée dans le salon du thé avec suffisamment de bois pour nous réchauffer. Elle nous fera également un menu simplifié et quelques boissons chaudes.
La journée suivante, nous atteignons les records de pluies et de vent. Le temps est catastrophique! Nous passons de nouveau par Stratford, mais nous sommes dimanche et tout est fermé. L’ambiance y est terrible et nous nous enfuyons vers New Plymouth, qui est la ville la plus importante de la région. Le centre culturel de New Plymouth va sauver notre dimanche. Il regroupe un musée, une bibliothèque (avec internet) un cinéma et des espaces musicaux… Le complexe est ouvert tous les dimanches. Nous y passons la journée complète et finissons l’après midi à écouter Jael, une jeune artiste locale. Elle a 22 ans, et chante en solo avec sa guitare sur de belles compositions ou reprises. Je reste subjugué devant « The way you look tonight » de Frank Sinatra. Pleine de charme et de talent, elle illumine ce sombre dimanche.
La journée suivante commence par un petit déjeuner royal dans une boulangerie en ville tenu par des Français. Nous apercevons un bout de ciel bleu timide dans la matinée qui nous redonne l’espoir d’apercevoir le Mont Taranaki. Nous montons à Edmont North qui est un autre départ de randonnée sur le flanc du volcan. A notre arrivée, le sommet est toujours invisible mais le soleil arrive à percer par endroit. L’office du DOC ne nous donne pas trop d’espoir quand à une éclaircie sur le Taranaki. On croise les doigts et partons sur le sentier en direction du sommet. Comme par enchantement, la montagne se dégage 30 mins plus tard et la marche devient majestueuse. Le cône enneigé nous apparaît si proche, nous sommes les seuls sur le sentier, c’est le top.
J’arrive à la cabane d’altitude, c’est à ce point que nous sommes censés redescendre, mais c’est aussi de là que commence le dernier tronçon pour atteindre le sommet. Il y a encore 6 heures de marche pour s’y rendre et la glace et la neige demandent une expérience et un équipement spécifique. Je ne résiste pas à l’envie de monter un peu plus haut, jusqu’aux premières plaques de glace. Ségolène étant encore loin derrière, j’y vais. J’arrive à monter pendant 20 minutes, mais mon équipement ne me permet pas d’aller plus loin. La sensation est grisante, je vois le nuage de brume monter lentement et arriver à ras de la cabane. Je reste au soleil un moment et redescends pour rejoindre Segolène que je vois assise sur un rocher 🙂
Nous redescendons à New Plymouth où je dois aller dans un garage pour passer Bernadette au contrôle technique. Comme je m’y attendais, il y a quelques réparations à faire avant d’obtenir le certificat. Les freins, les disques, et un point de rouille derrière le rail de la porte coulissante. Du coup, je passerai les deux prochains jours à faire le tour des garages. Entre temps, nous arrivons à faire quelques belles ballades autour de la ville avec de belles vues sur le Mont Taranaki qui a fini par se dégager complètement. Il y a la belle promenade de bord de mer, une autre avec la passerelle en forme d’ossement de baleine et l’ascension du Marine Sugar, un gros rocher posé à l’entrée du port. Bernadette a finalement obtenue son certificat de contrôle technique et nous sommes maintenant prêts à repartir.
Nous nous engageons sur la Surf Hwy, la route périphérique au Mont Taranaki qui fait le tour de la péninsule. Nous dormons à Waihi Beach pour commencer la marche Whaihi-Opunaki le lendemain matin. Le soleil brille et nous partons pour cette ballade côtière à flanc de falaise. La ballade est agréable et quelques surprises sont éparpillées sur le parcours. La première partie est une plage de gros cailloux aux formes quelquefois étonnantes… Un peu plus loin, nous trouvons quelques ossements de baleine, deux ou trois vertèbres éparpillées.
Nous découvrons une centaine de mètres plus loin la carcasse de la baleine en décomposition. Notre marche terminée, nous roulons en direction de Wanganui. Après quelques informations au centre ville, nous sommes tentés d’aller voir à quoi ressemble les fameuses gorges de Wanganui. En été, les longues descentes de plusieurs jours en canoë ont fait le succès des gorges. Malheureusement la saison vient de se terminer, l’eau étant devenue trop froide. La seule option qu’il nous reste est de remonter la rivière en Jet boat, au départ de Pipiriki. Nous ne sommes pas convaincus par cette option, mais la route pour se rendre à Pipiriki traverse déjà une belle portion des gorges, nous y allons. Nous parcourons cette route des gorges dans une brume qui semble être fidèle aux lieus. Nous passons quelques petits villages maoris, ou d’autres hameaux étonnants comme Jerusalem… et son couvent tenu par une sœur Française. Nous arrivons à Pipiriki le lendemain matin, à l’heure où le jet boat prend ses passagers. Les prix nous semblent un peu excessifs pour quelques heures de navigation. Nous passons notre chemin. On bifurque vers Raetiti et redescendons à Whanganui par la superbe route des montagnes.
J’aurais finalement préféré le chemin retour plutôt que celui des gorges. Nous arrivons en ville juste à temps pour la fin du marché local. Nous y voyons également partir le légendaire Whaimarie. C’est un vieux bateau à vapeur de 1900 qui a eu une longue histoire entre sa construction en Angleterre, son transit jusqu’en NZ, son activité sur le fleuve, son naufrage et abandon, puis sa restauration en 2000… Un musée lui est dédié, on y voit aussi l’importance qu’avait le transport fluvial dans la région au siècle dernier. Nous finissons par un peu de tourisme en ville, entre galerie d’art, musée, parc, tour panoramique, piscine et pub.
Nous arrivons le lendemain à Palmerston North. Si l’on se fie au lonely planet, « Palmy » pourrait redonner de la motivation à ceux qui auraient raté une première tentative de suicide (étrange citation de John Cleese). Mais nous y avons vécu une toute autre expérience. Ce jour du 03 Juin est l’anniversaire de la reine d’Angleterre, et c’est par conséquence un jour de congé en NZ. Pour l’occasion, Palmy accueille un festival de Jazz pendant deux jours. Nous passons donc l’après midi à arpenter les bars et cafés de la ville pour y écouter une belle brochette de musiciens.
Le jour suivant, nous retournons nous perdre dans la nature, du coté des gorges de Manwatu. La route pour y accéder est réouverte depuis seulement une semaine après plus de 10 mois de travaux à la suite d’un glissement de terrain géant dans le fond des gorges. Nous laissons Bernadette à l’entrée des gorges et entamons la traversée par le sentier des gorges. La marche de 4 heures est majoritairement dans les bois mais quelques percées offrent un joli panorama sur les montagnes et les éoliennes.
Nous arrivons à l’autre extrémité des gorges et devons maintenant repartir sur notre point de départ, mais cette fois par la route, en auto-stop. Des dizaines et dizaines de voitures passent sur cette route qui vient d’ouvrir et je suis assez confiant que quelqu’un nous prenne rapidement. Ce n’est pas le cas, nous voyons les voitures défiler devant nous tout en nous ignorant. Cela faisait longtemps que je n’avais pas été de ce coté de la route. En principe, je suis le premier à m’arrêter et les auto-stoppeurs que j’ai pris m’avaient dit qu’il était très facile de faire du stop en NZ. Du coup je ne comprends ce qui ne marche pas avec nous, peut être nos têtes de Français… Ca m’énerve assez rapidement mais heureusement, quelques centaines de voitures pus tard, un jeune s’arrête !
Nous retrouvons Bernadette et roulons en direction de la région des vins de Martinborough. Nous y goutons quelques pinots noirs le lendemain au petit dej puis continuons notre descente vers l’extrémité Sud de l’île. Au fur et à mesure que nous arrivons vers Lac Ferry, nous perdons toute civilisation. Quelques hameaux déserts tentent de meubler le bord des routes et les paysages se font de plus en plus sauvages. Nous passons Lac Ferry et continuons la route jusqu’à Ngawi, une petite localité où il y a d’avantage de bulldozer le long des routes que de maisons.
C’est la première fois que je vois une telle collection! De toutes les tailles et de toutes les couleurs, rouillés ou décorés, ils sont tous bien alignés sur la plage, attelés à un bateau de pêche en attente d’être poussé au large. La deuxième curiosité locale se trouve aux Putangirua Pinnacles. Un morceau de montagne semble avoir littéralement fondu comme du sucre, laissant d’immenses colonnes de roches sableuses. L’ensemble forme une foret de monolithes anthracites coiffés à leur sommet d’une petite calotte d’herbe.
La marche est superbe, on ne s’attendait pas à un tel décor. Nous continuons jusqu’à la fin de la route et trouvons le phare du Cap Palliser. Une série de 250 marches nous mène jusqu’au promontoire de l’extrême Sud de l’île du Nord.
Nous dormons à deux pas de là, sur un bel espace dégagé face mer, avec quelques roches pour nous protéger du vent. Nous remarquons que nous ne sommes pas les seuls à avoir eu l’idée. Nous sommes au milieu d’une colonie de phoques. Je les confonds d’abord avec les roches mais le bruit et l’odeur nous indiquent qu’ils sont très nombreux. Nous faisons un feu de joie ce soir là, non pas pour marquer notre territoire mais pour célébrer notre arrivée imminente à Wellington et donc le départ de Ségolène.
Après avoir salués nos bons compagnons, nous nous mettons en route pour la capitale. Le temps est apocalyptique. Pluie, vent, ciel noir, la route semble être un lent retour du bout du monde.
Nous atteignons finalement Wellington dans la soirée, sous la pluie. Nous allons d’abord nous réchauffer au « Mighty Mighty » un bar coloré sur Cuba street, puis allons établir notre camp de base sur le Mont Victoria Lookout. Le réveil est encore gris et le panorama sur la ville est un peu maussade. Nous descendons au centre ville pour commencer la visite. Comme par magie, en l’espace d’une demi heure, le ciel ce dégage et le soleil nous illumine! C’est donc avec hâte que nous commençons à nous balader sur les quais puis à arpenter les rues de la ville.
On prend ensuite le funiculaire pour monter au parc botanique. Un circuit pédestre nous redescend en ville en passant par quelques bâtiments emblématiques de la ville, dont le fameux parlement, qui est un véritable bâtiment « ruche ».
Nous finissons la journée au centre culturel, le colossal « Te Papa ». A l’occasion de la nouvelle année Maorie, divers évènements et une série de concert animent le centre. Nous y écoutons un excellent concert de 6 différents groupes jouant 30 minutes chacun. Ces groupes mettent en avant 8 chanteuses de styles différents, d’origine Maori ou d’ailleurs. Tous les groupes sont de bonne qualité, mais le groupe Pacific Curls devance nettement l’évènement.
D’influence Maori, mais sans tomber dans le folklore redondant, les 3 femmes nous mènent subtilement à travers un voyage mélodique rythmé, un brin mystérieux. J’ai également bien apprécié la prestation de Johanna Mystery et son petit coté « Feist ». C’est le soir où Ségolène quitte Bernadette pour retourner se civiliser dans une auberge de la ville. Je suis de nouveau seul à bord.
Le ciel reste clair pour les 4 prochains jours, ce qui déroge à la mauvaise réputation météorologique de la « Windy Welly ». Après un superbe panorama ensoleillé de la ville depuis mon camp de base, je vais faire un tour du coté de Miramar qui est de l’autre coté de la baie. J’y visite la galerie de WETA, ces studios d’animation prestigieux dont j’avais entendu parlé une première fois lors d’une exposition à Rotorua. C’est ici, à Miramar que sont basés les ateliers et studios. Un excellent film explique l’histoire et le développement de l’entreprise de Peter Jackson. C’est une véritable fourmilière de 800 personnes divisée en une douzaine de secteurs. Du designer numérique aux ingénieurs structures en passant par l’atelier maquette, maquillage… etc. Weta collabore sur les films d’animation les plus prestigieux.
C’est bientôt l’heure d’aller chercher le prochain passager du Bernadette trip. Celui ci a déjà sa carte de membre en temps qu’ancien client du Bernard Tour en Australie, c’est Loren. Elle arrive à Wellington pour un week-end prolongé de 4 jours. Elle a vécu et étudié à Wellington, et elle vient voir sa petite sœur jouer dans une pièce de théâtre. Je vais la chercher à l’aéroport et nous passerons une partie du week-end ensemble. Je fais la connaissance de sa petite sœur Rene dès le lendemain matin autour d’un brunch. Le soleil brille toujours à Welly et nous décidons de partir tous les 3 pour un mini road trip autour de baie la de Wellington. Nous longeons la belle Oriental parade jusqu’à Mirarar puis prenons la petite route du bord de mer qui tourne autour de la tête d’entrée de la grande baie. Nous passons Evans Bay, Worse Bay et Lyall Bay puis arrivons au bout de la route, à Island Bay. Nous ne sommes qu’à quelques kilomètres du centre ville de la capitale et encore une fois, j’ai l’impression d’être arrivé au bout de monde. Il n’y a rien, juste une réserve naturelle d’où partent des sentiers de randonnées. Nous voyons très clairement les montagnes enneigées de l’île du Sud qui paraît étonnamment poche. Bizarrement, je n’en apercevrai aucune quelques jours plus tard lors de ma traversée en ferry. Bernadette se transforme en tea-room avec vue sur mer pour ces nouvelles clientes. Rene doit aller se préparer pour la pièce de théâtre, nous la ramenons en ville.
Nous apprécions quelques bulles et cocktails au « Museum Hotel » puis nous allons à l’Université, là où se joue la pièce. Celle ci a duré 3 heures et je n’ai pas compris grand chose au scenario… Mais ca avait l’air bien. On termine la soirée au Mighty Mighty où un groupe surchauffe la scène. C’est une section de cuivre dynamique jouant façon fanfare des airs de ska. Ca m’a réveillé! En sortant du bar tardivement, nous arpentons les rues surchauffées du centre ville. Je découvre qu’il y a presque plus de monde de nuit que de jour. Il y a des jeunes partout, faisant la queue pour entrer dans les clubs de chaque coin de rue… Wellington ne déroge pas à sa réputation, les nuits y sont bien agitées!
Le lendemain, nous visitons Te Papa. Il y a de quoi y passer quelques heures. Le musée est très grand et les expositions très variées. Comme d’habitude, on y retrouve un large pavillon sur la culture Maorie, un autre sur l’arrivée des premiers colons, un secteur sur l’activité volcanique du pays, et toujours un peu d’art pour emballer le tout. Toujours dans la série d‘évènements accompagnants le nouvel an Maori, nous écoutons un bon concert. Encore une section de cuivre, mais pas la même que la veille. Il s’agit de 7 musiciens (dont deux font partie du mythique « Fat Freddy’s drop ») qui jouent un reggae ska rythmé sur fond de chants populaire maorie. Dynamique et joyeuse, l’ambiance est aussi très conviviale, leurs enfants viennent même sur scène pour participer… La relève est assurée.
Nous retrouvons Rene en fin d’après midi pour une nouvelle échappée à bord de Bernadette. J’emmène les sœurs en haut du mont Victoria, pour une soirée crêpe.
Le lendemain, je finirai ma visite de Wellington en solo pendant que Loren rendra visite à ses grands parents. Je retrouve les deux sœurs, ainsi que Ségolène pour un dernier cidre chaud sur les quais. C’est la fin du week end. Loren et moi allons diner chez Akari et Fabio, un couple d’amis de Loren qui se sont installés à Wellington. Fabio travaille dans l’animation et après une expérience à Sydney, il a décidé de pousser la porte des studios WETA et de s‘installer à Welly avec sa compagne Japonaise. Un diner Italo-Nipon, dans une belle maison uniquement accessible par un funiculaire (Wellington est la ville qui compte le plus grand nombre de funiculaire privé au monde). Loren se réveille à 4h pour prendre son avion retour vers Sydney. Avec le décalage horaire, elle arrivera pile à l’heure pour reprendre le travail.
Ma visite de Wellington est terminée, la boucle de l’île du Nord est maintenant bouclée, et je me retrouve une nouvelle fois seul à bord de Bernadette. Il me reste maintenant à m’organiser pour passer au chapitre suivant, sur l’île du Sud, avec un nouvel équipage.
Le 13 Juin, Bernadette et moi embarquons sur le ferry « Blue Bridge » pour une traversée de 4 heures entre l’île Nord et l’île Sud. Une traversée assez houleuse !
Publié dans Nouvelle Zélande
Bernard on the road Part VI, Sydney-Melbourne…
17 Décembre 2011, l’aventure reprend la route à bord de Bernard après presque 3 mois passés à Sydney. Je quitte définitivement ma chambre miteuse de Chippendale et vais chercher Bernard et Bernadette à Bondi. Loren et moi avons 3 semaines de vacances pour Noel et nous avons prévu un road trip d’environ 4000 kms vers le Sud en direction de Melbourne, puis de continuer sur la Great Ocean Road, et enfin de revenir d’Adelaide vers Sydney par les terres.
Un parcours qui a l’air très diversifié avec beaucoup de variantes différentes qu’il nous faudra choisir. L’itinéraire n’est pas encore gravé sur le tableau de bord, et j’ai laissé le soin à Loren la préparation du plan de route.
Nous voilà en route, avec un Bernard en grande forme qui a même eu le droit à une nouvelle batterie pour l’occasion. Nous passons Wollogong, Kiama, Gerroa, Berry et arrivons à Kangouroo Valley.
Nous passons des petits bourgs sympathiques à travers de coquettes collines, des boutiques à souvenirs, un vieux Bar-Hôtel repaire de Motard, quelques galeries d’art, l’ambiance est touristique et décontractée.
Nous continuons jusqu’à Bateman bay et allons nous promener au Bingi Bingi point, c’est un coin perdu, étiré sur l’Océan, un cap venteux où les vagues sont aussi puissantes que les roches sont énormes. Le temps se couvre, on se croit soudain en Bretagne, on trouve un endroit pour dormir juste à la sortie du Parc National. La vie à bord s’organise gentiment, Loren découvre les joies du Camping, et la cuisine tourne à plein régime.
Nous longeons la cote jusqu’à Narooma puis bifurquons dans les terres pour entamer un parcours plus montagneux. Une pause fromage à Tilba s’impose, puis une autre à Bega où il y a l’usine Bega Cheese, qui est un peu l’équivalent de Entremont en France. Tasting et remplissage du frigo, nous avons suffisamment de fromage pour passer l’hiver. La route grimpe et serpente de plus en plus, nous nous arrêtons à Cooma pour regarder des troupeaux de moutons monter dans les camions… Il semble que les animaux comprennent ce que cela veut dire, et font tout leur possible pour faire demi tour (Certains arrivent même à sauter la barrière haute de plus 1,2 mètre. Il faudra une bonne demi-heure au Berger avec son fils et ses 3 chiens pour faire monter le bétail, c’est assez violent.
On continue notre route vers Jindabyne et les « Snowy Mountains » et le paysage est de plus en plus montagneux. On trouve un endroit de rêve pour passer la nuit. En plein milieu d’une prairie, dans les hautes herbes d’une colline. Malheureusement, l’orage ne tardera pas à arriver.
Nous arriverons le lendemain matin à Jindabyne. C’est une petite agglomération qui peut accueillir plus de 20 000 personnes en hiver étant donné qu’elle dessert les stations de skis des Snowy mountains. En été c’est très calme, nous allons nous renseigner au centre touristique, et partons directement pour une randonnée sur le Mont Kosciuszko qui culmine à 2 228 mètres, c’est le toit de l’Australie.
Le sentier le plus direct pour y monter fait 9 kms, mais ce n’est pas le plus sexy. Il est déjà 14h et nous n’avons pas le temps pour la version longue qui passe par quelques lacs. Le massif est arrondi, le paysage agréable, mais je ne trouve pas vraiment de sensation d’altitude.
De ce sommet, j’aperçois le sentier de la version longue qui m’attire beaucoup plus. Il fait 12kms, ce n’est que 3 kms de plus, en marchant plus vite, je devrais arriver avant la nuit.
Loren rentre donc par le parcours initial, et je m’aventure sur la grande boucle. Le paysage de ce coté est nettement plus intéressant. Je passe par quelques crêtes, cols, lacs, et même des plaques de neige. J’en prends plein les yeux et plein les jambes, je suis ravi. J’aurais finalement terminé la boucle de 21 kms en 5h. La montagne me manquait.
On campe à quelques kilomètres du Mont Kosciuszko, à Island Bend qui est un camping du Parc National, et il n’y a personne. Les Kangourous, Wallabies et Wombats sont nos seuls voisins, c’est tout juste s’ils ne viennent pas manger à table avec nous ! Un gros feu de bois, de l’agneau grillé au BBQ, de la country music et quelques godets… C’est le repos bien mérité.
Je serais bien resté aux Snowy mountains plus longtemps, mais il nous faut garder le cap vers le sud et la route est encore longue. Apres quelques hésitations, nous nous engageons sur la Barry Way, une piste non goudronnée de 90 kms à travers la montagne.
C’est un raccourci direct vers l’océan. On passe une nuit en chemin, au Willis Camping, le long de la Snowy river. La piste est quelquefois très étroite et à flanc de ravin sur bâbord, c’est en principe le passager qui se cramponne le plus. La route descend plus qu’elle ne monte, Bernard est devenu un expert en freinage progressif. On arrive à Buchan, qui est la fin de la piste. Il y a deux superbes grottes à visiter, nous descendrons dans la « Royal Cave ». Grandiose, bien préservée et avec un bon guide, l’expédition était intéressante.
On retrouve le confort des routes goudronnées, mais Bernard ne semble pas tant apprécier, je sens qu’il perd de la puissance, et ce n’est pas normal… j’ai encore des doutes au sujet de la pompe à essence. Le lendemain matin, le problème persiste et il perd de plus en plus de puissance, quelque chose ne tourne pas rond et nous allons sûrement devoir faire une pause garage. Nous sommes le vendredi 23 décembre et tous les garages vont fermer pour au moins une semaine. Il faut trouver un spécialiste VW rapidement. J’en trouve un qui est à 2h de route, on l’appelle, il nous dit qu’il souhaite fermer de bonne heure aujourd’hui mais qu’il peut jeter un œil si on arrive rapidement. On arrive à « Veeland » au plus vite, et comme d’habitude, une dizaine de carcasses de combi nous font une haie d’honneur, signe que nous sommes bien chez un spécialiste. Marc est en train de bricoler sur la voiture d’un ami. Il nous montre sa superbe coccinelle avec une patine naturelle incroyable, c’est une star des magazines. Ce Marc est un dieu des combis. En 10 minutes, il vérifie si l’avance à allumage est bien calé, et règle les culbuteurs. Verdict, 2 des culbuteurs étaient déréglés, le problème est fixé, la puissance est de retour. Au passage, il nous change un relais feux stop qui ne fonctionnait plus, ressert une roue, fait un graissage général et la pression des pneus. Le tout en un temps record, pour une somme très honnête et avec un calendrier Combi en cadeau. À la veille du 24 décembre, Marc a été notre père Noel. Il nous conseille vivement d’aller faire un tour à Phillip Island en remontant sur Melbourne. Cette île est réputée pour les Pingouins, les Otaries les Koalas et les courses automobiles. Nous irons à Phillip Island mais ne ferons aucune de ces attractions qui ont l’air un peu trop touristiques. Nous roulons jusqu’à la pointe de l’île, le Cap Summerland et y faisons une superbe ballade. La végétation est incroyable, comme un épais tapis de plante grasse parsemé de fleurs roses.
Comme l’île est très réglementée et que Bernard ne mettra jamais les pieds dans un camping privé, nous n’y restons pas pour dormir et préférons aller nous perdre sur la péninsule de Mornington, juste en face de « French Island ». Nous squattons une rampe de mise à l’eau pour pêcheur, à « Stony point ». Bernard en a déjà squatté un bon nombre, mais celle là est de loin la plus grande. L’équivalent d’un parking de supermarché en bord de mer, plein à craquer de remorques de bateau et 4×4 qui attendent patiemment le retour de leur marin. De jour comme de nuit, la rampe est utilisée 24H/24H. La vue est superbe, on commence l’apéro lorsqu’un pêcheur vient nous offrir 2 poissons. Je vais de ce pas en débiter les filets sur la table de pêche (table inox alimenté en eau et spécialement conçu pour vider et découper les poissons. Il y en a une sur chaque rampe à bateau). Un collègue de tablé me montre comment découper les filets, je ne l’avais jamais fait. C’est le meilleur poisson que l’on ait mangé.
Nous sommes le Samedi 24 Décembre et nous entrons dans Melbourne. Mise à part le fait que ce soit Noël, cette journée est très symbolique. Bernard et moi avions quitté Perth pour entamer le Grand tour le 24 Mai dernier, avec comme slogan sur la lunette arrière « Melbourne or Bast ». Six mois plus tard, c’est chose faite, nous franchissons la ligne d’arrivée !
Melbourne, cette fameuse ville dont on m’a tant parlée, et dont j’ai entendu des éloges qui m’auraient presque fait regretter de rester à Sydney… La vie à l’Européenne, les cafés, les restos et les bars à chaque coin de rues, la mode, les boutiques, les musées, le bouillonnement artistique, le design, les monuments historiques mixés avec une architecture de contraste, moderne et sculpturale…
La ville qui peut voir défiler les 4 saisons en une journée, la ville tournée vers l’intérieur, la ville à la topologie plate et au plan quadrié. Cette description presque opposée à celle de Sydney m’a longtemps intrigué, et c’est donc avec beaucoup d’enthousiasme et un brin de méfiance que je pars explorer la ville. On commence violemment avec « Federation Square » qui est un peu le show room futuriste du centre ville.
Une explosion délirante d’acier, de verre et de géométrie abstraite qui est intéressante, mais qui à mon sens un peu trop marqué dans son époque pour traverser les décennies sans une ride. Heureusement, les façades écrans seront faciles à changer. Une de ces façades abrite le « Ian Potter centre» qui est rattaché au National Gallery of Victoria Australia. 20 000 œuvres d’art Australiennes, articulées autour d’une architecture intérieure plutôt pointue.
Très belle expo. On continue notre marche en centre ville jusqu’à la « state Library » qui comme beaucoup d’autres, est un beau bâtiment historique de la ville, les salles intérieures sont remarquables.
Nous continuons notre ballade urbaine et croisons de nombreux bâtiments étonnants.
L’heure du réveillon de Noël approche et nous préférons nous échapper du centre ville pour fêter l’événement. Nous prenons la direction de « Yarra Valley », qui est censé être à 1h de route, mais nous mettrons plus de 2 heures… Loren a toujours quelques soucis avec les cartes (y compris Google map).
Nous arrivons finalement dans un coquet Parc National, au calme. Le temps d’allumer un feu et de se déguiser respectivement en Père Noël, Rêne et Lutin, (Bernard avait déjà mis son costume au départ de Sydney)… et en avant la ripaille !
Encore une fois, ce fut un Noël très différent de mes 27 premiers précédents. Une année auparavant, j’étais à Manille, avec notre bon Bruno, les Bonnes Sœurs et les enfants des rues que l’association encadrait. Et cette année, me voilà perdu en foret avec un Bernard et une Kiwi. Le calme et la simplicité seront les thèmes de cette fin d’année 2011.
Nous reprenons notre détour qui tourne toujours autour de la « Yarra Valley », nous persevérerons pour enfin y arriver par l’autre extrémité. Le chemin est long, mais la route est belle, nous nous perdons de bon cœur et arrivons finalement au camp que l’on visait la veille, le « Upper Yarra réservoir ». À notre grande surprise, nous ne sommes pas les seuls à se perdre dans la nature le jour de Noël. Le camp est occupé par de nombreux campeurs, pour la plupart des grandes familles de plus de 10 à 20 personnes, regroupés comme des micros villages. Il y a beaucoup d’Indiens, quelques Musulmans, et les Asiatiques. Un tour du Camp équivaut presque à un tour du monde. Tout ce monde n’est pas là par hasard, le parc est gigantesque et nivelé sur plusieurs niveaux, ce qui fait que tout le monde y trouve son écrin de verdure, calme et tranquille. Les enfants jouent et courent, les adultes cuisinent, se promènent, fêtent ou prient. Le tout dans la bonne humeur sans que personne ne dérange son voisin. En plus, le camp est très bien aménagé, douche chaude, cuisine, réfectoire et autres espaces communs autour de la cheminée. L’ambiance est conviviale. Tout le monde est en train de célébrer Noël en famille, chacun à sa façon avec ses coutumes et traditions. Nous cherchons donc un sapin, pour y déposer les cadeaux puis nous commençons à préparer le déjeuner de Noël.
Loren ouvre ses nombreux cadeaux ! J’en ouvre également quelques-uns, dont un déjà très fétiche T-shirt Combi+Père Noël+Lutin. On tranquillise le reste de l’après-midi, j’en profite pour fignoler le cadeau de Bernard… Un pochoir à son effigie.
Le 26 décembre s’appelle le Boxing day, et je ne sais encore ce que cela signifie. Nous redescendons la vallée en direction de Melbourne. Les paysages sont beaux, mais le temps se couvre. Nous nous contenterons de la visite d’un vignoble et de quelques dégustations de pinard. Le vin de Yarra est très connu et apprécié, il y a des vignes un peu partout. Nous nous arrêtons à Warburton pour observer une « Maison-Œuvre », assez similaire à celle de Petit Jean à la Fabuloserie de Dicy dans l’Yonne.
Nous arrivons à Melbourne et commençons par chercher un spot où nous pourrons garer Bernard et établir notre camp urbain. Nous trouvons notre bonheur au Yarra Bend Park. À deux pas du centre ville, au bord d’un petit lac niché dans un écrin de verdure, le spot est idéal. Il y a aussi des toilettes, BBQ et des départs de sentier qui sortent du parc pour arriver en centre ville. Encore plus étonnant, même s’il est évidant que ce n’est pas une aire de camping, il n’y a aucun panneau d’interdiction. Nous verrons bien si les rangers nous rendrons visite. Le Yarra Park de Melbourne est déjà déclaré meilleur spot urbain sur la Bernard Book. Nous marchons donc vers le centre ville pour une nouvelle exploration. Nous traversons le vibrant quartier de Fitzroy envahi de shops, bar et resto. C’est à ce moment que j’ai compris ce que voulait dire Boxing Day. C’est le départ des soldes et toutes les boutiques sont pleines à craquer. Nous faisons donc comme il se doit, une après midi shopping et finissons la journée par une ballade au bord de la Yarra River. Notons trois détails importants. J’ai enfin trouvé les chaussures de ville en plastique moulé que j’avais vu une fois à Sydney sur un bon jeune. Il y a une brasserie « Little Creature » à Fitzroy, comme à Perth. Les Kebabs au feu de bois de Melbourne sont les meilleures du monde. Nous rentrons au camp, plein de sacs, de bière et d’agneau.
Le jour suivant sera dédié à Bernard qui réclame un peu d’attention. Il nous faut trouver une station pour remplir notre bouteille de gaz, trouver des infos sur la net pour faire le réglage des culbuteurs moi même, aller chercher les outils nécessaire dans 4 shops différents.et enfin appliquer le fameux pochoir de Noël sur la fesse droite de Bernard. Ce petit programme m’aura pris la journée. Je mets en pratique mes cours de mécanique « youtube » dès le lendemain matin et cale mes 8 soupapes avec succès.
Nous partons ensuite pour notre dernière journée d’exploration de Melbourne. Je dépose Loren à Fitzroy qui n’a pas la motivation pour me suivre dans mon exploration du « ART PRECINCT ». C’est là que presque tous les musées d’art sont regroupés, de l’autre coté de la rive, face à Fédération Square. Visite du « Theatres Building » pour commencer, puis le musée d’art contemporain « ACCA », et pour finir, l’énorme « National Gallery of Victoria ». Ces 3 bâtiments sont remarquables. Le théâtre fait preuve d’une certaine audace graphique au niveau de la façade.
Le ACCA a choisi le parti de la composition cubiste mono matière en Corten.
Le NGV reste le plus sobre et classique mais pas le moins qualitatif avec une composition de masse sobre et équilibrée et des espaces intérieurs de grande qualité.
En terme de contenu, ce dernier est de loin le plus intéressant, mais aussi le plus épuisant étant donnée l’énorme collection qu’il renferme. Je termine mes visites et retrouve Loren à Federation Square et nous allons manger un Italo-Libano-Tex mex. On quitte Melbourne en direction de la Great Ocean Road. Cet itinéraire surnommé le Grand serpent de mer parcourt le littoral par la B100 de Torquay jusqu’à Portland. Nous nous doutions que nous ne serions pas les seuls à emprunter la « tourist drive » pendant les vacances de Noël et il y a effectivement beaucoup de monde. Le parfum unique des gommiers et de la plage, du bush et de l’eau salé, les Koalas en liberté, les falaises, les prairies…
Il fait bon vivre sur cette portion de l’extrême Sud Australien. Nous passons le 38°S et c’est l’endroit le plus au sud de mon itinéraire. On commence par le Teddy’s lookout à Lorne, puis cherchons des Koalas dans les arbres du côté de Kennett River.
A Apollo bay, nous nous arrêtons au superbe Mariners lookout. Le littoral est certes agréable et bien sauvage, mais l’arrière pays dont on parle beaucoup moins est tout aussi intéressant. Je suis de toute façon plus attiré par les collines que par les plages, mais la portion de route qui traverse le « Great Otway NP » a de quoi contenter les plus exigeants.
En revanche, mauvaise surprise lorsque l’on fait un détour jusqu’au cap pour aller voir le phare… L’accès est payant et il n’y a rien d’autre à faire sur place. Un peu comme les Pingouins de Phillip Island ou les dauphins de Monkey Mia, ces exploitations touristiques de sites publics ne plaisent pas trop à notre coté Hippie, nous faisons donc demi tour. Nous en profitons pour quitter la route principale et aller nous aventurer sur les pistes. Nous y découvrons des endroits paradisiaques, comme ce camping au bord d’une rivière à « Air River ». Malheureusement victime de son succès, il est complètement saturé et il est presque impossible de trouver une place sans avoir un voisin à moins de 3 mètres. Nous passons également notre chemin.
Nous reprenons la route principale et entamons maintenant la portion la plus touristique de la Great Ocean Road. La section avec des lookout tous les 3 kms et des panneaux qui nous rappelle qu’en Australie on roule à Gauche. Les parkings des « point de vue » sont pleins à craquer, les cartes SD se remplissent toujours plus vite à mesure que l’on approche du site des 12 apôtres. Nous apercevons un par un les 12 pains de sucre perdus en mer. C’est l’apogée de la ballade, la cerise sur le gâteau, la photo pour le rebord de cheminée… Si vous avez déjà la carte postale d’Etretat en Normandie, ne faites pas le déplacement, c’est la même chose. Nous nous arrêtons pour descendre de la falaise et marchons sur l’immense plage. La plage est tellement fréquentée que j’ai trouvé le moyen de me faire violement percuter par un vieux qui regardait la tête en l’air un des apôtres.
31 Décembre 2011, nous arrivons à Portland et c’est la fin officielle de la route touristique. On commence par y acheter du poisson et des calamars frais pour se faire une bonne dinette. Après une rapide visite du centre ville, nous roulons en direction de « Bridgewater Bay ».
Les températures montent de plus en plus et la petite brise légère du grand sud ne suffit plus à calmer le soleil qui semble se rapprocher de plus en plus. Nous découvrons à la sortie d’un virage l’une des plus belles plages d’Australie. Sur fond de dunes immaculées, l’arc bleu turquoise de la baie est saisissant. Nous ne résistons pas au charme de la paradisiaque plage de « Shelley Beach ».
Après s’y être rafraîchis, nous visitons les sites naturels de Bridgewater. Nous ne ferons pas le sentier du littoral qui part de la « foret pétrifiée » pour rejoindre Shelley Beach… J’en ai encore des remords. Nous poursuivons notre visite rapide des alentours et arrivons dans un autre coin de paradis. C’est un petit lac caché entre deux collines où quelques adeptes de ski nautique se réunissent. L’endroit est superbe, je suis tombé sous le charme de la région et je resterais bien là quelques jours.
Je n’avais jamais entendu parler de Portland, à défaut d’avoir beaucoup trop entendu parler des 12 apôtres et des Grampians. Je m’attendais juste à une petite ville avec un port de pêche et un musée sur la grande époque où la pêche à la baleine et au phoque était l’activité principale, mais je ne soupçonnais pas un tel décor. C’est jusqu’à présent ce que j’ai vu de plus beau depuis notre départ de Sydney. Les meilleures surprises sont toujours celles auxquelles on s’attendait le moins. Nous devons maintenant décider d’un endroit où passer le réveillon. Le plan de route initial a été revu le matin même. Après une remise en question sur l’intérêt de continuer à rouler en longeant la cote jusqu’à Adelaide, nous envisagions sérieusement de couper avant et de remonter par les Grampians qui est décrit comme un parc à ne rater sous aucun prétexte. L’idée matinale était donc de bifurquer à Portland et d’arriver en fin d’après-midi dans les Grampians pour y fêter le réveillon… La tentation de rester au bord de la plage pour le réveillon a fait son apparition mais c’est finalement l’itinéraire du matin qui prendra le dessus. Nous saluons l’Océan que nous ne reverrons qu’à Sydney, et nous nous enfonçons dans les terres. Je ne sais pas à quel moment on a cru que l’on trouverait un peu plus d’air frais en montant aux Grampians, mais on a pu vérifier assez rapidement que ce n’était que foutaise. Le seul air frais que l’on pouvait espérer était bien celui de l’Océan. Nous entrons dans le parc et établissons le bivouac du nouvel an à « Jimmy Creek Camp ». Il y a quelques campeurs, mais il n’y a pas foule. Ambiance tranquille, sans feux d’artifice, cotillons ou boule à facette. Quelques « Bernard Cocktails », du saumon sur canapé, une boite à fromage goût sapin passé au grill pour se rappeler la grande époque des soirées Mont d’Or, patates, charcuterie, Molex… On termine par le fameux Cheese cake citron-framboise de Loren. Minuit arrive, les lumières s’éteignent rapidement, bonne nuit et bienvenue en 2012.
1er Janvier 2012. Premières visites dans les Grampians sous la canicule. Il fait plus de 40°et il n’y a presque pas d’air. Le parc a déjà subi un terrible incendie en 2006 et les rangers redoublent de vigilance. Nous sommes en alerte rouge (Total fire bans) sur une majeure partie de l’état de Victoria ce qui veut dire qu’aucun feu de camp ou même utilisation d’un réchaud à gaz n’est autorisé. Les Grampians constituent l’un des plus remarquables sites naturels du Victoria. Ils recèlent une faune et une flore incroyablement diversifiées, des formations rocheuses uniques, des peintures rupestres aborigènes, des sentiers de randonnée dans le bush, des sites d’escalades… (ref Lonely Planet). Le relief y est très escarpé, et il y a beaucoup de sommets à gravir. Bernard et son refroidissement à air ont la vie dure. La moindre route sinueuse le fait monter en température, mais il accomplira bravement sa mission pour nous déposer sur le divers point de départ d’altitude. Nous commençons par le Mt William qui à 1 167 m est le point culminant du parc.
Ce n’est pas la rando la plus intéressante mais il offre un généreux panorama. On redescend au lac Bellfield pour un lunch puis arrivons à Halls Gap qui est une petite ville au centre du parc. Nous y trouvons des informations et réglementations et visitons le surprenant centre culturel aborigène, le « Brambuk Cultural Centre ». On roule ensuite vers un autre sommet, le « Reed Lookout ». Le point de vue est grandiose et on y trouve un sentier qui mène à deux autres Lookout, Balconies et Boroka. Deux autres superbes points de vue orientés sur des paysages différents.
Nous apercevons quelques lacs au loin et nous ne rêvons que d’une chose, nous y baigner. Après quelques renseignements, nous apprenons que la baignade y est interdite, mais nous avons également ouïe dire que la cascade « Mackenzie Falls » était la piscine officieuse du parc. Nous nous y rendons et en effet, malgré les interdictions, le bassin est allègrement fréquenté.
Direction le Camp N°2, le « Stapylon » qui est situé au Nord du Parc. Une belle vue dégagée sur les rochers, spacieux, et à deux pas d’un site de peintures rupestres, il a reçu une bonne note dans notre livre de bord.
Notre visite des Grampians s’achève déjà et nous commençons à faire notre itinéraire retour vers Sydney. Le plan est de traverser l’arrière-pays de la région de Melbourne et de rejoindre d’autres montagnes par la « Great Alpine Road ». C’est une longue traversée et les températures sont toujours à la hausse. Après une courte visite des peintures rupestres, je règle une nouvelle fois les culbuteurs afin d’éviter toute surchauffe supplémentaire, et nous quittons le parc. Toutes vitres ouvertes, nous avons l’impression d’être dans un sèche cheveux roulant.
Nous sommes presque les seuls sur les routes, les villages sont déserts, l’herbe est grillée, et la route s’est transformée en nougat. Ambiance fin du monde sympa à bord, Bernard tient bon et ne dépasse pas le 110 (je parle de degrés celsius bien sure). Nous passons St Arnaud, et arrivons à Bendigo. C’est une ville très étonnante. De superbes édifices Victorien bordent la rue principale. Il y a de beaux bâtiments modernes dont la Bendigo Banque, également des temples chinois, un musée d’art, des jardins, bars, restos… Nous ne nous attendions pas à un tel faste ! Nous nous arrêtons pour un cidre dans le superbe Hotel Shamrock et nous en apprenons un peu plus sur l’histoire de la ville. La ruée vers l’OR ! De 1850 à 1880, des milliers de prospecteurs et entreprises minières ont débarqué dans la région et y ont vécu de belles années. L’histoire mouvementée de l’Hôtel en témoigne bien.
Nous reprenons notre route et y trouvons rapidement une autre surprise. Le « Green Lake Recreation Reserve ». Il est indiqué comme une simple aire de repos et semble être à proximité d’un lac. C’est une des heureuses surprises cachées du « Camp 6 » qui est la bible du camping en Australie. Nous découvrons un premier lac, qui semble n’exister que pour le ski nautique. Quelques adeptes bien équipés ont trouvé un moyen redoutable pour affronter la canicule.
Mais le camping n’est permis que dans un camp privé presque désert. Cela veut dire qu’il y a certainement un autre lac avec des aires de camping autorisées. Nous le trouverons 3 kms plus loin… Un véritable lac camping ! Nettement plus fréquenté que le précédent, les bateaux circulent dans tous les sens avec d’avantage de bouées que de skieurs, et la rive est une allée de caravanes, tentes, remorques, 4X4, parasols et glacière à bière. Ambiance très populaire et festive, nombre de ces bons jeunes n’ont pas encore fini de fêter le nouvel an. Le lac est heureusement assez grand pour se trouver une place au calme. Les pieds dans l’eau, Bernard et son équipage sont conquis. Nous irons même boire quelques canettes avec des jeunes du coin… ambiance outback garantie !
Une baignade au réveil et on reprend la route. Ravitaillement général à Shepparton puis on bifurque sur l’itinéraire Gastronomique « Oxley-Milawa ». De grands domaines viticoles, de bons restaurants, des producteurs locaux… Olive, moutarde, fromage, viande… tout y passe. Il y a de quoi faire une dégustation tous les 500 mètres mais nous ne nous y attardons pas. Il y a quelque chose que l’on peut apercevoir au loin et qui nous attire beaucoup plus, c’est le Mont Buffalo. C’est la plus petite station de ski de l’Etat de Victoria et le sommet culmine à 1 723m. Nous commençons à monter et l’air se rafraîchit rapidement, nous passons enfin sous la barre des 40°. Encore mieux, une cascade à l’eau très fraîche nous attend à mi-chemin. On s’y baigne dans un écrin de verdure tempéré, un peu comme le paradis pour ceux qui connaissent.
Nous continuons à monter jusqu’au « Mt Buffalo Chalet » qui est un gros complexe hôtelier construit en 1910 et qui a fermé ses portes il y a quelques année pour une durée indéterminé. Des coûts de rénovation beaucoup trop élevés comparés à la fréquentation des skieurs durant le court Hiver Australien lui auront été fatal. Il est donc presque abandonné, mais pas pour tout le monde. Nous sommes séduits par l’endroit. Il n’y a personne, le panorama est exceptionnel et un parking en contre bas offre tout le confort pour un bivouac. Eau, WC, espace couvert avec table, bancs et cheminée, départ de randonnés, accès direct à 4 superbe lookout, et l’air est enfin respirable. Il y a même des départs d’escalade et une rampe de décollage deltaplane.
Nous avons hâte d’aller explorer les environs, il semble qu’il y ait de beaux sentiers à parcourir. Malheureusement, le réveil est couvert et humide. Nous arrivons à éviter les gouttes pour le petit déjeuner mais la pluie arrivera rapidement, accompagnée d’un Ranger du parc qui nous demande si ’on a passé la nuit sur ce parking. Je laisserai le soin à Loren de lui répondre. Emmitouflés dans nos K-Way, nous partons quand même faire le sentier du tour du lac.
On y découvre au passage le fameux camping autorisé du parc… On préfère de loin le notre sur lequel on retourne se sécher. Quelques tranches de Coppa et on reprend la route pour aller voir ce qui se passe plus haut. Nous nous arrêtons dans une petite auberge d’altitude pour un scone + thé et comme par magie, le soleil réapparaît. Nous découvrons un superbe paysage et quelques pistes de ski éparpillées sur les petits versants qui nous entourent. Les pentes sont très douces, c’est un ski familial et débutant que l’on pratique ici grâce à l’aide de quelques tire-fesses rudimentaires. Nous continuons à monter jusqu’à une autre curiosité, « La Cathédrale de Roche ».
Le site porte plutôt bien son nom. J’ai essayé d’atteindre le sommet à plusieurs reprises, mais sans succès, les dernières parois sont destinées aux grimpeurs équipés. Heureusement, il y a la petite sœur juste à coté qui est moins spectaculaire, mais dont le sommet est accessible par un sentier escarpé. Le panorama est toujours aussi beau, mais nous ne sommes toujours pas sur le toit du mont Buffalo.
On aperçoit un autre bloc de roche un peu plus loin, à quelques kilomètres, c’est le sommet, « The Horn ». Une piste de gravier nous mène jusqu’à un parking. On y trouve un petit refuge en pierre et un départ de sentier en direction du sommet.
Une marche assez raide nous conduit à un belvédère d’où nous pouvons admirer la chaine des « Alpes Australienne ». Certes, la comparaison reste anecdotique, mais on y trouve quand même cette petite sensation d’altitude toujours un peu grisante. Satisfait par ce bon bol d’air frais et ces beaux panoramas, nous redescendons les 30 kms de route en épingle pour arriver dans le petit village de Bright. Une bourgade de montagne bien sympathique que traverse la Great Alpine Road. Il y a plusieurs alternatives pour traverser le massif, nous choisissons la route buissonnière, celle qui n’est praticable qu’en été et qui passe par la station de ski de « Falls Creek ». Nous montons cette fois à travers des paysages surréalistes de forets blanches. Des forêts d’arbres morts, dont les troncs blancs font comme un tapis d’aiguilles recouvrant des collines sans vie. C’est toujours ce même incendie de 2006 (à cause d’un orage magnétique) qui a dévasté 1 100 00 hectares de foret qui en ait la cause. On peut trouver ça beau et photogénique, mais on culpabiliserait presque lorsque l’on s’aperçoit qu’à la différence des Grampians qui subirent le même sort, ici, rien n’a repoussé.
L’ambiance semble soudain s’intensifier lorsqu’à la sortie d’un virage, en haut d’un col, nous pénétrons dans un mur de brume. On ne voit presque plus rien. Nous arrivons à Falls Creek et cherchons un endroit pour passer la nuit. Nous nous guidons aveuglement avec un morceau de carte et trouvons finalement le lac. On devine le lac seulement en arrivant sur sa rive. Le vent souffle fort et il fait froid. La canicule n’est déjà plus qu’un lointain souvenir, il ne fait pas plus de 10 degrés… Nous avons l’impression d’être arrivé en Ecosse au bord du lac du Lock Ness. Un feu et quelques côtelettes d’agneau grillées pour nous réchauffer et on rentre au « Bernard Chalet » avec double couverture pour la nuit. Heureusement, le réveil sera plus sympathique. La brume se dissipe lentement et nous découvrons un bien joli tableau.
Nous nous apercevons que la route longe le lac et passe même sur un barrage. Nous jetons un œil rapide à la station de ski qui a l’air beaucoup plus intéressante techniquement mais beaucoup moins charmante que la précédente. Nous continuons notre route sur les hauts plateaux. Nous avons quitté les forets blanches et traversons maintenant un paysage très diffèrent, très vert et parsemé de gommiers des neiges.
Nous nous arrêtons pour une marche au « Wallas Heritage » où quelques Hut (cabane de montagnes) sont parsemés le long du parcours.
Nous arrivons ensuite à Omeo. Un drôle d village où nous tentons d’obtenir quelques informations à l’office du tourisme, mais on a eu l’impression de les déranger. On s’engage sur un itinéraire non-goudronné qui est censé remonter jusqu’à Corryong… On n’a pas trop d’infos mais on verra bien. La piste est longue de 100 kms, mais pas trop mauvaise.
On s’arrête juste avant Cooryong, dans une prairie pour passer la nuit. Au matin, un paysan bien étonné de nous voir là vient bavarder pendant que je prépare une pâte à crêpe pour le petit déjeuner… Oui, on était en train de faire le remake de « La petite maison dans la prairie ». Notre grande traversée des montagnes n’est pas encore finie. Nous nous ravitaillons à Corryong et reprenons un parcours d’altitude par les petites routes sinueuses et magnifiques du Kosciusko National Park. C’est le parc que nous avions déjà traversé lors de notre descente sur Melbourne. Nous étions alors dans la partie sud du parc, et nous traversons maintenant la partie Nord. C’est également un axe historique qui a en partie permis la construction du titanesque projet de l’aménagement Hydro-électrique des Snowy mountains. Un projet qui a commencé en 1949, qui a duré 25 ans et qui a nécessité l’intervention de 100 000 ouvriers. Nous passons sur d’impressionnants barrages, découvrons de bien beaux lacs, et également le village le plus haut d’Australie, qui n’est habité que par les ouvriers chargés de la maintenance des barrages et tunnels. C’est certainement sur cette route que nous avons vu les plus beaux paysages de Montagne… en Australie bien sur.
Nous voilà de retour à Cooma (la ville des moutons à l’aller), la seule ville par laquelle nous sommes passés deux fois. Ravitaillement et huile moteur en prévision de la vidange de Bernard. Nous roulons en direction de Canberra qui n’est plus qu’à quelques heures de route. Nous avons finalement décidé d’ajouter la capitale Australienne sur notre itinéraire. Malgré le fait que la ville subisse une assez mauvaise publicité qui la décrit comme une ville ennuyante, morte et sans autre intérêt que d’y héberger le gouvernement et quelques grandes universités, nous faisons un petit crochet pour aller nous faire une opinion. Nous arrivons le matin de bonne heure dans des rues bien ordonnées, tranquilles et presque guindées. Le Parlement est très facile à trouver étant donné que la plupart des rues partent en étoile depuis le « Capital Hill » et que le Parlement est au sommet de cette colline.
Un bâtiment qui se veut moderne, central, géométrique, symétrique et dominant. Le plan d’urbanisme concentrique de la ville tout droit sorti d’une planche à dessin en a fait son point de départ. De grands axes bordés de parcs bien verts, de lacs artificiels et de beaux bâtiments, c’est très propre et bien organisé, mais cela semble plus contemplatif qu’utile. Il n’y a personne autour des lacs, presque aucun piéton sur les allées étant donné la quasi-inexistence des transports en commun, il semble que tout le monde se déplace en voiture. Notons au passage que c’est une architecture qui pourrait presque faire penser à des exemples d’Architecture Totalitaire…
L’accès à l’intérieur du Parlement est libre d’accès et nous en commençons la visite. En entrant par le hall principal, on y découvre le showroom du marbre. Il y en a partout, de toutes les couleurs et de toutes les formes. Ostentatoire et au goût douteux, un pseudo Néoclassicisme Italien essaye de coller à la construction moderne, je ne trouve pas ça très heureux.
Les détails sont soignés, les matériaux choisis sont les plus nobles et les plus onéreux, j’ai quand même apprécié quelques belles marqueteries bien intégrées ou quelques beaux volumes, mais dans l’ensemble, la surenchère ne sert pas le projet. Ce bâtiment a coûté 1,1 Milliard de dollar, les architectes ont donc sorti l’artillerie lourde! Des salles gigantesques, les halls et atriums se succèdent d’une aile à l’autre du bâtiment. Un parc contemplatif a été aménagé sur la toiture, orné d’un porte-drapeau qui fait d’avantage penser à une fusée prête au décollage.
Nous terminons notre visite et nous nous dirigeons vers le National Museum of Australia. Ce musée est à lui seul une raison suffisant pour passer par Canberra. Tout aussi gigantesque et ostentatoire que le Parlement, son enveloppe a au moins le mérite d’être innovante, ludique et sculpturale.
Le contenu est tout aussi colossal. Il y a dans ce musée à peu prêt tout ce que l’on peut associer à l’Australie. Histoire, Géographie, Cultures, Medias, Sciences et développement industriels, le tout est articulé par un parcours créatif et chaotique qui ne manque pas d’humour et de controverse. Cela permet aux visiteurs de se forger leur propre opinion sur l’identité nationale (Lonely Planet). Il y a même une superbe exposition sur l’art Chinois, la plus intéressante que j’ai vu jusqu’à présent. Il faut cependant être prêt à y consacrer quelques heures et la densité d’information peut rapidement venir à bout de votre concentration. Loren préfèrera m’attendre au bord du lac qui encercle le musée. Mauvaise nouvelle pour elle, ce n’est pas le dernier musée au programme, il y a encore le National Portrait Gallery et la National Gallery of Australia.
Cette dernière renferme une impressionnante collection de plus de 100 000 œuvres d’art internationales. Il y a essentiellement des peintures mais également des dessins, des photographies, des meubles, des céramiques, de la mode, des textiles et pièces d’argenterie. Encore une fois, la visite est longue et la fin d’après-midi approche rapidement. 5 heures sonne et c’est la libération pour Loren qui a eu sa dose de musée pour tout 2012. Nous retrouvons Bernard et nous apprêtons à quitter la ville. Nous avons donc visité Canberra comme un musée, à défaut d’y avoir trouvé un autre intérêt. Canberra est une ville crée de toute pièce. Sortie de terre au début du siècle dernier, cette ville a été bâtie dans le seul but de fonder une capitale. C’est un peu comme si l’on s’était promené dans le jeu « Sim City » où chaque briques constituant les rues, les maisons, les lacs et les rivières sont posées stratégiquement afin d’obtenir une ville propre, et bien rangée. Pourquoi pas…
Bref et déterminé, ce dernier treck culturel aura été le point final de notre road trip. Sydney n’est qu’à 5 heures de voie rapide, c’est terminé pour les visites et les jolis paysages. Nous étirons notre aventure au maximum en passant une dernière nuit en chemin au lieu de rentrer le soir même.
Dimanche 8 Janvier, nous sommes de retour à Sydney après 3 semaines et 4 500 kms à travers trois territoires d’Australie: NSW, VIC et ACT. Beaucoup de montagnes, de ville, de Great ocean road, beaucoup de hors pistes 🙂 Ce fut un parcours bien contrasté et intense. Bernard a réussi avec succès ce dernier exercice, et la boucle est bouclée. C’était notre dernier road trip ensemble !!! Je reprends ma routine de sédentaire, vélo-boulot-dodo…et Bernard se retrouve de nouveau à l’arrêt, dans son petit coin de rue tranquille à Neutral Bay, face à l’Opéra.
Comme ses potes Combi et Coccinelle de Bondi lui manque, nous déménageons une nouvelle fois, et retournons vivre à deux pas de la plage de Bondi. Nous irons également passer une dernière nuit ensemble au Royal National Parc, à une heure de Sydney, un peu comme un au-revoir. Il semble que les aventures de Bernard doivent se poursuivre entre d’autres main à présent. Le plus important est de trouver quelqu’un qui en prendra soin et qui poursuivra l’aventure. Ce sera Jon de Brisbane. Il connait les Kombis, il en a dejà eu 3 auparavent et il est à la recherche d’un Combi aménagé en Camper d’origine, avec le solide moteur 2L. Bernard est donc l’élu! Jon et sa femme viennent juste d’avoir un bébé, et ils ont comme projet de voyager tous les 3 en Kombi. Bernard aura dans un premier temps le droit à un petit lifting. Fixer la rouille, peinture, tissu intérieur, entretiens général… Jon m’a promis de m’envoyer des photos de la rénovation.
Nous sommes le 7 Mars 2012, et c’est le jour des adieux. Pour l’occasion, nous avons même eu l’honneur de revoir notre première equipière, Mélanie. Vous vous souvenez? le tour de chauffe au sud du Western Australia, juste avant le grand départ de Perth!!! C’était avec Mélanie.
Elle avait finalement quitté Perth quelques mois après nous et a fait le tour de l’Australie à sa manière… en autostop! Elle vient de terminer sa boucle par Sydney et s’en ira le même jour que Bernard, pour la Thaïlande. Elle est donc présente le matin du départ de Bernard comme elle l’avait été là je jour ou j’étais allé le chercher à Perth. C’est une fidèle 🙂
Jon arrive par avion de bonne heure, nous faisons les présentations, le tour du propriétaire, les papiers… et il remonte par la route, d’une traite à Brisbane, en 12 heures… Bernard est déjà heureux… Et je suis sur qu’il prendra soin de la petite famille. Longue vie à Bernard. Et « safe travel » à ses nouveaux skippers.
Publié dans Australie
Bernard on the road part V, Brisbane-Sydney
Nous sommes le 19 septembre 2011, et Bernard s’apprête à quitter Brisbane en direction de Sydney. Après 4 mois à bord, 20 000 kms et autant d’aventures, Jackie nous quitte. Brisbane a été sa porte d’entrée en Australie et sera d’ici quelques semaines sa porte de sortie. Elle était bien tentée de poursuivre l’aventure un peu plus loin avec Bernard, mais elle a déjà voyagé sur cet itinéraire, et elle fera finalement le choix du travail, dans une ferme autour de Brisbane. Elle restera quand même presente, sur la lunette arrière 🙂
Bernard met à jour son équipage en un temps record. Je dépose Jackie à 10h38 en urgence à la station de bus, il lui reste une minute pour courir et attraper son bus, du coup on n’ a même pas eu le temps de se dire au revoir … Cinq minutes plus tard, dans la même station de bus, je récupère Sally et Rouven qui sont les 2 nouvelles recrues. Sally est une Anglaise de 29 ans qui arrive à la fin de son Working Holiday. Cette promenade à bord de Bernard sera sa dernière aventure en Australie, elle a un vol retour prévu dix jours plus tard depuis Sydney.
Rouven est un jeune Allemand de 21 ans qui vient juste d’arriver en Australie et qui n’a pas encore trop d’idée sur son itinéraire.
Ils ne se connaissaient pas mais étaient tous les deux à la recherche d’une roulotte pour faire Brisbane-Sydney qui n’est qu’un mini tord trip de 1000 kms. Bernard les a immédiatement séduits, et on se met en route vers le sud!
On arrive rapidement à « Surfer Paradise ». Comme le décrit si bien le Lonely Planet, si « Surfer Paradise » était une personne, ce serait « Paris Hilton ». C’est une colossale cité balnéaire, qui semble s’être mise au défit de construire des buildings toujours plus hauts. Cela semble assez étrange étant donné que le contexte n’est pas vraiment le même qu’à Hong Kong. La plage est immense et bordée d’immenses complexes hôteliers, tous plus « Bling Bling » les uns que les autres. A mi chemin entre le Cap d’Agde et Las Vegas (deux endroits où je ne suis jamais allé). Surfers Paradise m’intrigue. Pourquoi tous ces touristes choisissent-ils de s’entasser dans cette cité alors qu’il y a tellement d’endroits superbes et tranquilles partout autour du pays. Peut être que c’est en y passant une nuit que l’on découvre l’intérêt de Surfer Paradise, mais nous n’avons pas cédé à la tentation, après une pause baignade-plage et quelques photos de bâtiment, nous repartons.
Nous sortons de la jungle urbaine pour arriver dans les paysages plus tranquilles de « Coolangatta ». Quelques points de vue en hauteur nous permettent d’apprécier l’immensité des plages.
Nous nous arrêtons autour de Kingscliff pour passer la nuit. La chambre du haut a repris ses fonctions et le jeu de carte y invitera Rouven à y passer sa première nuit à bord. Cela faisait un moment que Bernard n’avait pas eu 3 personnes à bord, il semble content. Le lendemain, nous arrivons à « Byron Bay ». Nous allons directement au « Cap Byron » où il y a le fameux phare blanc. L’endroit est extrêmement touristique, mais pour de bonnes raisons, le point de vue est superbe.
Nous faisons une randonnée de 6 kms autour du cap, entre plages de rêve et cap venteux, c’est une belle ballade. Nous allons ensuite à « Ballina » où Bernard s’arrête pour une séance de shooting.
Pour varier les plaisirs, nous décidons de quitter la route qui longe la côte pour rejoindre une route parallèle qui traverse l’arrière pays Septentrionale. Les plages c’est sympa, mais à la longue, c’est toujours la même chose. Un peu de calme, de collines et de verdure nous attendent dans la région de « New England ».
Nous voulons rejoindre cette parallèle en prenant la fameuse « Waterfall Way ». Nous avons un peu de mal à trouver la bonne direction, manque d’indication, cartes pas assez précises, c’est un problème récurent en Australie, déjà évoqué dans les articles précédents. Nous arrivons finalement sur une petite route qui serpente à travers les collines pendant 30 kms. Il fait nuit, nous nous arrêtons juste avant le col, pour y passer la nuit. Le panorama de jour sera sans doute spectaculaire. La nuit est fraiche, les couvertures sont ressorties du placard.
Le paysage n’a plus rien à voir, c’est comme si on avait changé de pays. Des collines verdoyantes, d’immenses forets, des cascades tous les 10 kms. La « Waterfall Way « porte bien son nom.
Nous arrivons à Dorrigo « The city that reaches the sky », oui l’Australie à ce don de l’exagération, Dorrigo n’est qu’à 800 m d’altitude 🙂 Nous commençons donc par la « Sky Walk » qui est un joli point de vue pour faire des photos.
Nous marchons ensuite jusqu’à la cascade « Ebor » qui est nichée dans un écrin tropical detoutebeauté.
UN PETIT WONBAT, C’EST MALHEUREUSEMENT DANS CETTE POSITION QUE JE LES VOIS LE PLUS SOUVENT.
Nous savourons chaque kilomètre de cette « Waterfall Way », les paysages sont superbes, les vaches semblent faire de l’œil à Bernard qui ne reste pas indifférent et s’arrête régulièrement pour les saluer.
En fin de journée, nous arrivons « Cathedral National Parc ». Nous montons rapidement au sommet avant le coucher du soleil, J’ai l’impression de me promener dans la foret de Fontainebleau, d’énormes blocs de roche arrondis sont éparpillés dans la forêt. Rouven et moi arrivons au sommet en escaladant quelques blocs, Sally qui a quelques problèmes d’ampoules s’est arrêtée plus bas. Le paysage est grandiose, immense, accepté haut la main dans le carré VIP de mon top 10 Australien.
Nous repartons pour passer la nuit au « New England NP ». Nous sommes maintenant à 1 500 m d’altitude et les nuits sont très fraiches, pas plus de 5 degrés. Le feu nous a réchauffés jusqu’à tard dans la nuit.
On commence par faire la randonnée du « Eagle Nest », puis continuons notre parcours sur waterfall way jusqu’à la cascade de Wollomombi qui est une des plus hautes d’Australie. IMPRESSIONNANT! Le canyon dans lequel se jette la cascade est énorme.
Il est possible de marcher le long de la falaise, de lookout en lookout, c’est une belle ballade. C’est le point final de la route des cascades, qui a été un régal à parcourir du premier jusqu’au dernier kilomètre. 170 kms de carte postale. Nous sommes maintenant à quelques kilomètres d’ Armidale, qui est la porte d’entrée de la «New England Highway », la route alternative pour descendre vers Sydney. Changement de décors et d’ambiance, New England Highway est moins sexy. C’est un peu comme si vous retrouviez l’A6 après avoir traversé le Morvan par les départementales, c’est toujours sympa, mais on perd la sensation d’aventure.
On choisi alors un nouvel itinéraire, plutôt audacieux. On décide de couper entre « Scone » et « Glousester » par le « Barrington Tops NP » qui est un parcours de 100 kms sur une route non goudronnée, à travers les montagnes. Bernard tremble déjà, mais il adore les challenges, alors c’est parti!
DES ARBRES A L’INFINI !
On monte, la route est raide mais pas trop défoncée. Plus on monte, plus le paysage est superbe, c’est assez grisante. On s’arrête en pleine foret pour la nuit. Il fait très froid, Il y a du bois mort à profusion, et l’on brule de gros troncs d’arbre. C’est sans doute le plus gros feu que j’ai fait jusqu’à présent. BBQ et Whisky au miel, l’ambiance est plutôt chaleureuse.
Le lendemain, nous continuons notre parcours à travers la forêt. Nous finissons par en sortir et retrouvons quelques collines qui redescendent vers Gloucester. Nous nous arrêtons pour faire la « Senic Walk » qui est assez raide.
Le temps commence à se couvrir, nous roulons pour rejoindre la Côte, jusqu’à Newcastle, mais nous n’y trouverons pas le soleil. Une courte visite de Newcastle, une ballade sur la foreshore, et on finit par regarder défiler les kitesurfer sur la plage.
Le vent souffle très fort, le ciel est noir, ça sent la nuit humide chez Bernard. En effet, ça a été la pire nuit à bord de Bernard. Le vent et la pluie ne fond pas bon ménage chez Bernard. La chambre Pop-Top devient vite humide dans ces conditions et pourrait même s’envoler par une mauvaise bourrasque. J’essaye d’y dormir, mais je doit redescendre rapidement me faire une place entre les deux skippers du bas. Ambiance Tetris pas très confortable. La cerise sur le gâteau, au réveil, Bernard a les 4 roues dans l’eau, le terrain est inondé. Bien sur, la batterie est à plat et on est obligé d’aller patauger dans l’eau pour pousser Bernard. Il continue de pleuvoir toute la journée, le déluge!!!
Sydney n’est qu’à 160 kms. Nous avions prévu d’aller aux Blue Mountains avant Sydney, mais avec ce temps, c’est sans intérêt. Le road trip s’écourte, nous décidons d’aller directement à Sydney. Le temps est tellement horrible que lorsque nous arrivons à Sydney par le fameux Harbour Bridge, nous ne voyons même pas l’opéra. Je dépose mes skippers dans une auberge de jeunesse, on se fait un dernier repas ensemble chez Bernard, et l’aventure se termine. Je contact Marc (frère de Kevin), chez qui j’ai fait envoyer ma valise depuis Shanghai, il vient me la déposer une heure plus tard. Je dois maintenant trouver un endroit au sec pour passer la nuit et n’ai pas trop envie de camper avec Bernard en centre ville. Couchsurfing, le retour, je trouve un squat a Marickville.
Nous sommes le 25 septembre 2011 à Sydney et je suis maintenant le seul skipper à bord de Bernard. Ca sent un peu la fin du voyage, voir même la fin du monde avec ce temps catastrophique. Au mieux, j’ai encore un millier de kilomètres à rouler jusqu’à Melbourne, au pire, le road trip est déjà fini ! Combien de temps vais-je rester à Sydney? Une semaine? Un mois? 6 mois? Quelques années? Pour quoi faire et dans quel but, vaste question…
En attendant, j’accomplis quelques devoirs touristiques…
Je viens de récupérer ma valise de sédentaire. Je ne me souviens plus trop de ce qu’il y a dedans. Je l’ouvre… Des chaussures de ville, des chemises bien pliées, des habits propres, des vestes chaudes, un téléphone de secours, des accessoires urbains, des outils de travail… C’est un peu comme si il y avait un message subliminal qui disait, » Allez hop, c’est fini la promenade, il faut bosser maintenant, se sédentariser et trouver du travail! » Alors ouf !!!
C’était effectivement le plan de départ, après ma semi sédentarisation à Perth, l’idée était de bouger sur Melbourne ou Sydney pour trouver plus de travail dans mon domaine et y finir les 6 derniers mois de mon Working Holiday. Le plan incluait un petit détour de 20 000 kms vers le Nord de l’Australie. Melbourne a l’air plus adapté à mon mode de vie, mais Sydney a également beaucoup d’intérêt et elle est la première ville sur mon chemin. Il serait dommage d’y passer sans y tenter ma chance. Je décide donc de prospecter par email dans les 2 villes, et je laisserai la meilleure opportunité choisir entre Melbourne et Sydney.
Entre temps, je passe de longues journées à explorer la ville dans tous les sens. Musées, treks urbain, architecture, galeries d’art, plages, Opéra, quartiers, promenade en bateau sur la baie… Les semaines défilent sans que je ne m’en aperçoive.
Sydney est très étendue et les distances sont longues. Articulée autour de la célèbre et immense baie de Sydney, c’est la plus importante et la plus cosmopolite des villes Australiennes. La ville a beaucoup plus de charme que ce que j’imaginais et le cadre de vie est parmi les meilleures au monde. Dynamique et décontractée, la vie se déroule à l’extérieure. Sur l’eau au bord des plages ou dans les parcs, les activités ne manquent pas. Le sport est omniprésent et le culte du corps est extrême dans certains quartiers.
Petit à petit, je m’acclimate, je m’intègre, je rencontre des personnes qui deviendront de bons amis, notamment Loren la Kiwi chez qui j’ai habité pendant 2 mois à North Bondi, et Antoine qui est un designer Français arrivé il y a un an à Sydney.
Je retrouve ce qui me manquait après ces 4 derniers mois sur les routes. J’apprécie chaque petit confort, chaque diner assis autour d’une table qui n’est plus pliable, chaque douche où le porte savon n’est plus le pare-buffle de Bernard. Toutes ces petites choses que l’on apprécie que lorsqu’on les retrouve. Comme je l’ai déjà évoqué durant d’autres étapes de mon voyage, j’aime et j’ai besoin de contraste. Il serait ennuyant de ne faire que voyager et rester oisif, ou bien de ne faire que rouler et de voir le paysage défiler sans s’y arrêter. Il peut être également ennuyant d’habiter et de travailler dans une ville pendant des années sans en sortir. Passer d’un extrême à l’autre est en revanche très excitant et le sentiment de liberté est intense. Je sais que je vais profiter à 200% des facilités que procure une ville et que je vais apprécier de retrouver mes petites habitudes de sédentaire. Je sais également que je vais être très excité le jour où je repartirai à l’aventure le sac sur le dos ou le volant dans les mains…
Il y en a un qui est beaucoup moins content, c’est Bernard. Il est garé en bas de l’immeuble, sur Hastings Parade à Bondi, et il attend. Il me voit passer tous les jours pour aller prendre le bus ou de temps en temps me surprend en train de vider une nouvelle pile de vêtement. Heureusement il a quelques bons copains dans la rue, 3 ou 4 combis un peu plus clinquants que lui mais de la même époque, une cox qui lui fait de l’œil, et toujours tous ces bobos de Bondi qui le regarde d’un air complice en pensant au temps où ils étaient hippies.
Pour ne pas qu’il prenne racine autour du bon arbre qui le protège, je le sors de temps en temps pour une visite sur le Harbour Bridge, un achat de Barbecue ou un mini road trip. De superbes parcs Nationaux sont aux portes de la ville. Nous sommes allés aux « Blue Mountains » pendant un week-end, avec notre nouvelle Bernadette, Loren.
Des paysages fabuleux, de fantastiques sentiers de randonnée et quantité de canyons et cascades. Il y a de quoi marcher pendant des semaines, c’est immense. La légère brume bleutée qui donne son nom aux montagnes, provient de l’évaporation des eucalyptus.
C’est une vision inversée des montagnes que je connais. Le relief est en négatif, on arrive par un haut plateau, et on descend dans les canyons. On commence par visiter le site des « 3 sisters » à « Katomba », puis le lendemain, on va faire quelques heures de marche du coté de « Blackheath ». On fait le trek nommé « Cliff walk » qui est une superbe ballade le long de la falaise. Une cascade très haute chute dans le canyon.
On descend ensuite dans un autre canyon humide et verdoyant, puis remontons par une forêt d’Eucalyptus. C’est superbe, je n’ai qu’une envie, c’est de rester quelques journées de plus dans ces montagnes et de continuer à marcher. Malheureusement, Loren doit travailler le lendemain matin, et nous devons rentrer, ce sera pour une prochaine fois.
Retour à Sydney pour le Match de Rugby Australie / Nouvelle-Zélande. Nous allons voir le match chez Karla, la sœur de Loren. Dure défaite pour le copain de Karla qui est le seul australien parmi 2 fervents supporters des All Blacks et moi qui ne comprend pas bien les règles du jeu 🙂
Niveau boulot, je commence à recevoir des réponses intéressantes, je me donne encore une semaine pour finaliser quelques propositions et si aucune embauche n’en découle, je partirai à Melbourne. Quelques jours plus tard, je suis contacté par Lara, associée du Bureau CFArchitects. Elle cherche quelqu’un pour répondre à un concours d’architecture auquel son bureau est inscrit. Elle n’a pas le temps de le faire mais veut rendre quelque chose. C’est une situation d’urgence, la dead line est dans 10 jours. Nous nous rencontrons un dimanche, je commencerai à travailler directement le lendemain.
C’est un retour au travail assez violent. Dix jours intensifs, en solo sur un projet où j’ai presque carte blanche ! Le concours est envoyé juste à temps. Nous obtiendrons les résultats un mois plus tard. Nous n’avons pas gagné, mais avons obtenu une mention spéciale… pas trop mal pour un concours international où plus de 100 bureaux ont répondu. Le lauréat est bien entendu un gros bureau Star de Melbourne avec un team concours de 7 personnes.
Tout n’est pas perdu puisque suite à cet exercice de chauffe, je serai embauché dans le bureau. Je retrouve le rythme routinier des heures de bureau, des transports publics aux heures de pointe, des rendez vous clients, fournisseurs… de la pause thé et gâteau du lundi matin à 10h30 (préparé avec amour par Susan, la réceptionniste), des apéros du vendredi avec les collègues, des repas de fin d’année. Toute cette vie « standardisée » que j’avais presque oubliée est de retour.
NOUS AVONS PASSE LE REPAS DE FIN D’ANNEE SUR L’ILE DE « FORT DENISON »
Je dois également trouver à me loger de façon plus régulière. Après presque 2 mois passés à Bondi chez Loren, je décide de me rapprocher de Chippendale où je travaille. Je suis alors confronté à la dure réalité du marché immobilier à Sydney. Il est extrêmement dur de se loger ! Je passerai des soirées entières sur le net à répondre à des annonces. Je fais quelques visites dans des appartements en collocation. Les prix sont tellement élevés qu’il n’est pas rare de trouver des colocations de 8 personnes dans un F3. Il faut compter entre 200 et 300 $ par semaine pour avoir une chambre. Pour un studio, c’est 500 $ par semaine. Après avoir visité des appartements où finalement, pour le prix annoncé, il faut également partager sa chambre avec une ou deux autres personnes, ou alors que le living room a été aménagé en chambre grâce à 2 panneaux de bois et un rideau… Je suis désespéré. Je ne veux plus perdre de temps à faire des visites et choisi la chambre la plus proche du bureau. J’en trouve une dans l’immeuble d’en face. Une minute à pied, c’est la seule qualité de l’appartement. J’habite avec 2 Chinoises et 2 Allemandes dans un F2. Je suis le seul à avoir une chambre solo, je vous laisse imaginer les espaces communs… (C’est aussi là que j’ai cessé de penser que les filles étaient plus propres que les garçons). Je n’y resterai que 3 semaines, le temps de patienter jusqu’aux vacances de Noel où j’ai prévu un nouveau road trip de quelques semaines avec Bernard.
A mon retour de vacances, une bonne surprise m’attend, Lara m’a trouvé une maison à « Neutral bay ». La maison est vide et je peux l’occuper en échange de quelques idées de rénovation, c’est le top ! Neutral Bay est un quartier chic et tranquille de la North Shore (entendez de l’autre coté de la baie), et c’est donc sur la piste cyclable du majestueux Harbour Bridge que je salue l’Opéra matin et soir pour aller au bureau.
L’histoire rocambolesque entre le bâtiment et son architecte (Jorn Utzon) a également fait couler beaucoup d’encre. Quelque soit l’angle sous lequel on le regarde, cette « mêlée de religieuses » ou cette « orgie de tortue » ou encore ces « voiles navigantes » sur la baie sollicite l’imagination. J’ai tourné autour dans tous les sens, à pied, en vélo depuis le pont, en ferry, de nuit, de jour… j’ai essayé de compiler tous ces différents points de vue par un montage vidéo en time lapse:
Sydney ne se résume pas à un pont et un Opéra et les week-ends sont bien chargés. Entre visites culturelles, randonnées autour de la baie, plages, et parcs nationaux, ski nautique, les activités ne manquent pas.
Si l’on reprend un peu le fil des visites culturelles, il y a de superbes musées et galeries d’art à visiter, mais également de nombreux festivals en tout genre. Musique, Art, Architecture, Sculpture, Dance, Street Art, Théâtre… la liste est longue. En dehors de la superbe « Art Gallery of NSW » qui est incontournable, il y a quelques excellents évènements à ne pas manquer.
« Sculpture by the sea » est sans doute la plus audacieuse expo de sculpture que j’ai vue.
http://www.sculpturebythesea.com/Home.aspx
Chaque année, pendant quelques semaines, le littoral entre « Bondi Beach » et « Bronte Beach » est envahi de sculptures contemporaines. Le contexte est tellement plus agréable qu’une salle de musée aseptisée, et la quantité présentée ne fait pas défaut à la qualité. De tous les styles et réalisés par des artistes internationaux, ces sculptures ne manquent pas de variété. L’expo a lieu tous les ans au mois de novembre et est extrêmement populaire (éviter de s’y rendre un dimanche après midi ensoleillé). Quelques exemples ci-dessous :
Expo populaire veut aussi dire qu’on a le droit de s’ajuster le rouge a lèvre sur une sculpture en chrome miroir.
Ou de consolider sa collection de photos pour rebord de cheminée.
Il y a également le « street art festival », sur « Cookatoo Island ». L’ile est une expo à part entière. Dans un décor industriel abandonné, l’ambiance est digne d’un film de science fiction. D’énormes hangars avec de vieilles machines gigantesques, des grues, quelques bâtiments historiques éparpillés sur la colline, c’est l’endroit rêvé pour ce type d’évènement.
Je crois que c’est finalement le site qui m’a le plus impressionné. L’expo était certes intéressante, mais avec la problématique énoncée dans le titre… Comment le street Art (Graffiti sur mur pour ceux qui ont du mal à suivre) peut il être exposé ? Sa galerie est à l’origine notre environnement urbain et ce support est la plupart du temps illégal. Ces artistes sont donc « officiellement » inconnus sous peine de poursuite… Bref, c’est un vaste débat.
Et oui, moi aussi j’ai un rebord de cheminée.
On s’aperçoit finalement que tout le monde se rue sur les quelques pochoirs de « Banksy » ou d’autres superstars du graph. Dans une salle à part, prêtée par un riche collectionneur privé, encadré et sous verre… Est ce que l’on peut encore appeler ca du street art ? Oui, uniquement pour des raisons marketing. Pour le reste de l’expo, il y avait les street artists « officiels », ceux qui travaillent sur commande pour décorer les passages sous voies des communes ou les murs des « bars sympas ». Et l’autre secteur florissant de l’artiste rebel, le T-shirt Grafitti. C’est dans cette variété que se trouvait la richesse de l’expo. Il y a autant de réponse au street art qu’il n’y en a pas de définition.
Du coup j’ai décidé de me lancer moi aussi, avec un slogan qui a déjà fait ses preuves.
Une autre compilation d’errances artistiques, rencontrées la plupart du temps lors de mes explorations urbaines, ou tout simplement sur mon rebord de cheminée.
Et oui, le voila en fin… mon rebord de cheminée ! Et oui, j’ai une légère obsession, mais j’essaye de me soigner.
Dans la liste des autres visites qui m’ont marqué, il y a eu la Galerie de l’Artiste Billich, http://www.billich.com/ il faut faire le tri, mais les croquis sont excellents.
l’exposition d’architecture de l’Ecole UTS, le festival de l’architecture, et l’exposition sur le nouveau quartier d’habitation « Central One » remporté par Jean Nouvel. Un projet d’architecture colossal en plein cœur de Sydney, qui est maintenant en construction.
Dans les activités en plein air, j’ai pu profiter pleinement de la baie grâce à de nombreuses traversées en ferry, ou ballade en bateau.
Sandy, le mari de Lara cherchait des compagnons pour faire une excursion depuis la baie jusqu’à la Oxley River. Une ballade de plus de 100 kms, à travers un superbe national parc.
En plus Sandy fait également du ski nautique, mais il n’a jamais de pilote pour le tracter. Du coup on tire chacun notre tour sur la corde, et on finit par un fish & chips binouse au bord de la plage. Le pied !
Il y a également de belles ballades à pied à faire autour de la baie. Le superbe sentier du littoral qui part de Cremorne point jusqu’à Balmoral beach, ou encore, toujours en longeant la cote, la rando Manly Beach jusqu’à Split Bridge, qui offre une vue imprenable sur les portes de la baie.
Les portes sont respectivement nommées North Head et South Head. La North Head est un parc National qui s’étend jusqu’à Manly Beach. Et côté South Head, Watson bay, Vaucluse et Rose Bay composent un quartier résidentiel de prestige avec de superbes belles sur le Harbour.
La ballade coté mer, de Watson Bay jusqu’à Bondi évolue entre falaises et résidences de prestige.
La suite entre Bondi et Coogee est beaucoup plus animée et populaire, mais attention, si c’est le paradis des surfeurs, c’est également le paradis du sport et le culte du corps y est maitre, c’est donc une zone à risque. Quelques superbes photos d’un photographe de Bondi, la plupart sont prise autour de Bondi Beach.
Voilà pour la petite promenade autour de Sydney, il me faut maintenant retourner au travail et préparer mon départ pour la prochaine aventure… J’ai entendu parler d’un road trip avec Bernard en direction du Sud, vers Melbourne et la Great Ocean Road !
Pour refermer la page sur Sydney, c’est une ville qui ne manque pas de ressources, tournée vers l’extérieur et articulée autour d’une superbe baie, cette métropole multiculturelle n’a pas fini de séduire.
Et oui, j’ai 30 ans bordel !!!
Publié dans Australie
Bernard on the road Part IV, Darwin-Brisbane
Nous sommes le 17 Juillet, et il est temps de quitter Darwin. Bernard est complet avec 4 skippers à Bord. Il y a les anciens, Jackie et moi, et les nouveaux, Heiri et Yan. Il a été nettement plus difficile de trouver des nouvelles recrues dans ce sens. C’est l’hiver et tout le monde cherche à monter vers la chaleur du nord, il y a peu de clients pour notre longue descente vers le Sud-Est. Comme d’habitude, nous avons dégotté une asiatique, comme si ça faisait partie de la règle, en revanche nous avons aussi trouvé un Allemand, ce qui enfreint la règle sur les doublons de nationalité à bord.
Nous quittons la civilisation pour une longue traversée de 3000 kms vers l’Est en direction de Cairns. Il semble qu’à l’exception du fameux « Kakadu NP » qui n’est qu’à deux heures de route, il n’y ait pas grand chose à faire en chemin. Nous approchons rapidement de l’entrée du parc, il fait très chaud, et j’ai un mauvais feeling sur les humeurs de Bernard. Je le trouve anormalement bruyant et la température moteur est légèrement plus élevée que d’habitude. On fait une pause, je jette un oeil au moteur, le laisse refroidir, et on repart. 10 kilomètres plus tard, ça recommence, la température approche du rouge et le bruit métallique s’accentue. Bernard sort juste du garage avec un « full service » fait par des spécialistes VW. Tout à été réglé, les filtres et les huiles remplacés, c’est apparemment un peu trop d’attention pour Bernard qui demande déjà à y retourner. On sait que la prochaine grosse ville est dans des milliers de kilomètres, la décision de faire demi-tour sur Darwin est certainement l’option la plus recommandée. Nous prenons le chemin inverse le lendemain matin très tôt, quand les températures sont encore fraiches. On arrive chez MBN, surpris de nous voir revenir une nouvelle fois, les mécanos font une drôle de tête lorsque je leur explique les symptômes. Au passage, je leur demande s’ils ne peuvent pas me reconditionner un démarreur, tant qu’à faire, si Bernard nous à fait revenir c’est peut être tout simplement parce qu’il en a marre qu’on le pousse tous les matins. Le verdict est rapide, l’avance à l’allumage était complètement déréglée. Le mécanicien me demande qui à touché au moteur depuis son intervention, je réponds personne, il n’y croit pas. Il aurait effectivement était fatal à Bernard de continuer à rouler avec un si mauvais réglage. Même si je reste convaincu que c’est eux qui ont fait une erreur, ils ne l’admettront jamais. L’essentiel est que ce ne soit qu’un problème de réglage et que l’on ait rien cassé. Ils arrivent même à me refaire un démarreur en un temps record, Bernard sera finalement prêt le soir même, et bien sur, il n’y a pas de remise sur la facture, c’est rapide mais c’est plein pot. La promenade commence à me couter cher. Je retourne annoncer la bonne nouvelle aux skippers qui m’attendent en ville. Je les avais laissés dans une incertitude totale concernant la gravité de la panne et le temps d’intervention avant un prochain départ (s’il y en a un). Le ton était également un peu monté avec Yan qui me posait beaucoup trop de question de probabilité à propos de Bernard. Je lui avais répondu un peu sèchement qu’il n’était pas dans un tour organisé et que s’il voulait avoir la table des heures de départ, il valait mieux qu’il prenne son sac et qu’il aille à la station de bus longue distance. Les sourires réapparaissent rapidement lorsque je leur dis que tout est réglé et que l’on repart sur le champ.
Nous arrivons finalement au tant attendu « Kakadu National Parc », le plus grand d’Australie avec ses 19 000 km2 (superficie de la Slovénie ou de la Nouvelle Calédonie). Nous faisons une première visite à « Mamukala » puis à « Jabiru » qui est la seule ville du parc. Trois pâtés de maison, un lac artificiel et le tour est fini, l’intérêt n’est définitivement pas là. On arrive sur notre premier camp de base, à « Malabanjbanjdja », une première soirée relax autour du feu.
J’en profite pour faire le point avec mes deux nouveaux skippers qui n’ont pas l’air débordant d’initiative. Il leur faut peut être quelques jours supplémentaires pour s’adapter à Bernard. J’insiste juste sur le fait que Bernard n’est pas un « tour bus » et que j’attends d’eux de s’impliquer un peu plus dans le voyage. Le lendemain, nous allons à « Ubirr », nous faisons une petite promenade dans les mangroves et voyons de l’autre coté de la rive deux gros Crocodiles, des salty (les dangereux).
Kakadu est le paradis des crocodiles, il y en a partout. Heureusement les sentiers sont bien balisés et les avertissements ne manquent pas. Nous continuons sur d’autres sentiers de rando dans le même secteur, nous arrivons sur un site d’art rupestre. Certaines des peintures aborigènes ont plus de 6000 ans, elles sont étonnamment bien conservées, les couleurs sont toujours visibles sur la roche.
Nous montons ensuite sur le sommet d’Ubirr, qui offre une superbe vue panoramique sur tous les « wetlands ».
Nous retournons sur le même camp que la veille, Yan semble faire des efforts, il a pris l’initiative de faire à manger (certainement parce qu’il n’en pouvait plus d’attendre 🙂 et a préparé son lit tout seul comme un grand. Pour ce qui est de planifier la journée du lendemain, il n’a toujours pas l’air concerné, pas plus que sa camarade Coréenne d’ailleurs. Une nouvelle journée d’exploration nous attend, cette fois à « Nourlangie » pour une petite marche de 12 kms.
Encore des peintures rupestres, encore de jolis points de vue, des billabongs, des mangroves et des crocs…Troisièmes nuits à Kakadu, cette fois sur le camp de « JimJim Billabong ». Très tranquille, il n’y a presque personne, on passe une bonne soirée. Yan m’aide même à ramasser du bois et à faire du feu, c’est une folie!
On parle un peu itinéraire et plan de route avec les skippers, je demande à chacun quelles sont leurs motivations pour rejoindre la côte Est et quelles seront leurs prochaines directions à travers l’Australie. Il semble que personne n’ait véritablement d’idée sur la question. Pourquoi Cairns? Pourquoi pas? Et après? Ne sais pas… Heiri n’a que 2 semaines de vacances, donc après avoir passé 10 jours sur la route avec nous, elle visitera Cairns et les environs pendant quelques jours et rentrera à Darwin en Avion. Yan de son coté semble juste chercher un moyen de transiter lentement vers Sydney, ce qui est finalement aussi un peu mon cas.
Seulement Cairns n’est pas le chemin le plus court pour aller à Sydney, le plus direct est de descendre directement à travers l’Australie centrale, Alice Spring, Uluru, et le fameux rocher rouge… Jackie y est déjà allée et n’arrête pas de me dire qu’il serait dommage que je quitte l’Australie sans faire un tour dans le « Red center ». L’idée ne m’a jamais trop tentée, mais le fait de s’en approcher de plus en plus me fait me poser des questions. Bref, j’ai quelques hésitations, contagieuses… Je fais également comprendre aux skippers que Bernard est un être qui se dirige avec ses feeling et ses émotions, et qu’il n’est pas seulement un moyen de transport entre un point A et un point B. Le jour suivant, après une dernière promenade matinale, la première à nous quitter est Heiri.
Elle décide de remonter en stop à Jabuti où elle a des amis. Elle n’était plus certaine que Cairns et l’allure de Bernard était le meilleur moyen d’optimiser ses 2 semaines de vacances.
Nous sortons du Kakadu NP après avoir grimpé sur quelques derniers Lookout. Nous sommes maintenant de retour sur l’Axe principal Nord-Sud que nous avions déjà emprunté en sens inverse en montant depuis WA. Nous nous arrêtons une nouvelle fois aux superbes « Edith Falls », la baignade n’avait pas été possible à Kakadu à cause des crocs, donc l’arrêt à cette cascade se déversant dans 3 superbes bassins était très attendu. Nous campons sur un site que l’on avait déjà trouvé quelques semaines auparavant, on mijote une excellente cuisine au feu de bois. Yan nous quittera le lendemain, à Katherine. Il prendra un bus pour se rendre à Alice Spring en une nuit (nos discussions sur les itinéraires lui ont fait changé d’avis). Facile, rapide et sans soucis, c’est sans doute un moyen de transport qui lui conviendra mieux. Ce n’est pas la première fois que l’on accueille de nouvelles recrus à bord de Bernard, mais c’est la première fois que l’on a l’impression de promener des touristes, et non des coéquipiers. Certains se mettent dans l’ambiance immédiatement, et d’autres se sentent un peu désorienté, ce n’est malheureusement pas quelque chose que l’on peut savoir avant le départ. Jackie et moi réalisons également qu’après deux mois de voyage intensif 24/24, 7/7, nous avons une complicité qui peut rendre difficile l’insertion de nouveaux partenaires. Nous décidons de continuer le chemin à deux.

Le voyage devient de suite plus confortable, et moins compliqué. Le « Roo-Bar » de Bernard a retrouvé le sourire, et comme par enchantement, nous arrivons dans un endroit de rêve, à « Bitter Spring ». Une fois sorti de « Kakadu » et des « Edith Falls », on pensait que s’en était fini pour les paysages de carte postale et que nous allions entamer 2000 kms de terre de désolation. Ce fut donc une bonne surprise lorsque nous arrivons dans ce superbe bassin Thermal entouré de palmiers. Le bleu-vert presque surnaturel de son eau à 34 degrés résulte de la dissolution du calcaire. Baignade à contre courant, exploration sous marine, ballade à travers cet écrin luxuriant, c’est le top.

Nous croisons une nouvelle fois Marita et Jo, qui suivent le même itinéraire que nous depuis le WA, et que l’on croise en moyenne toutes les 2 semaines. Ils vont descendre jusqu’à Alice Spring et nous encourage à suivre le même itinéraire. On rencontre également Nadine, l’Allemande qui nous avait hébergés pour une nuit à Darwin. On reprend notre route vers Tenant Creek, la ville de l’Outback par excellence, et également la ville où il faut prendre des décisions. Si on continue tout droit c’est le gros Rocher dans 1000 kms, et si on tourne à gauche, c’est Cairns dans 2000 kms. Jackie profite de la couverture réseau avant d’être coupé du monde jusqu’à la prochaine ville, et elle apprend une heureuse nouvelle, sa soeur a accouché d’une petite Mia Lyn. Nous tournons à gauche et allons nous perdre dans le bush pour célébrer l’événement. Je ne céderai pas à la tentation du gros rocher.

S’en est suivi ensuite quelques longues journées de route, avec des paysages déserts et plats à l’infini. Bernard a l’air d’y prendre gout et décide d’aller se perdre encore plus loin dans l’Outback. Nous passons la frontière du Queensland et bifurquons vers le Nord en direction de Normalton pour prendre la route alternative vers l’Est, la légendaire « Savannah Way ». C’est une route de 3855 kms entre Broome et Cairns qui a été ouverte par 2 explorateurs qui n’en sont jamais revenus. Quelques axes ferroviaires et routiers y ont ensuite été ouverts pour exploiter des mines, aujourd’hui quasiment toutes désertées.
C’est un itinéraire qui demande un peu plus de précautions sur l’autonomie en eau, nourriture, carburant, et moyen de communication. Il faut également être vigilant sur la route avec les animaux, et les roads trains. Ces convois roulent parfois à 120 km/h avec des attelages à 3 remorques sur des routes trop étroites pour se croiser. On comprend rapidement qu’ils ne peuvent ni s’arrêter, ni dévier de leur trajectoire. Il faut donc se ranger rapidement sur le bas coté pour les laisser passer. Cela vaut aussi lorsque que l’on se fait doubler, c’est juste un peu plus impressionnant. Nous trouvons en chemin des petits coins de paradis pour passer la nuit, comme le « Dam Area » près de « Cumberland Chimney ».
Il y a également quelques villages sympathiques comme “Georgetown », avec les fameux camions « Curley », transporteurs de bétail. Il y a également une piscine très bien aménagée et libre d’entrée au coeur du village. Surprenant!
Peu à peu, le paysage change, quelques collines apparaissent, nous prenons peu à peu de l’altitude et les températures chutent.
Il y a de nouveau quelques chutes d’eau en chemin et le paysage est devenu très vert. Nous passons « Ravenshoe », puis « Atherton » qui sont de bonnes bourgades sympathiques. Puis vient la consécration. La découverte du « Tableland » et plus particulièrement du lac « Tiranoo ». On a soudain l’impression de se promener dans le Jura Suisse, le paysage et le climat sont complètement opposés de ce que nous avons traversé les jours précédents. C’est superbe, on tombe sous le charme de ce petit lac, entouré de verdure où les vaches et de luxueuses résidences cohabitent sur des collines façonnées par de très anciennes activités volcaniques.
Le petit village de « Yungaburra » est également plein de charme avec ces anciennes constructions traditionnelles. C’est un village très prisé des habitants de Cairns qui viennent chercher un peu d’air frais le temps d’un week-end. L’endroit est donc un peu trop touristique pour faire du camping sauvage sur la rive du lac, mais nous ne manquons pas de revenir le lendemain pour y prendre un petit déjeuner royal. Le plan d’eau est parfaitement lisse et j’aperçois au loin un bateau de ski nautique. J’aurais bien envie d’être au bout de la corde, et avec un peu de chance, il y a surement un ski-club dans les environs.
Je vais à la rencontre du bateau qui vient de s’arrêter sur la rive, lui demande des informations sur le ski club du coin, et il me répond qu’il ne l’a jamais vu ouvert. Il enchaine directement par « Vas chercher ton maillot et revient me voir ». Je cours !
Il s’appelle Gaeme, il a une soixantaine d’année et promène sa famille et quelques amis sur le lac. Il est le seul skieur du groupe, et est ravi de trouver un collègue pour venir tirer sur la corde.
Je démarre directement en mono, après 2 ans d’abstinence, les bras ont failli partir avec la corde. Mais quel bonheur! Jackie prend le relais en wakebord, puis Geame finit par nous montrer ses bons restes en mono slaloom. Il a fait pas mal de compétition lorsqu’il était jeune, notamment de vitesse et d’endurance. Mais ce n’est pas tout, il décide d’enchainer par un tour de barefoot. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est ce qu’il se fait de plus violent en sport nautique. 80 km/h sur l’eau, sans ski, pied nu. Le démarrage est assez hardcore, et la chute est aussi dangereuse que l’eau est devenue très dure. Il se promène gentiment, et se permet même de lever un pied, je suis scotché! Nous retournons sur la rive, bavardons, puis il repart en ski, mais cette fois sur une planche de bois de construction qu’il a trouvée sur le bord de la plage. Nous les remercions pour cette superbe mâtinée et nous les quittons. J’en ai plein les yeux, plein les bras, et des souvenirs déjà indélébiles.

Nous continuons notre visite des « Tablelands » en faisant le tour du lac « Barrine ». C’est un petit lac volcanique entouré de foret tropical. On découvre ensuite le surprenant « Fig tree », un monumental arbre de racines, puis allons passer la nuit près du barrage du lac « Tinaroo ».Le lendemain nous circulons à travers les paysages agricoles de « Mareeba », dégustation de café et de liqueur de mangue, plantation de bananes, et d’autres fruits tropicaux. Plus nous redescendons du plateau, plus nous nous enfonçons dans un paysage tropical et humide.
Nous sortons soudain d’une épaisse forêt, et la route s’arrête devant une rivière. Le seul moyen de la traverser est d’emprunter un bac. Nous sommes aux portes de « Cap Tribulation » l’un des rares endroits au monde où la foret tropicale humide rencontre la mer. C’est également la première fois que je vois l’océan pacifique, ou plus précisément la mer de corail. Le paysage n’a une nouvelle fois rien à voir à ce que nous avons vu la veille, nous sommes arrivés dans un autre monde. Sur fond de paysages montagneux, Bernard a l’impression d’embarquer pour « Jurassik Parc ».

Nous arrivons sur l’autre rive, et roulons sur une route étroite, à flanc de montagnes, avec quelques points de vue très photogéniques. Nous nous arrêtons sur des plages de rêve au parfum de bout du monde. D’autant plus qu’il n’y a quasiment plus de civilisation au nord de Cape Tribulation et qu’il nous faudra faire demi tour pour redescendre à Cairns. Il y a quelques plantations de thé, quelques auberges et restaurants… de superbes plages, de belles promenades en « rain forest », le site est très préservé.
Malheureusement, le temps se couvre et les sommets restent dans la brume. Nous devrons attendre deux jours avant de pouvoir s’y aventurer. Nous entamons l’ascension du « Mont Sorrow » entre deux éclaircies, mais manque de chance, quelques minutes avant d’arriver au sommet, la brume nous entoure et il se met à pleuvoir, la louze… On redescend trempés, des sangsues dans nos chaussures, sur nos mollets et même jusqu’à dans les sous vêtements de Jackie. On quitte Cape Tribulation en direction du sud, avec l’Océan à bâbords pour quelques milliers de kilomètres le long de la cote Est Australienne. Nous arrivons à Cairns le lendemain. Avec seulement 130 000 habitants, Cairns arrive à se définir comme une métropole touristique. Située au bord de l’Océan dans un écrin tropical, la ville est plutôt sympa. Un beau jardin botanique, deux ou trois musées intéressants, une longue esplanade débordante d’activité, et un lagon artificiel.
Les touristes affluent à Cairns parce que c’est un excellent point de départ pour nombre d’excursion et d’activité dans les environs. Tableland, Cape Tribulation, Port Douglas, Karunda… et surtout… LA GRANDE BARRIERE DE CORAIL!
Une légende, un mythe, une merveille… Ce récif est le plus grand et le mieux préservé de la planète, donc lorsqu’on s’intéresse un minimum à la plongée, le choix entre le rocher d’Uluru et la Grande barrière est vite fait. C’est cette envie d’y plonger qui nous a valu ce long détour. Le temps ne s’est malheureusement pas amélioré depuis Cape Tribulation. Il fait gris, et il pleut régulièrement. Les conditions pour plonger ne sont pas optimales, la visibilité est médiocre, alors autant attendre quelques jours avant d’aller en mer. Nous visitons la ville pendant quelques jours, j’ai même réussi à trainer Jackie dans deux musées, un exploit. Nous faisons également quelques excursions autour de Cairns. Une journée à Karunda, un village Aborigène envahi de touristes, de boutiques de souvenir, de didjeridoo, de légumes bio ou d’autres bibelots pour hippie. Ce village est perché en haut d’une montagne. Il est possible de s’y rendre par la route, le rail ou les airs. Le train et le téléphérique sont extrêmement populaire pour la bonne raison qu’ils longent ou survolent les impressionnantes chutes « Barron Falls » et de superbes forets humides.
Nous nous y rendons par la route, Bernard ne nous aurait jamais laissés partir sans lui. En chemin, nous découvrons un étang de ski. Du ski nautique, mais sans bateau… Comme aux sports d’hiver, on fait la queue devant le perchiste, on se met en position de départ, on se concentre pour bien attraper la perche, et c’est parti. Je n’ai pas résisté à la tentation de tourner pendant une petite heure. Wakeboard et Kneeboard au top, départ mono plutôt laborieux, la vitesse n’est pas assez élevée pour un seul ski. Et oui, l’inconvénient, c’est que tout le monde tourne à la même vitesse.

Nous sommes de retour à Cairns, et les conditions se sont nettement améliorées, je vais bientôt pouvoir plonger. J’attends encore une journée avant de faire le marathon des clubs de plongée. Bernard a encore besoin d’amour. Il sent de plus en plus l’essence et je n’aimerais pas que l’on finisse en torche roulante. Les mécanos de Darwin m’avaient informé que la pompe à essence était à bout, qu’elle fuyait et qu’ils pouvaient la changer. Comme la facture était déjà salée et que je n’ai jamais ressenti de trou dans l’accélération, j’avais décidé de continuer à rouler comme ça. Je connais donc la raison de ces vapeurs d’essence, et j’ai également une idée sur le cout d’intervention. J’essaye de trouver le seul garage spécialiste VW en ville, il est fermé pour départ vacances. J’essaye dans trouver d’autres, je m’arrête dans 4 ou 5 garages, mais il semble que les humeurs de Bernard n’intéresse personne. Ils me répondent tous qu’ils n’ont pas le
temps. Ca commence à m’agacer. J’ai également besoin de faire une vidange moteur, je décide de la faire tout seul. Je n’ai pas de kit vidange « joint + filtre », mais changer seulement l’huile me permettra de patienter jusqu’à Brisbane. Je m’arrête dans un dernier garage, sans trop d’espoir, je lui explique mon cas, et il me dit qu’il peut changer ma pompe dans 2 jours… « Moïse sauvé des eaux ». Dans le feu de l’action, je lui demande si je peux faire ma vidange à l’arrière du garage et lui emprunter quelques outils, il accepte.
Je finis la vidange, le remercie et reviens 2 jours plus tard pour la pompe à essence. Trois heures plus tard, lorsque je reviens, je le vois venir vers moi avec un grand sourire. Il me tape sur l’épaule et me dit que ca va me couter moins cher que prévu. Ce n’était pas la pompe à essence mais les durites du dessus qui étaient devenues poreuses. C’est la bonne nouvelle de la journée. Il a changé deux tuyaux, et il n’y a plus une goutte d’essence qui coule sur la pompe. Il me dit qu’un billet de 50$ fera l’affaire et au passage, il me graisse la direction et les rotules. Ce bon jeune nommé Adrian est définitivement un gaillard bien sympathique. Une exception dans ce Cairns, qui jusqu’à présent est l’endroit où j’ai rencontré le plus de personnes antipathiques depuis mon arrivé en Australie. Nous repartons sans odeur, et sans la peur de l’étincelle. L’heure est maintenant venue de plonger. Cairns est une usine à plonger. Pour les débutants ou les experts, pour les backpackers ou les seniors, pour une demi-journée ou pour 10 jours, à tous les prix et à chaque coin de rue, un club de plongée tente de vous accrocher les bouteilles sur le dos. Le choix est assez compliqué, je décide de passer une journée à faire le tour des shops de plongée pour trouver le maximum d’info. Bilan de la journée, je suis engagé en tant que volontaire sur « Ocean Quest » pendant 5 jours. C’est de loin le meilleur plan que j’ai trouvé pour plonger sans se ruiner. Le principe est que j’arrive sur le bateau comme un membre de l’équipage, je participe au travail à bord, aussi bien en cuisine, que le nettoyage des chambres ou l’entretien général, et en contre partie, j’ai le droit de plonger 4 fois par jours, et je suis nourri et logé sur le bateau. Il n’y a pas de publicité pour ce genre d’échange, il faut aller demander directement dans les centres logistiques des clubs, qui sont un peu à l’écart du centre ville. La seule chose qu’ils demandent, c’est d’être plongeur certifié avec un minimum de 20 plongées. Il reste encore une étape à valider, obtenir l’accord de Jackie:) Etant donné qu’elle n’a jamais plongé, elle n’est pas très intéressée par ces excursions en mer. Elle devra donc m’attendre à Cairns pendant 5 jours. J’essaye de la convaincre qu’un baptême de plongée sur le récif est une expérience qu’il serait dommage de rater. Elle semble être intéressée, mais n’est pas en mesure de dépenser de sommes astronomiques pour aller s’amuser avec les poissons. Je lui conseille donc d’aller demander chez « » s’ils n’ont pas un autre bon plan pour plongeur inexpérimenté. Bonne surprise, ils l’ont également acceptée à bord pour 5 jours. Elle arrivera et quittera le bateau 2 jours après moi et ne pourra faire que du snorkeling (palme-masque-tuba). Le deal est moins intéressant pour elle, mais au moins elle passera 5 jours en mer, plutôt que 5 jours à m’attendre chez Bernard.


Le 13 Aout, j’embarque sur le bateau navette. Deux heures plus tard, j’arrive sur le bateau habitable, amarré sur un des sites de plongé de la grande barrière. Je pose mes affaires en fond de cale, dans le « cabin crew », et on me donne le planning de mes journées. Le système est très bien huilé. Il y a toujours 2 volontaires à bord, et environ une dizaine de staff régulier. Les volontaires ont toujours 2 jours de décalage pour pouvoir s’auto-former. Mon programme est le suivant:
06:00 – Plongée 1
07:00 – Breakfast + aide en salle et en cuisine
09:00 – Plongée 2
10:00 – Les chambres + cuisine+ entretien
12:30 – Lunch
13:30 – Ménage + Transfert passager + Transfert denrées + entretien
16:00 – Plongée 3
18:00 – Diner
19:00 – Plongée Nocturne
20:00 – Dessert + dodo

La deuxième volontaire est Izumi, une Japonaise qui est certifié Dive Master. Ca tombe plutôt bien parce que c’est mon binôme de plongée. Les volontaires doivent savoir plonger sans moniteur ni instructeur, juste en binôme avec un client ou un autre volontaire. Izumi et moi plongeons avec une autre Japonaise qui travaille également sur le bateau. La visibilité est incroyable, entre 20 et 30 mètres de visibilité, c’est la meilleure période de l’année pour plonger sur le récif, je ne le savait pas mais suis bien content de l’apprendre. D’énormes blocs de corail sont éparpillés tout autour des sites. Les coraux sont encore bien préservés malgré le grand nombre de plongeur quotidien. Une multitude de poisons, tortues, requins circulent autour de nous comme si nous étions l’un des leurs. Ce récif est surprenant de richesse et de diversité. Et nous ne sommes que sur les premiers sites depuis Cairns, un petit ilot minuscule perdu dans l’immensité de la Grande barrière de corail.
Arrive ensuite la plongée nocturne. Je n’ai jamais plongé de nuit. On nous donne des torches et quelques règles de sécurité supplémentaires et on va sur la passerelle de mise à l’eau. Il y a un énorme spot qui éclaire la zone, et tous les gros poissons sont attirés par ce spot lumineux. Tous les chasseurs sont de sortie, tous ceux que l’on voit rarement de jours, ils sont tous là ! A quelques centimètres de la surface, des requins par dizaine tournent comme pour nous narguer. Ils sont parait-il inoffensifs. Je dois donc plonger au milieu de la ronde, dans une eau noire et infestée de requin.
J’avoue que pour une première fois, ça ne met pas trop en confiance. Les angoisses disparaissent rapidement une fois que l’on est immergé. La seule visibilité est celle du cône lumineux de la lampe torche. Il n’y a plus aucun point de repère à l’exemption du spot de mise à l’eau du bateau. Ce dernier disparaît rapidement lorsque l’on descend, d’ou l’importance d’avoir bien planifié la plongée, d’avoir le site bien en tête, et surtout de ne pas perdre son binôme. Je m’aperçois que les gros poissons ne sont pas uniquement attirés par la lumière du bateau mais aussi par ma lampe torche. Ils arrivent de nulle part et viennent jouer avec le faisceau. On les sent nous bousculer avant de les voir, c’est très surprenant. Mise à part le fait que c’est l’heure des gros poissons, l’autre intérêt de la plongée de nuit est l’intensité des couleurs du corail en lumière artificielle. En lumière naturelle, plus en descend, plus les couleurs disparaissent. On perd le rouge au bout de quelques mètres, et les autres couleurs suivent. De nuit, le contraste entre le noir et l’éclat de couleur que dévoile la lampe torche sur le corail est magique.
Ces plongées nocturnes ne durent que 20 minutes, pour plus de sécurité et également pour limiter les charges d’azote. Après 3 plongées dans la journée, le corps est déjà bien chargé, il faut faire attention à rester sous la limite acceptable. Ajoutons à ça que les journées sont extrêmement bien remplies, je suis complètement crevé. Je sors de l’eau et suis immédiatement attiré par le parfum du gâteau fraichement sorti du four. Le dessert nous attend, la journée est finie.
Les journées à bord s’enchaînent rapidement, Jackie remplace Izumi deux jours après. Ca faisait longtemps… 48h de répit, pas plus.
Nous travaillons donc ensemble sur le bateau, l’équipage s’étonne de la rapidité avec laquelle nous sommes devenus pote 🙂 C’est la première fois que Jackie reste dans un habitable clos pendant plusieurs journées sans pouvoir en sortir. Elle a quelques appréhensions sur son BESOIN d’aller courir 20 kms tous les matins. Au final, ça ce passe bien, elle compense avec de longues nages, ce qui lui vaut quelques ennuis avec le service de sécurité du bateau qui en a marre d’aller la chercher à l’autre bout du récif en pensant qu’elle s’est perdue ou qu’elle n’arrive plus à revenir. Jackie a du mal à comprendre pourquoi elle n’a pas le droit de faire un aller/retour Cairns à la nage sans que personne ne s’inquiète de savoir où elle est… Un voyage en Bernard, ça rend sauvage ! Le bateau se déplace chaque jour par sauts de puces sur différents spots. Certains sont plus profonds, d’autres plus jolis, certaines espèces se cachent dans des blocs qui ne sont plus vraiment secret. Un brief avant chaque plongé nous décortique le site. On sait donc avant de plonger où trouver quoi. Comme Jackie ne plonge pas, je suis en binôme avec des clients. Quelques fois expérimentés, quelques fois pas. Certains ont des consommations d’air effrayantes et on est obligé d’écourter la plongée.
Mes meilleures potes sous l’eau sont les tortues. Elles se laissent approcher sans problème et ont nettement plus de grâce que leurs homologues terriens. Mes cinq jours sont maintenant écoulés, je fais une vingtième et dernière plongée sur « Reef Quest » et je suis transféré sur le bateau navette de 10h. Je laisse Jackie avec une Allemande qui est venue me remplacer, elles devraient bien s’entendre.
Ces 5 jours ont été une superbe expérience, et un excellent moyen d’explorer le récif.

Je passe les deux prochaines journées à mettre à jour le blog chez Mac Donald… Beaucoup moins sexy, mais c’est le seul endroit où le wifi est gratuit à Cairns. Retrouvailles avec Bernard et première nuit seul à bord depuis Perth. Le lendemain matin, je me fais réveiller par Marita et Jo, toujours le même couple d’Allemand que l’on avait croisé la dernière fois prés de « Tenant Creek », à des milliers de kms de Cairns. Ils sont allés à Alice spring comme prévu, de là, Marita a du retourner en Europe en urgence. Jo a ensuite fait la route Alice Spring – Cairns tout seul (Il a du bien s’amuser). Marita vient d’arriver le matin même à l’aéroport de Cairns, depuis l’Allemagne.
Mes 48h de solitude arrivent rapidement à terme. Je vais au port chercher Jackie qui est super contente parce qu’elle a pu faire 2 plongées d’initiation en suivant un groupe de client en baptême de plongée.

Nous quittons Cairns, en direction de la « Pyramid », une montagne qui est anormalement pointue et qui culmine à 950m. Nous montons à son sommet le lendemain matin, la montée est assez difficile, et Jackie se défoule après 5 jours d’enfermement. Superbe vue depuis le sommet.

Nous continuons à descendre jusqu’à « Townville » qui est une ville qui m’a beaucoup surpris. L’architecture y est intéressante, et la proximité de superbes îles comme « Hitchinbrook » composent un panorama de qualité. De plus, il est possible d’avoir un excellent point de vue depuis une montagne nommé « Castle Hill » plantée en plein milieu de la ville (Un peu comme Edimbourg dans un autre contexte). Il y a quelques bars galerie sympa et un superbe musée, le « Perc Tucker », avec de superbes oeuvres contemporaines en céramique, de superbes dessins à grandes échelles, et des sculptures innovantes, je suis ravi. L’esplanade est assez semblable à celle de Cairns. Une marina, un lagon artificiel, et une longue promenade sur les quais parsemés d’aménagements, toujours plus « DESIGNNNN » les uns que les autres. Il y en a un peu trop à mon gout. Ca donne un peu l’ambiance cité universelle juste après l’expo, on ne sait pas bien à quoi ça sert, mais ça fait joli. Je passe trop de temps en ville selon Jackie qui a déjà fait trois l’aller/retour en courant sur le « Castel Hill », il est tant que l’on quitte la ville.

Jackie n’a maintenant plus qu’une seule obsession, trouver du travail. Ca faisant longtemps que j’en entendais parler, mais là, il semble que ça devienne urgent. De mon coté, je suis également au bord de la faillite, mais je comptais attendre d’arriver dans les grosses villes du sud pour me remettre au travail. Jackie a le besoin inverse, elle n’aime pas les villes et a l’habitude de faire du « Fruit Picking » en Australie.
La cueillette est l’activité de prédilection pour les backpacker en Australie. Il est en principe facile de trouver du travail si l’on se déplace au rythme des saisons. Payé à l’heure, sans engagement de durée, et pas besoin d’avoir de gros talent en Anglais, ce travail est accessible à tous sous condition d’avoir une condition physique adéquate. Sans rentrer dans les détails pour l’instant, la transhumance des Backpackers autour de l’Australie n’est pas quelque chose qui m’intéresse beaucoup. Ils sont donc tous à Darwin entrain de ramasser les mangues, et arriverons dans le Queensland pour les bananes…etc

Nous sommes en avance sur la descente vers le sud, et les fruits ne sont pas encore mûres autour de Cairns. Il y a cependant l’alternative capsilum (Aubergines, Chili, Concombres) qui sont en pleines cueillettes. On s’arrête dans quelques villes comme Unifait, Tully, Cardwell, Ayr, Hometown, pour essayer de trouver du boulot. Suite aux inondations qu’a subi le Queensland, l’activité est anormalement lente. Nous demandons dans les fermes, les bars, les offices touristiques, et quelques « backpakers Hostels ». Mes préjugés sur le business qui tourne autour des backpackers deviennent réalité. Ce sont des villes où le seul intérêt est d’y travailler, il n’y a rien à visiter et même le paysage est chiant. Les Hôtels qui s’installent ici ne sont donc pas là pour vous vous faire découvrir le pays. Ce mini réseau entre exploitants agricoles et Auberges pour travailleurs est très hermétique. Il y a une longue liste d’attente sur la Job list, et si vous voulez trouver un job rapidement, il faudra vous armer de patience. Vous pourrez au mieux obtenir 2 ou 3 jours de travail au bout d’une semaine en tant que client de hôtel. Et peut être que vous aurez un plein temps au bout d’un mois d’ancienneté. Sans oublier qu’ils vous font payer le trajet pour aller à la ferme, entre 5 et 10$/jour, plus le prix du dortoir crado à10 places pour 20 ou 25$ la nuit, plus la connexion internet qui n’est pas gratuite, et bien sur, le bar de l’hôtel qui tourne plein pot vu qu’il n’y a rien d’autre à faire en attendant. Ces hôtels sont quasiment autogérés, vous ne payez pas votre nuit si vous faite 2 heures de ménage par jour, et vous ne payez pas le transfert si vous conduisez, mais encore une fois, ces privilèges sont sur liste d’attente. Donc au final, en dessous de 2 ou 3 jours de travail par semaine, vous perdez votre temps et de l’argent à rester dans ces auberges. Voilà pour le pavé qu’il me tardait de balancer. Je manque peut être d’objectivité parce je n’ai pas eu d’expérience dans ces auberges, et je suis convaincu que certaines auberges sont très honnêtes et sympatriques, mais malheureusement pas toutes.

Heureusement, il y a une autre solution, et nous la trouvons chez la mafia du camp opposé, chez les routiers. C’est le clan de ceux qui ne mettront jamais un pied dans un hôtel, le clan qui squatte les airs de repos et les douches publiques, ce sont les backpakers en van. Le clan auquel Bernard peut prétendre appartenir. Nous arrivons sur le « Comfort stay » de Home Hill. C’est un peu comme une aire d’autoroute, mais c’est dans un village. Il y cohabite les 3 catégories de routiers. Les poids lourds, les retraités en caravane (ils sont racistes et détestent les backpakers), et enfin les Backpackers en van. On reconnait rapidement le backpacker qui squatte les lieux depuis plusieurs mois. Nous allons en aborder un, il y a 90% de chance qu’il soit Français ou Allemand, c’est le quota habituel. Il est Français, et en plus, je l’avais déjà rencontré à Cairns. Au bout de 5minutes, on obtient l’info que 3 personnes viennent de quitter une ferme la veille, et que l’exploitant n’est pas trop satisfait des nouvelles recrues que l’hôtel lui a amené. On s’y rend le lendemain matin à 7h, en tenu de travail, imparable. On y restera une semaine. On récolte des chilis, des poivrons et des aubergines. C’est un travail difficile. Il y a aussi le désherbage, et pour les veinards, l’emballage.
Il semble que Siby (le fermier) m’aime bien, il me fait revenir le samedi et le dimanche pour d’autres travaux agricoles. Poser du plastique dans les champs, préparer une prochaine plantation, c’est beaucoup plus intéressant que les aubergines, mais c’est quand même difficile. Comme on l’avait convenu au départ avec Jackie, 7 jours, pas plus. Nous quittons donc la ferme avec nos ≈1000$ dollars en poche. L’expérience était tout de même intéressante. J’en ai appris un peu plus sur le fonctionnement d’une ferme, sur la mentalité des backpackers, et surtout j’ai réalisé à quel point j’étais chanceux de pouvoir travailler dans un autre secteur. Ce n’est malheureusement pas le cas pour tous les jobs (par exemple, un avocat ou un docteur de formation française aura des problèmes légal pour exercer en Australie). Certains backpackers restent dans les champs pendant des mois, travaillant dur 7j/7, leur seul repos est dans leur van, sur un parking de ZI ou au mieux sur un comfort stop. Ils restent pour la plupart en groupe par nationalité, ne parlant presque jamais en Anglais. Beaucoup d’entre eux sont dans ces fermes pour pouvoir obtenir une deuxième année de working holiday, (reconductible si X jours passés dans certaines localités a travaillé dans les fermes), et en principe la seconde année, ils bossent encore dans les champs. C’est un bon moyen d’économiser pour concrétiser d’autre projet de voyage, mais pour ce qui est de visiter l’Australie, c’est pas top. Je ne sais pas dans quel état peuvent être leur dos après une année de fruitpicking, mais j’en ai vu pleurer de douleur sur les parkings, et il paraît que la concurrence Asiatique est toujours plus dure. Il n’y a plus aucun doute, ma place est dans les villes… allons y de ce pas!

La prochaine étape est « Airlie Beach », l’endroit incontournable pour distribuer ses billets durement gagnés dans les disco-bars pour jeunes backpackers ou les tours organisé hors de prix. J’arrête là avec mon pamphlet sur l’exploitation du Working Holiday visa.
Nous arrivons dans cette ville festive dans le but de faire une excursion en bateau de plusieurs jours aux Withsundays. Ce sont des iles éparpillées (environ 90, pour la plupart inhabitées) à quelques kilomètres de la côte et toujours classés au patrimoine mondiale en tant que « Grande barrière de corail ». Le vent souffle fort, et nous optons pour la version sportive. Nous embarquons 3 jours à bord d’un monocoque de compétition. Aucun confort à bord, mais une vraie expérience de navigation. Il est également possible de plonger, le bateau disposant de bouteilles et d’un Dive Master. On arrive au port, le bateau s’appelle « Spank me » et les 3 membres de l’équipage nous attendent.
Le capitaine, un vieux loup de mer pas facile à pratiquer, une jeune dive master que le Capitaine pratique régulièrement, et un jeune mousse que le capitaine engueule à longueur de journée. On embarque à 13h, le vent souffle à 25 noeuds. On sort les voiles, le capitaine nous explique comment hisser l’ensemble et le voilier s’incline immédiatement sur l’eau. Nous sommes tous sur bâbord, les jambes dans le vide, les cheveux au vent et des embruns plein la gueule, c’est génial.
Nous sommes 11 clients, dont 10 backpackers. On s’arrête pour faire du snorkeling, mais la visibilité est nulle, l’océan est trop agité. On trouve une crique pour passer la nuit, et le mousse se met en cuisine. Repas « budget Coles », on est pas trop dépaysé, on mangeait la même chose chez Bernard. Un anglais et un Canadien se lance dans une compétition virile de descente de canette de bière. Il sont chacun venu à bord avec de quoi faire la fête pendant une semaine. Ambiance Party, ambiance fun, ambiance backpack, ambiance on ne va pas tarder à aller se coucher.
Le lendemain, on se fait réveiller au moteur diesel à 6h30. On est déjà en train de naviguer vers la fameuse « White heaven », la plage au sable de pure silice blanc. C’est sans doute l’endroit le plus photogénique de la cote est, après l’opéra de Sydney.
Il est presque impossible de rester dormir dans la cale, j’ai déjà le mal de mer lorsque je sors du lit. Petit déjeuner sur le pont, le soleil se lève.
On débarque sur la fameuse île, mais par l’arrière, donc on ne découvre la plage que lorsqu’on arrive au sommet, après 15 minutes de marche. C’est beau, c’est grand, c’est grandement beau, on prend des photos.
Les bancs de sables créent des volutes qui évoluent au fur et à mesure des marées. On descend sur la plage, ballade sur la silice qui est extrêmement fin, et qui fait un drôle de bruit lorsque l’on marche dessus. Une heure après on remonte sur le point de vue, et les variations de bleu et de blanc ont déjà beaucoup changé.
Retour sur le bateau et direction une autre plage pour faire de la plongée. A l’exception de 3 d’entre nous, c’est une initiation pour tout le monde. Par groupe de 4, nous partons avec la dive master. Matériel médiocre, eau à 18 degrés, visibilité d’à peine 8 mètre, la plongée n’est pas terrible. C’est la première fois que je vois Jackie sous l’eau, et on dirait qu’elle essaye de courir 🙂 On remonte à bord en direction d’un nouveau spot pour passer la nuit. Repas de fête pour la dernière soirée, on a le droit au roast beef. Je discute avec un Belge qui est en tour du monde et il a le même sentiment que moi concernant le working holiday et les backpackers en Australie. Dernière journée en mer, il pleut quelques gouttes, le vent souffle toujours, on sort les voiles et on regagne le port à la voile. Je reste à la barre tout du long, la sensation de pilotage est très particulière. Je ne pensais pas que le comportement des voiles dépendait autant du barreur. On sent toute la puissance du bateau à travers la barre, c’est impressionnant, je me suis vraiment pris pour un marin le temps d’une traversée.
On retrouve la terre ferme et Bernard, impatient de prendre la route pour les « Finch Hatton gorge » et « Eugnella NP ». Nous y arrivons dans la soirée et commençons le lendemain par quelques marches agréables, baignades en rivière, et cascades… Nous arrivons ensuite sur une route très raide qui nous mène sur un plateau. Un peu comme « Tableland », c’est très joli, très vert, il y a des vaches un peu partout, des maisons abandonnées et des vieilles carcasses de voiture dans les prés. Cela donne une ambiance très rétro, Bernard paraît soudain 20 ans de moins.
Nous faisons une boucle sur un scenic drive non goudronné, puis nous redescendons du plateau pour arriver à Mackey. Il y a un musée pas mal avec une expo sur des livres d’artistes, un beau complexe aquatique en entrée libre, quelques bâtiments art déco, une esplanade « DESIIIIGN », et c’est à peu près tout. Notre intérêt est qu’il y a un spécialiste combi dans les environs. Nous essayons de le trouver parce que depuis que Bernard ne sent plus l’essence, il a des accélérations très irrégulières à froid. Pas très gênant puisque le problème disparaît à chaud, mais j’aimerais en connaître la cause. Il est également temps de faire régler les soupapes (tous les 5000 kms). Nous arrivons devant une grille fermée, Il y a effectivement des carcasses de cox et de combi un peu partout autour de la maison, mais personne ne répond et le garage semble fermé. Au bout d’un moment, un homme sort de la maison, visiblement, je l’ai réveillé, et il a l’air plutôt grincheux. Il me dit d’abord qu’il ne travaille plus dans son garage et qu’il ne peut pas nous aider, puis il nous dit qu’il peut juste jeter un oeil sur notre problème de secousses à froid mais qu’il ne pourra pas régler nos soupapes. Nous attendons une bonne heure, et il commence à mettre ses mains dans le moteur. Il grogne et jure de temps à autre, puis au bout de 10 minutes, il extrait une pièce qu’il jette de colère… je n’ai pas compris pourquoi, mais apparemment, c’est une des raisons de nos secousses, il remplace la pièce. C’est une petite pipe coudée en caoutchouc placée sur les carburateurs. Il nous dit que les carburateurs sont certainement fatigués et que le clapet de starter du carbu gauche ne revient pas correctement, ce qui contribue à l’effet de secousse à froid. Il nous dit qu’il vaut mieux prendre l’habitude de le laisser chauffer avant de rouler plutôt que de commencer à refaire les carburateurs. Bernard tousse deux fois moins fort, mais tousse toujours. Un billet et nous repartons en remerciant ce drôle de personnage nommé Paul W. La prochaine ville est « Rockempton », la ville du boeuf. Il y a des sculptures et représentations de boeuf un peu partout dans la ville. Il y a un musée avec une expo sympa sur la communication et la publicité à travers l’Australie. Il y a également un superbe jardin botanique, avec des animaux tels que le Wonbat ou le Koala…des animaux qui semblent faire un concours de paresse.
Nous arrivons le lendemain à « Harvey Bay » qui est le point de départ pour l’incontournable « Frazer Island ». Pour Jackie, la boucle est bouclée. Elle a déjà visité l’île pendant 5 jours en 4×4 en arrivant en Australie et la suite du paysage vers le sud ne sera plus inconnue pour elle. Elle m’incite à partir avec un tour organisé pour visiter Frazer, et elle m’attendra à Harvey Bay pendant ce temps. Je n’aime pas trop ces tours organisés, mais à moins d’avoir un 4×4, il n’y a pas d’autre solution pour visiter « LA PLUS GRANDE ILE DE SABLE AU MONDE « . Lîle fait 15×120 kms, une longue bande de sable qui est composée de forêts humides, de dunes et de lacs (40), sur un sol sableux. Un écosystème très particulier et très fragile. L’île est très préservée et les droits d’accès sont chers. Je fais le tour des shops pour trouver la meilleure offre, il n’y a pas trop de choix. Pour un départ le lendemain sur une journée, il n’y a que « Unique Frazer » en 4×4 privé, ou le bus rehaussé 30 places. Départ à 8h de lendemain, nous sommes 6 à bord d’un gros 4×4 piloté par Chris. Nous embarquons sur la barge pour 1/2 heure de traversée et arrivons sur la langue de sable. Nous commençons à circuler à travers la foret sur une piste de sable, et montons jusqu’au lac « Mac Kenzie ».
Un superbe lac aux eaux cristallines avec les plages de Silica (Silice). Nous descendons sur le versant opposé et arrivons sur une autoroute de sable! Une plage qui s’étend à l’infini, répertoriée sur les cartes d’Australie comme un Highway (Autoroute). On y croise des 4×4, des camions, des Monster bus, mais aussi des avion qui y atterrissent et y décollent… on se croit en plein film de science fiction. Nous roulons à 100 km/h dur la plage, slalomant entre les flaques d’eau que l’océan laisse en se retirant à marée basse. Les véhicules se croisent à grande vitesse, entre les pêcheurs en bord de plage et les campeurs de l’autre coté… Je suis étonné par une telle proximité, les accidents doivent être fréquents, d’autant plus que le pilotage sur sable demande une certaine expérience.


Le voyage est magique et la sensation grisante. Nous arrivons sur une vieille épave de bateau, une sculpture de Corten les pieds dans l’eau. Nous nous arrêtons pour une pause lunch sur un site nommé « Indian Head », puis « Champagne pool » qui est sans intérêt. Ensuite demi-tour et on redescend tout avec un dernier stop à « Eli Creek ». La journée est déjà terminée, nous reprenons la barge et sommes de retour à Hervey Bay à 18h. Une journée est sans doute beaucoup trop courte pour visiter l’ile, mais cela permet de se faire une idée. Beaucoup de kilomètres, beaucoup de sable, le grand show à l’Australienne !

J’aurais aimé la découvrir à pied, mais pas sur que Jackie aurait apprécié de m’attendre pendant une semaine. Une prochaine fois peut être.
Prochaine étape, Noosa. Avec son petit air méditerranéen, Noosa ne manque pas de
charme, Cette petite station balnéaire de 35 000 habitants est réputée pour le surf, les plages, ses restaurants, ses hôtels, ses cafés et ses boutiques. Il y a également la Noosa river, plus sauvage, et le Noosa NP qui est superbe. On marche le long du « Coastal Trail » qui traverse de belles plages et grimpe sur quelques points de vues d’où l’on voit des baleines au loin. Nous ne passerons qu’une journée à Noosa, Jackie y a déjà passé pas mal de temps et y a célébré le nouvel an en décembre dernier.
Notre prochain arrêt sera à « Yandina » pour visiter une usine de gingembre. Le gingembre est très populaire et de très bonne qualité en Australie. Je suis devenu grand consommateur des bières et de la confiture au gingembre. Nous visitons ce mini parc d’attraction très surprenant. Il y a un vieux train à vapeur qui fait le tour du site. Une vieille fausse rue façon « Queenslander » avec quelques magasins et notamment un spécialiste de tous les produits dérivés autour des marques et modèles de voitures les plus emblématiques. Nous trouvons Bernard dans toutes les déclinaisons possibles. Nous en sortirons avec quelques mugs, salières, poivrières, et autre gadgets signés VW.
Il y a également des cafés, des cours de cuisines, un glacier, un musée des automates, un manège aquatique, des visites guidées de l’usine, expositions… et surtout un énorme shop avec tous les produits dérivés du gingembre. Nous empruntons ensuite la « Bruce Highway » qui nous emmène rapidement vers les portes de Brisbanes. Nous sortons au « Wild Horse Lookout », pour admirer trois montagnes perdues au milieu de nul part.
Notre dernier stop avant Brisbane sera « Bribie Island ». Nous n’y allons pas par hasard. Nous n’avons toujours pas trouvé quelqu’un qui veuille bien régler les soupapes de Bernard et Il semble qu’il y est un autre spécialiste VW sur l’île. Nous n’avons jamais eu de pannes franches avec Bernard, son moteur est quasi indestructible si on y accorde un minimum d’attention. La règle de base sur ces vieux moteurs à air, c’est une vidange et un réglage de soupape tous les 5 000 kms et une révision générale tous les 10 000kms. Il n’y a donc pas d’urgence, mais le compteur tourne vite et les garages spécialistes ne se trouvent pas à chaque coin de rue. Nous arrivons à « Germain Engineering ». Il nous répond qu’il n’a pas le temps en ce moment, et qu’il faudrait que l’on attende 4 jours. Je lui dis que nous ne pouvons pas attendre 4 jours et que nous obtenons les mêmes réponses depuis Cairns. Il connait l’importante du réglage soupape et du changement des joints. Il accepte de nous prendre le lendemain matin. Au passage je lui demande
un kit de vidange complet, et je vais faire ma vidange sur un parking.
Le lendemain matin on y retourne, Jackie et moi faisons quelques rustines de tissus sur les quelques trous du pop top, et pendant ce temps, les soupapes prennent l’air. Huile changée, trémie nettoyée, filtre et joints changés, soupapes réglés, Bernard est près pour affronter un nouveau paquet de 5 000kms.

Le 17 septembre, nous arrivons à Brisbane. Pour la première fois, après presque 6 mois passés en Australie, j’ai l’impression d’être dans une ville, une vraie. Avec 2 millions d’habitants, c’est la troisième plus importante ville d’Australie. Jackie n’est pas tellement enchantée d’être arrivée à Brisbane, elle n’aime pas les villes et sait que c’est la ville d’arrivée et de départ pour elle. Bernard devrait bientôt perdre un de ses meilleurs skippers. Première étape, trouver un endroit où nous pouvons dormir, et où nous pouvons laisser Bernard durant la journée sans se prendre d’amendes. On trouve une foret minuscule du coté de « Ashgroove », sur un chemin en pente, ce sera notre camp pour quelques nuits. Je me lance ensuite dans une exploration urbaine. J’essaye de trainer Jackie dans quelques musées, elle accepte, mais s’en enfuit rapidement. Il y a un énorme centre culturel qui regroupe une librairie, et différents musées d’art et de science. « Art Gallery » a une belle exposition sur le photographe français Cartier Bresson. Les bâtiments articulés autour du centre culturel sont très intéressants. Je fais quelques bonnes découvertes en centre ville, avec des architectures intéressantes pour certains.
Je retrouve Jackie en fin de journée pour admirer le light show sur les quais. Le lendemain, nous allons nous promener du coté de la « Fortutude Valley », un quartier de Brisbane un peu bobo-racaille, sympa pour flâner et faire du shopping. Je retourne au centre culturel pour le musée des sciences et un peu de logistique à la librairie. Jackie prépare son départ et cherche un endroit où travailler autour de Brisbane. Je prépare la suite du voyage avec Bernard et cherche 2 nouveaux skippers. Après presque 4 mois à bord de Bernard, Jackie nous quittera le lendemain, elle pack ses affaires et nous passons une dernière soirée ensemble.
Aller, je vous laisse, la route m’attend!
La suite au prochain épisode et en attendant… JOYEUX NOEL.
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Bernard on the road Part III, Broome-Darwin
Itinéraire Broome-Darwin.
Le 12 juin, nous quittons enfin Broome. Un dernier petit déjeuner sur la plage de « Cable Beach », et le premier pour notre nouvelle Bernadette… Nous accueillons notre nouvelle recrue, faisons les présentations entre Kate et Bernard, et prenons la route en direction des Kimberly. Comme Bernard apprécie la mixité et plus particulièrement lorsqu’elle est féminine et qu’elle vient d’Asie… Kate, comme il se doit, est Taïwanaise. Elle a 28 ans et effectue également un « working Holiday » en Australie pour une année.
Kate est une curiosité…un ovni…un point d’interrogation qu’elle dessine du bout du doigt. Elle a développé un langage unique, fondé sur la gestuelle associé à des intonations et des sonorités étranges. Kate est aussi une enfant qui découvre le monde, et qui semble être émerveillée et surprise par à peu près tout. Les questions défilent, les interrogations ricochent de sujets en sujets, les inclinaisons de tête et les plissements de paupières… Un index sur ses lèvres, un autre qui vous tape sur l’épaule… « Excuse me, I have one question »… C’est sans doute la phrase que Kate prononce le plus souvent. En revanche, si vous lui en posez une, elle vous répondra qu’elle ne sait pas, et il faudra insister ou contourner la question si l’on veut vraiment obtenir une réponse. La question peut surgir en pleine nuit lorsque vous dormez ou encore à la sortie des toilettes, et peut parfois être très surprenante « Why the sky is blue ? » Malgré son sourire omniprésent, Kate ne se moque pas de vous, Kate n’est pas stupide, Kate ne joue pas un rôle, Kate est une adulte qui tient toujours dans sa main celle de l’enfant qu‘elle a été.
Après une première tentative ratée sur des pistes trop accidentées pour Bernard, nous faisons demi-tour et restons sur la route alternative à la mythique « Gibb River road ». Entre temps, Nick laisse tomber le bouchon de la bouteille d’additif dans le réservoir d’essence lors d’un ravitaillement… Petit détail qui prendra de plus en plus d’importance par la suite. Arrive ensuite le moment où nous découvrons le « RAAF Boab Quarry Camp ». Une aire de camping qui, comme tant d’autres, est signalée dans la bible du routard motorisé (Camps 6 Australia) mais qui obtiendra les félicitations du jury selon nos critères. Et oui, « Eagle bluff » est détrôné, « RAAF Boab » est magique, unique, mythique… Nous suivons une petite piste qui longe des formations rocheuses de plus en plus grosses. La pierre volcanique anthracite dentelée, tranche à travers le bush platonique est infinie. Paysage surréaliste est aride, les formes des roches sont de plus en plus étranges et inspirent à la rêverie. Nous arrivons sur le site, désert, sans aucun aménagement, avec juste quelques espaces un peu plus dégagés que d’autres qui nous laisse deviner un emplacement de camping. Et puis nous trouvons de l’eau, un lac ou une rivière, on ne sait pas encore. Une faille bleue turquoise qui circule à travers les blocs. Les rives sont abruptes et élevées de 3 mètres au dessus de l’eau, quelque chose nous dit que ce n’est pas la nature qui a taillé une telle tranchée. Nous apprendrons par la suite que c’est un bassin qui avait été créé pour alimenter en eau une base militaire durant la deuxième guerre mondiale. Nous trouvons un petit plateau surélevé juste au dessus du bassin, avec une vue superbe sur le bush et les roches. Un emplacement pour le feu, un autre pour la tente, et Bernard bien logé, derrière 3 bons arbres. Après les aires de repos pourries le long des routes à la sortie de Broome, ça fait du bien de retrouver un peu de calme et d’horizon.
L’endroit nous plait tellement que nous y resterons 2 jours. Après une première soirée fromage, pinard, et feu de joie, nous essayons d’aller explorer les alentours. Il n’y a aucun sentier balisé, aucun départ de rando, il semble que ce paysage soit uniquement contemplatif. Nous nous équipons pour une exploration du bush, avec notre boussole et quelques repères fantaisistes sur la forme de certains rochers. Nous escaladons quelques blocs de roche, la pierre est si tranchante que nos semelles se découpent! Nous trouvons quelques grottes et failles profondes… L’aventure !
En fin d’après midi, nous nous dirigeons vers notre minuscule flaque d’eau, seul repère que l’on arrive encore à apercevoir depuis le sommet des blocs. Une fois autour du bassin, il est impossible de se perdre, les troupes se dispersent. Ceux qui rentrent à la base pour tranquilliser au soleil couchant, ceux qui cherchent du bois pour le soir, ceux qui improvisent un salon de coiffure sur le balcon… et ceux qui continuent à prendre des photos. Nous laissons Kate toute seule dans ses interrogations photographiques, en lui disant que nous sommes juste en face, chez Bernard, et qu’elle n’a qu’à longer le plan d’eau pour rentrer. Une heure passe, et une bouteille de Cabernet Merlot accompagne le coucher du soleil. Une deuxième heure passe et Jackie rentre avec un demi arbre qu‘elle traine derrière elle… Mais à notre surprise, Kate n’est pas avec elle. Il fait maintenant nuit, et la séance photo doit manquer un peu de luminosité. Nous commençons à nous inquiéter. Nick et Jackie partent avec les frontales et les sifflets, et moi je garde le camp. J’entends les échos de leurs appels à travers tout le bush. Kaaaaaaaaaaaaaateeeeeeeeeee !!!!! Kaaaaaaaaateeeeeeeeeeeeeee !!!!!!!
Si Kate ne les entend pas, c’est soit qu’elle est sourde, soit qu’elle est à des kilomètres d’ici, ou déjà avalée par un serpent. US&GE rentrent bredouilles presque une heure plus tard, Kate a disparu, sans eau, sans lumière, sans nourriture, en pleine nuit dans le bush. Situation d’urgence, nous devons lancer des recherches. Il n’y a aucun réseau téléphonique, Nick va trouver d’autres campeurs qui ont un téléphone satellite. La police arrive 20 minutes plus tard, et comme par enchantement, au même moment, une petite voix se fait entendre de l’autre coté du camp. C’est Kate ! Après s’être complètement perdue et avoir tourné en rond pendant des heures dans le bush, elle a finalement aperçu de la lumière provenant d’une caravane et s’est dirigée dans cette direction. Nick se précipite vers cette caravane où il a cru reconnaître sa voix, et les retrouvailles sont faites. Nos excuses aux campeurs et policiers, et nous rentrons soulagés au camp. Kate a eu la peur de sa vie, elle envisageait déjà de trouver un abri sous un rocher pour passer la nuit. Elle ne sait pas comment elle a réussi à se perdre et nous encore moins ! Nous essayons de retrouver notre calme, surtout Nick qui était en zone rouge depuis quelques heures, et lui faisons comprendre qu’elle est maintenant dans la vraie vie, et que ça peut devenir dangereux si elle ne fait pas attention. De plus, nous ne savons rien d’elle, ni même son vrai nom (Taïwanais). Que dire aux policiers… « Euuuuh, on a perdu Kate… mais on ne la connais pas vraiment ». Donc, depuis cet épisode, les coordonnées de Kate sont inscrites sur la vitre latérale de Bernard, et on la tiendra en laisse pour nos prochaines randonnées. Nick n’arrivera pas à redescendre de la zone rouge avec Kate. Le professeur sans patience et l’élève rêveur garderont des relations compliquées.
Le lendemain, nous quittons notre petit paradis, qui était une toile de fond parfaite pour ce scénario Hollywoodien. Nous allons marcher le long des « Geikie Gorges ». Rien de très foufou si ce n’est que ça m’a rappelé le Mékong.
Cette partie de l’Australie, comme beaucoup d’autres dans les parcs Nationaux est à faire avec un 4×4. Nous savions au départ que nous allions louper des choses, du fait que Bernard ne puisse s‘aventurer sur les pistes de sable. La traversé des Kimberley est fameuse pour sa route du Boeuf, la « Gibb River road », longue de 660 kms. La route goudronnée, plus longue d’une centaine de kilomètre, arrive au même endroit mais est nettement moins intéressante. Nous passerons de longues journées à rouler. Les seuls sites intéressants présents sur cet axe sont eux aussi à pratiquer en 4×4. Nous tentons d’aller faire un tour aux « Bungle Bungle ». Nous nous pointons à 7h devant l’entrée du parc, et faisons du stop. Quelques 4×4 s’arrêtent, la plupart sont déjà plein d’équipements de camping, ou de passagers. D’autres 4×4 ne s’arrêtent pas du tout. Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu l’idée du 4×4 stop. Deux autres groupes de routards attendent derrière nous. Au bout de 3 heures d’attente, nous renonçons, blasés. On roule d’une traite jusqu’à Kununurra.
Nous dormons sur le site du « Grotto ». Encore un canyon ou se cache une piscine naturelle. Notons la présence d’un gros lézard qui se joindra à ma baignade matinale. L’animal n’a pas du tout peur de moi… je le suis un peu plus. Nous allons ensuite sur le site des 5 rivières, à Wyngham. Le point de vue panoramique sur ces confluents me rappelle encore plus le Mékong. Bernard s’adonne à une séance de shooting, ce décor lui va plutôt bien.
Retour sur Kununurra pour visiter les dômes rouges du minuscule Mirima NP, qui est au coeur de la ville. La petite ville de 6000 habitants est la plus jeune ville d’Australie, elle est assez agréable et un peu moins chiante que les autres villes que nous avons rencontrées. Nick a eu des échos d’une superbe excursion en canoë sur la Ord River au départ de Kununurra. Il nous en parle depuis Perth, et nous nous réjouissons de savoir de quoi il s’agit. Nous arrivons chez Kenton, une remorque de canoë dans le jardin nous indique que l’on est à la bonne adresse, nous sommes chez « Big Waters »! http://www.bigwaters.com.au
C’est un safari autonome de 3 jours (50kms) en canoë. On nous fournit tout le matériel, un plan pour trouver les sites de camping le long de la rivière Ord, et on nous dépose au pied du barrage du lac Argyle, là où commence la rivière. Départ à 6h30 le lendemain, on pack toutes nos affaires dans des bidons étanches, la nourriture pour 7 repas dans les glacières, les tentes, les sacs de couchage, les « Swag », l’eau, le rhum Ord, et les pagaïes… Les 2 canoës sont pleins à craquer. On traverse de superbes canyons, il n’y a pas un bruit, on ne croise personnes (ou presque), la rivière serpente à travers les roches rouges, les paysages changent constamment, c’est superbe ! Quentin nous a assuré que l’eau de cette rivière était potable et que l’on pouvait la boire directement… On la filtrera quand même, et puis on a le fameux Rhum Ord, fait avec l’eau de cette rivière, alors ouf ! Kenton nous a également dit qu’il y avait des crocodiles, mais seulement des « Freshy », (entendez des crocs de rivière non agressifs), et qu’il n’avait jamais vu un « salty » par ici (entendez crocs des mers, très dangereux, et que l’on peut aussi trouver dans les rivières). Par conséquent, Kenton nous dit que nous pouvons nous baigner n’ importe où. Nous nous baignerons quelques minutes, sur une plage, mais sans abus. Parce ce qu’on a réellement vu des crocodiles, ça ne motive pas forcement.
Nous suivons les instructions de notre plan de route. On s’arrête sur quelques plages ou allons explorer quelques bras de rivière puis finalement arrivons au camp N°1.

On se dépêche de vider les canoës, faire du feu, installer nos tentes avant qu’il fasse nuit. Le camp est sommaire. Un abri avec une grande table et 2 bancs. Quelques plateformes en bois pour installer les tentes, et un majestueux trônes « BP » avec une vue imprenable pour seul confort sanitaire.
Nous croisons Kenton le lendemain matin, qui vient avec sa barque pour bricoler un peu sur le camp. Il a l’air surpris que nous soyons toujours là, on ne doit pas être trop en avance. On reprend notre descente de rivière, avec quelques escales pour aller voir des cascades, cachées dans la jungle, que l’on trouve en suivant le fameux plan. La pause déjeuner se fera sur le « Yahoo Rock », un gros rocher idéal pour les plongeons ou autres acrobaties. La vue est superbe.
On pagaie jusqu’au camp N°2, et trouverons juste avant d’arriver, un crocodile mort airant sur la rivière. Cette deuxième escale est similaire à la première, même trône « BP ».
Troisième et dernier jour de descente de la rivière Ord. Nous commençons à retrouver un peu de civilisation sur les rives. Les champs de canne à sucre ont remplacé les rocs rouges. Nous nous arrêtons au « Zebra rock » pour y déguster un succulent cheese-cake à la mangue, beaucoup plus intéressant que les sculptures sans style ou autres bibelots à touristes qu’ils s’amusent à fabriquer dans de la roche zébrée. On arrive ensuite dans une superbe lagune. A mi chemin entre le marécage, l’étang et la rivière qui a débordé, ces lagunes sont des espaces étranges ou l’on circule à travers des roseaux et des arbres noyés. Nous nous y perdons de bon coeur, et finissons par regagner notre fameuse autoroute fluviale. Nous arrivons juste après le coucher du soleil à « Lily Lagoon », où Kenton nous attend. Cette Big Waters aventure est superbe. Nous la recommandons à tous ceux qui passeront un jour à Kununurra. Hors des sentiers battus, au fil de l’eau, authentique, autonome, simple, bien organisé et à un prix raisonnable… Nous en avons pris plein les yeux, plein les bras, et nous n’avons pas vu de goudron pendant 3 jours.
Nous retrouvons Bernard avec joie, nous avons l’étrange sensation d’être de retour à la maison, de retrouver notre petit confort. C’est la première fois que nous le laissons seul aussi longtemps. Kenton nous a dit qu’il nous a attendus bien sagement, sans faire de caprice 🙂
On l’a consolé avec une visite à la Rhumerie, il adore!
Lorsque Kenton nous a déposés au barrage, trois jours auparavant, nous avons aperçu le Lac Argyle pendant quelques minutes avant de descendre sur la rivière. Ce lac avait l’air splendide et gigantesque, j’ai une terrible envie d’y retourner. Le restant de l’équipage n’a pas été difficile à convaincre, nous nous y rendons le lendemain matin. Petit dèj sur le Look out.
La vue depuis la colline nous laisse imaginer l’immensité de ce lac qui a une forme beaucoup trop irrégulière pour que l’on puisse le voir dans son ensemble. En faisant une estimation grossière sur la carte, je dirais qu’il fait à peu près le double de la surface du lac Léman. Mais la différence est que sur celui ci, il n’y a strictement rien. Il n’y a presque aucun bateau sur l’eau, les rives sont désertes, les collines se perdent à l’infini… Rien, pas de civilisation, juste la nature. C’est assez surprenant, mais c’est ça l’Australie… Rien.
Wikipedia a dit:
Le lac Argyle, est le plus grand – en superficie – lac artificiel d’Australie. Il se trouve au nord de l’Australie-Occidentale, sur le plateau du Kimberley, près de la ville de Kununurra, sur la Ord river. La construction du barrage a été achevée en 1972. Il mesure 335 mètres de long et 98 mètres de haut. Le lac Argyle couvre normalement une surface de 1 000 km². Sa capacité maximale de stockage est de 10 763 km3. Mais le lac n’a été rempli à son maximum que de 1973 à 1984. Depuis, les pluies insuffisantes ne lui permettent plus que de stocker 5,8 km3 ce qui en fait, en capacité de stockage, le deuxième lac artificiel d’Australie, derrière le lac « Lake Gordon/Lake Pedder » en Tasmanie.
Ce lac et la retenue de Kununurra permettent d’irriguer 150 km² de terres agricole dans l’est de la région de Kimberley. Sa création a permis de diminuer les crues de l’Ord River et de voir apparaitre un nouvel écosystème avec le développement de 26 espèces de poissons, et de nombreux (25 000) crocodiles d’eau douce que l’on peut voir quelquefois dans les iles artificielles en compagnie d’une grande quantité d’oiseaux.
Oui Natasha, c’est ça… c’est bien, ne bouge plus… Claudy est en train de travailler…Ohhhh, tu a l’air à ton aise maintenant!!!
Pendant ce temps, Nick a ouvert une barraque à frite… »Chez Bernard ».
Pour ceux à qui les références échappent, regardez « Dikkenek ».

La seule civilisation se trouve juste avant le barrage, un camping minable, dans lequel se cache un bar/resto/centre d’information/pompe à essence et une équipe d’imbéciles cherchant à s’occuper en jouant au cowboy avec les visiteurs. On se demande toujours pourquoi le centre d’information se trouve dans un camping privé où l’on se fait foutre dehors sous prétexte que l’on n’est pas client du camping. Bref, nous arrivons quand même à nous procurer un plan qui nous indique le seul sentier de randonner qui longe le lac. Une ballade d’environ 1 heure, folie ! Le départ se fait du camping, donc, bien entendu, nous ne sommes pas autorisés à marcher dans cet espace privé… et devons contourner le camping pour retrouver le sentier. Voilà, la pub est faite, le lac Argyle, c’est bien, mais le « Lake Argyle Tourist Village », c’est nul, n’y allez pas. Le fameux sentier est superbe, les points de vue sur le lac sont différents tout au long du parcours. Nous aurions aimé en voir plus de ce lac, mais ce n’est pas possible, à part peut être un tour en avion ou hélico, ou encore une mini croisière hors de prix combinée à une descente de rivière Ord sur une barque motorisé par un 3x3OOcv hors bord (C’est réellement le genre d’engin avec lesquelles ils promènent les touristes par ici), il n’y a rien à faire, juste contempler et imaginer. Nous prenons le chemin du retour, avec un dernier arrêt magique sur le « Sunset loukout » où nous mangeons notre fameuse salade de tout.
Nous continuons la route du Nord, en direction de Darwin. Quelques kilomètres plus loin, nous passons la frontière. Nous quittons le Western Australia et entrons dans le Northern Territory. Nous reculons nos pendules d’une heure et demie, et roulons jusqu’à « Timber creek ». Un petit arrêt à « Escarpment Hike », un mini treck assez abrupte qui mène à un point de vu bien sympa.
Jackie aime aussi poser devant Claudy.
On arrive finalement à Katherine, qui la 3ème agglomération du territoire. Grande bourgade rurale au climat à la végétation subtropicale, Katherine est une plaque tournante. On fait nos ravitaillements, on planifie nos futures explorations au centre d’information, et on finit par une baignade dans une rivière d’eau chaude naturelle, au coeur de la ville.
On pensait faire un treck de 4 jours, mais ce dernier est protégé et n’accueille que 10 randonneurs par jour. Il faut donc réserver, et la liste d’attente est longue d’environ 6 mois. L’alternative sera le « Nitmiluck NP », où l’on peut faire un treck de 2 jours. Nous commençons à marcher le lendemain matin. Une longue marche de 25 kms qui nous prendra 8 heures. A travers le bush, puis à travers de la forêt brulée, sur de la caillasse, cette première journée sera longue est pénible (pour toi Kevin). Nous sommes épuisés et le parcours est assez monotone. Nous arrivons de nuit sur notre camp, encaissé au fond d’un canyon, sur une plage le long de la rivière. On plante la tente, on mange et on se couche immédiatement, complètement K-O. Le réveil est nettement plus agréable.
Jackie a déjà escaladé tous les rochers alentours lorsque je me réveille pour ma baignade matinale. Kate essaye de masser ses pieds qui n’ont pas l’air de s’être remis de la marche de la veille, et Nick commence à s’inquiéter sur l’état de son genou. A part ça tout va bien, le site est superbe, on espère juste que la suite sera tout aussi agréable. Nous continuons la boucle qui retourne au parking. Nick et Kate prendront le chemin le plus direct. Jackie et moi prendrons la variante qui passe par « Lily Pound ». Nous y découvrons une cascade de 20 mètres de haut, qui se jette dans un bassin d’eau clair. Il n’y a personne, juste une glacière avec une fontaine d’eau fraiche en libre service à coté du bassin. C’est un peu comme le petit Jésus en culotte de velours comme diraient certains.
La baignade est exquise jusqu’au moment où nous nous faisons surprendre par un flot de 30 touristes qui arrivent tous en même temps! Toute la famille est là ! Les enfants, les grands parents, les touristes asiatiques, le couple en lune de miel, le backpacker en tour organisé, la totale… Mais d’où sortent-ils ??? Ils n’ont pas pu faire le même parcours que nous, ils n’ont pas marché, ils ne sont pas équipés… La seule possibilité est qu’ils soient arrivés en bateau par la rivière. Nous obtiendrons confirmation sur le retour, et oui, le 3X300cv est encore là, même là où on l’attend le moins. Nous retrouvons le restant de l’équipage chez Bernard, quelques heures de marche plus tard.
Le jour suivant, nous allons aux « Edith Falls ». Une belle ballade de 4 heures le long de la rivière ponctuée de bonnes baignades dans des piscines naturelles nous emmène jusqu’aux chutes d’eaux. Elles s’étalent sur 3 bassins. Le bassin intermédiaire est propice à la baignade à contre courant et à la farniente sur pierre chaude.
Nous continuons notre périple vers Darwin, qui n’est maintenant qu’à quelques centaines de kilomètres. On fait un détour pour aller voir les « Douglas Hot Spring », quelques kilomètres supplémentaires dans le néant Australien. Quelques panneaux nous indiquent que nous sommes dans la bonne direction, et 20 kilomètres plus tard… route fermée ! Pourquoi ? On ne sait pas. Pourquoi ne pas l’avoir indiqué avant ? On le sait encore moins.
Petite parenthèse sur la signalétique en Australie. Elle est épouvantable. Que ce soit sur la route ou les sentiers de randonnée, on ne comprend toujours pas quelle logique ou encore quelles croyances ont inspiré ses auteurs. Manque de panneaux, informations inutiles, ou encore vitesse règlementaire difficile à atteindre (imaginez trouver un panneau 130 kms/h sur une route départementale étroite sur laquelle vous pouvez croiser des road train de 50 m de long). Manque de prévention de certain danger routier (intersection de carrefour par exemple) mais abondance de signalisation animalière. Le bord des routes est d’avantage un bestiaire qu’une aide à la conduite. Bref, nous ne sommes pas contents et faisons demi-tour !
Heureusement, le mécontentement sera court. Quelques kilomètres plus loin, nous nous arrêtons à « Robin fall ». Une petite cascade dans la foret, semblable à beaucoup d’autres, mais la différence est que c’est une aire de repos. Plus concrètement, il est possible de camper gratuitement, le long du ruisseau, à la fraiche et à 5 minutes à pieds de la cascade. Les emplacements sont distants et la végétation crée l’intimité. C’est calme et jolie, nous sommes contents.
Nous sommes maintenant aux portes d’entrée du très fameux « Litchfield National Park » . Aller à Darwin sans passer par le Litchfield et le Kakadu (l’autre parc à la mode), c’est un peu comme aller à Paris sans voir la tour Eiffel et les Champs. Quatre cascades dégringolent d’un vaste plateau, se déversant dans des bassins entourés de verdure tropicale, c’est un must dans le coin, et il y a deux façons d’en faire le tour. La première variante est celle de la route qui forme une boucle; Il faut alors choisir son sens de rotation et s’arrêter méticuleusement sur chaque site (la plupart sont équipés de terrains de camping), prendre des photos, acheter une glace et aller au suivant. Ce ne sera pas la variante retenue. La deuxième option est de faire le tour sur le haut plateau, le « Tabletop Track ». Ce circuit de randonné de 39 kms nécessite 3 à 5 jours de marche selon les variantes. On arrive par le haut des cascades, on descend jusqu’au bassin, et on remonte pour reprendre la boucle. Les randonneurs sont autorisés à passer la nuit sur quelques sites sur le plateau, à condition qu’ils s’enregistrent avant de partir. On commence par chercher où l’on doit s’enregistrer… Personne ne veut nous répondre. Le centre des visiteurs nous renvoie chez les Rangers, et vis versa. Bon, c’est que cela ne doit pas être si important, on passe à l’étape suivante, les provisions pour 3 jours d’autonomie (Oui, parce que 5 jours, c’est pour les marcheurs du dimanche, qu’on se dit !). Comme ce treck passe par les 4 cascades, on peut le prendre et l’arrêter où l’on veut (à condition de bien vouloir rentrer en stop). Cette souplesse laisse un peu de flou dans l’organisation… Nous sommes encore un peu anéantis par les 25 kms de caillasse et de bush brulé long et pénible que nous avons fait il y a quelques jours. Tout le monde n’a pas la même motivation face à ce treck, mais on y va quand même. On choisit comme point de départ les « Florence Falls ». Il y a un camping au départ du sentier (les campings de parcs nationaux sont bien aménagés, et autonome. On doit glisser le No de plaque du véhicule et la somme correspondante au nombre de passagers dans une enveloppe, que l’on dépose dans une boite à l’entrée du camping), on y passe la nuit et on part le lendemain matin. Le matin du départ, Kate montre des signes de faiblesse, ça nous rappelle vaguement quelqu’un. Elle fait, défait, puis finalement refait son sac face à nos encouragements. On y va !!!
On commence directement par monter, c’est abrupt, et il fait déjà très chaud. Une fois sur le plateau, la végétation est très différente. On alterne entre bush aride, foret brulée, et herbier marécageux le long des rivières. Le sentier est de moins en moins visible. Il est balisé par de petites flèches rouges ou bleues, fixées sur des arbres ou des pieux. L’espacement entre ces marques est très variable. On passe de plus en plus de temps à l’arrêt, en train de chercher où est la flèche suivante. Lorsqu’on n’a pas vu de flèche depuis un moment, c’est qu‘on s’est perdu… et on fait demi-tour. Un peu comme sur la route, ces informations hasardeuses nous énervent de plus en plus. Puis enfin, à la sortie d’une foret, on retrouve un chemin large, praticable en 4×4, on le suit sans se soucier des petites flèches. D’après le plan, le camp N°1 est à 15 kms des « Florence Falls ». A 5km/h de moyenne, on devrait y être en 3 heures de marche. Ajoutons 1 heure que l’on perd à s’arrêter pour chercher les flèches, ca veut dire que le camp ne doit pas être très loin, à environ 1,5 heure. Une heure plus tard, on commence à se demander pourquoi les flèches ont disparu… peut être parce que le chemin est tellement visible, que l’on en a plus besoin ?
Puis 1,5h plus tard, on commence à s’inquiéter de ne toujours pas être au camp. On a peut être loupé le sentier, et cette route n’est peut être pas la bonne. On fait demi-tour.
Deux heures plus tard, nous voilà revenus à la sortie de notre forêt cramée, et en effet, discrètement le long d’un arbre, une maudite flèche nous indique que le parcours continue à travers la forêt de cendre. Toutes les insultes y passent, les grognements et mécontentements, pourquoi le sentier et les flèches ne sont pas plus visibles !!!! On arrive sur le camp à la tombée de la nuit, une fois de plus. Nous sommes complètement abattus, les pieds en vrac, et le moral dans les chaussettes. A cette allure là, il nous faudra 10 jours pour faire le tour. Nous savons que nous sommes sur le camp parce que nous y avons vu deux tentes. A part, ça, il n’y a rien. Ah si, une table en métal (vous savez, le métal ajourer qui sert à se décrotter les bottes pleine de terre dans les fermes ou sur les chantiers), et soit disant des toilettes, mais que personne n’a trouvées. Ce ne sont pas des terrains de camping, ce sont simplement des emplacements proches d’une commodité naturelle. Sur ce site, la rivière forme des piscines naturelles… alors ouf!
L’eau fraiche ne suffira pas à atténuer l’insupportable crampe que j’ai à l’orteil. C’est la première fois que j’ai une crampe aussi forte et qui ne passe pas. Kate a également les pieds en vrac, Nick a les genoux qui tremblent, il n’y a que Jackie qui est prête à finir la boucle en courant le lendemain au réveil !!! On n’a qu’une tente pour 4. Jusqu’à présent, cela ne posait pas de problème étant donné que certains préféraient dormir à la belle étoile et d’autres sous la tente. Mais le clair de lune nous laisse apercevoir de gros nuages sombres… Il ne pleut pas, mais s’il se met à pleuvoir durant la nuit, c’est la mert… En plus, la tente n’est pas étanche. Coté nourriture, nous avions cuisiné la veille au feu de bois une purée patate- potiron-crème-fromage… elle est déjà immangeable, elle a pris un sérieux coup de chaud. Il ne nous reste plus que de la semoule, du fromage, jambon, céréales… qui subiront certainement le même sort le lendemain. C’est très clair, nous ne somme pas suffisamment équipés pour finir le treck à 4 personnes sur 3 jours. Laissons passer la nuit pour réfléchir, et nous verrons demain l’état de nos pieds. Le lendemain matin, après une bonne nuit à essayer de me faire un matelas avec mon sac à dos (la dernière fois, c’était sur une plage de sable, mais là, c’est moins rigolo, on a dormi directement sur la pierre), je me réveille raide comme une trique, presque impossible de marcher. Les autres ne sont pas beaucoup mieux (sauf Jackie qui n’a jamais mal), donc nous arrêtons le treck. Encore faut-il arriver à la prochaine cascade qui est à 3 heures de marche. Nous nous mettons en route pour les « Wangi falls ». Nick reste avec Kate qui mettra 2 heures de plus que prévu !!! (Nick sera définitivement repu de notre asiatique). Jackie et moi avançons en tête. Lorsque nous commençons à descendre du plateau vers le bassin de la cascade, la végétation est incroyablement dense et humide. La transition entre le buch et la foret tropicale est radicale. On aperçoit des chauves-souris d’un mètre d’envergure… Mais heureusement, pas vu de serpents. La cascade est très belle, mais déception à l’arrivée, on ne peut pas se baigner à cause des crocodiles. On attend Kate et Nick, et on se met en route pour faire du stop. Nous retrouvons Bernard sur le parking des « Florence Falls », et on file se baigner.
Une fois de plus, on retrouve avec hâte le confort de Bernard et on prend la route. Seulement voilà, la batterie est à plat. Bernard adore sentir toutes nos petites mains lui pousser le derrière. Ce n’est pas la première fois, ce serait plutôt la vingtième fois.
Petite parenthèse sur les humeurs de Bernard. Les réveils à plat sont de plus en plus fréquents. Nous n’avons qu’une seule batterie, et c’est un peu juste pour notre utilisation en mode statique. Et cette unique batterie doit commencer à fatiguer. Bernard n’est pas difficile à démarrer en poussette, on finirait presque par s’habituer à cet exercice matinal. Ce qui est nettement plus embêtant, ce sont les conséquences du bouchon qui se promène dans le réservoir. Lorsque ce dernier se place juste au dessus de la pompe, Bernard nous simule une panne d’essence. La seule solution est alors de remuer suffisamment Bernard pour que le bouchon se déplace dans le réservoir. Cela veut dire de grosse embardées sur la route. Depuis que ce problème est apparu, je suis l’unique pilote. Dès que je sens un trou dans l’accélération, je cri « Bernard Check, Bernard Check !!! ». Tout le monde se cramponne dans l’habitacle et tente de retenir les objets volants, et j’ entame un slalom rapide en roue libre, digne d’un warm up de formule 1. Oui , c’est toujours un peu Hollywood chez Bernard !
En principe, au bout de deux ou trois sessions de checky, la pédale des gaz reprend vie. Si les gaz ne reviennent pas, alors là c’est embêtant, parce que plus on slalome, et plus on perd de la vitesse… Jusqu’au moment où l’on se retrouve à l’arrêt, au bord de la route, avec le bouchon toujours à la mauvaise place. Là commence le deuxième exercice de réanimation, le secouage statique. Deux skippers d’un coté, deux de l’autre, les mains sur cette vieille carcasse, et on remue de toutes nos forces. On secoue 10 secondes, puis on essaye de démarrer, si ça ne démarre pas, on recommence. Pour un peu plus de mouvement de flux dans le réservoir et donc un peu plus de chance de faire bouger le bouchon, on vide notre jerrican de secours. L’opération peut durer longtemps, très longtemps. Mais la situation peut encore s’empirer si à force d’essayer de démarrer, on met la batterie à plat. Alors ce n’est plus checky+démarreur, mais checky+poussette… et là ça devient vraiment sportif, et quelque fois dangereux suivant l’endroit où cela nous arrive. Si un réalisateur cherche un scénario pour la suite « Little Miss Sunshine », il n’a qu‘a se servir, c’est tout chaud !
Après un treck échoué et nos pieds en compote. Bernard commence par nous faire une « poussette parking », puis un long « checky+poussette » sur chemin de terre, puis 3 « checky slalom » sur route, et pour finir, un « checky+poussette » sur route en cote, de nuit. C’est un peu trop d’un coup, on doit extraire ce bouchon du réservoir le plus vite possible. La fréquence des checky est de plus en plus importante, nous supposons que le bouchon commence à se décomposer en plusieurs éléments et que les chances d’obturation n’iront qu’en croissant. Un Combi VW est un objet rare en Australie, et les garages capables de travailler dessus ne sont pas nombreux. Nous en avons trouvé un à Darwin. Un forum internet décrit ce garage comme un taudis que cernent 2 allées de vieilles carcasses de Combi, ça sonne plutôt bien pour redonner à Bernard un peu d’amour. Nous ne perdons plus de temps sur la route, et nous roulons directement vers Darwin, qui n’est qu’à une centaine de kilomètres. On arrive à Darwin, on sert les fesses pour que Bernard ne nous fasse pas une farce en plein centre ville, et on se gare sur la fameuse esplanade.
Ca y est, c’est fait… Nous sommes le 4 Juillet, et nous sommes enfin arrivés à Darwin …
8 000 kms et 42 jours après notre départ de Perth. Nous sommes à mi-chemin ! Cette ville qui nous paraissait inatteignable, toujours plus au Nord, toujours plus chaud, toujours plus loin. Nous sommes soulagés, et impatients d’aller explorer et profiter d’une VRAIE ville. Comme je l’ai fait remarquer plusieurs fois auparavant, la notion de ville en Australie est assez différente de celle que l’on peut avoir outre mer. On n’en croise pas tous les jours, et surtout quand on traverse le WA et le NT. Si Perth est la ville du WA, alors Darwin est celle du NT. Premier inconvénient de la ville, ou dormir avec un campervan. Comme dans toutes les zones urbaines, c’est la galère ! Les parkings de plage, les centres villes, les ports… tout est interdit. La solution est en principe de sortir de la ville ou de payer un camping privé. Il y a une autre alternative, pas trop sexy mais qui fonctionne, c’est la zone industrielle. La police n’y tourne pas trop, et c’est complètement déserté à partir de 17h. On se trouve un petit chemin de terre 4×4 qui part dans des friches désertes, en pleine zone industrielle, à deux pas du garage où l’on a rendez vous le lendemain.
7h du matin, on arrive chez MBN, une allée de carcasses de combi comme promis, un tas de moteurs dans le hangar, et deux lascars qui nous accueillent. L’accent incompréhensible (Même pour Nick), un t-shirt sur lequel on devine à travers les traces de cambouis un imprimé du schéma de démontage d’un Kombi. L’air blasé, ils écoutent notre diagnostic puis font le tour de Bernard. Première remarque, « smells Petrol, not good ». On leur demande de faire un service complet, huile moteur, huile boite, filtres, réglages soupapes, avance à l’allumage, graissage, circuit de freinage, embrayage… Et surtout, de trouver une solution pour sortir le capuchon du réservoir. Pour cette dernière requête, la réponse est immédiate. Impossible d’aspirer ou l’extraire depuis le tuyau de remplissage, il faut accéder directement au réservoir. Sur ces modèles, la surprise est qu’il est impossible d’accéder au réservoir sans extraire le moteur, alors ouf ! Mais il y a une autre astuce, découper un carré dans la carcasse, pour accéder directement au réservoir sans rien déposer (oui, c’est presque chirurgical). Il me semble avoir vu une plaque de bois sous le matelas, qui est au même emplacement que leur description. Vérification, et jackpot, la fameuse découpe a déjà été faite ! Nous ne sommes pas les premiers à avoir laissé des souvenirs dans le réservoir de Bernard. Cela va leur économiser du travail et donc alléger notre facture. Nous sommes à demi soulagés. Nous laissons Bernard entre ces bonnes mains et repartons en ville en bus. Nous allons faire du repérage, informations, connexions internet, visites… Bernard passera certainement la nuit au garage, il nous faudra trouver une solution pour se loger autrement. Chacun y va de ses petits tuyaux perso… Kate se fera héberger par des Asiatiques, Nick aura un rendez vous galant et secret, prévu avant son arrivée à Darwin, et pour Jackie et moi, ce sera le retour au Couchsurfing (voir début d’article « Perth »). Entre temps, le garage nous rappelle, ils ont déjà fini le full service et extrait le bouchon. La raison pour laquelle le «coup de la panne» arrivait de plus en plus souvent est que le bouchon, composé de trois éléments, s’était désolidarisé. Il y avait donc trois fois plus de chance qu’un élément se dépose sur la pompe. Mais ce n’est pas tout. Il y a un joint de cardant à changer, le problème de démarrage le matin ne vient pas de la batterie mais certainement du démarreur et l’odeur d’essence vient de la pompe à essence qui fuit… Et ce sera tout ? Non, il y a aussi du jeux dans la direction, des soufflets de rotule abimés, la porte latérale qui coulisse mal, une charnière manquante sur la capot moteur, et une pièce manquante sur la fenêtre de ventilation avant droite et le circuit électrique à vérifier. La note pour le travail effectué est déjà salée, et le devis pour changer tous ces points défectueux deviendrait vite hors norme vu l’âge avancé de Bernard. Une réunion extraordinaire entre les skippers est prévue le lendemain matin au garage. Après une nuit de couchsurfing dans le squatte le plus crade et bruyant de la ville (et en plus j’ai été malade toute la nuit), nous revenons au garage. Les décisions sont prises, les skippers se partageront les frais du « full service » et d’extraction de bouchon, et je prendrai en charge le remplacement du joint de cardent, la porte latérale, le capot moteur et la fenêtre. La pompe à essence et le démarreur n’auront qu’à bien se tenir.
Comme cité précédemment, Darwin est un tournant dans notre voyage. A mi chemin sur le « Bernard Tour », à l’extrême Nord du continent, et aussi très proche de l’Indonésie! Cette situation géographique fait tourner la tête de notre Américain. Il avait prévu depuis longtemps d’aller visiter des amis à Jakarta, et pensait y aller directement depuis Melbourne. La côte Est à venir ne l’intéresse pas plus que ça, et il a vu tout ce qu’il voulait voir du pays. Il envisage de plus en plus de mettre fin à son séjour australien à Darwin, pour avoir le temps de remonter tranquillement sur Jakarta par Bali et Java. Je ne peux que l’encourager à choisir cette variante. Il serait tellement dommage que son expérience Indonésienne se résume à Jakarta.
Il nous quittera quelques jours plus tard, et ira s’isoler quelques jours sur une île déserte à quelques kilomètres de Darwin avant de prendre son vol… En fin de compte, c’est peut être ce dont il avait le plus besoin, après 7 semaines confinées chez Bernard, entre les deux européens et notre extra-terrestre Asiatique. En parlant de Kate, elle a besoin de travailler rapidement, et nous savions en la prenant à Broome que son point de chute serait Darwin. Elle nous quittera également quelques jours plus tard.
Jackie et moi sommes maintenant seuls à bord, Bernard se sent presque vide, mais nous le trouvons plus confortable. Nous continuons notre exploration urbaine, et passerons beaucoup de temps à la librairie qui deviendra mon bureau pour quelques jours. Nous passons des annonces pour trouver de nouveaux coéquipiers, mise à jour du blog, papiers, organisation, emails, cartes postales… la totale. Entre temps, nous aurons une autre expérience de couchsurfing, chez « Nadine », une Allemande qui habite dans un quartier sympa de Darwin, à Nightcliff. Cette expérience sera nettement plus appréciée que la précédente.
Nous prenons vite nos repères et nos petites habitudes en villes. La librairie dispose de la seule connexion internet gratuite en ville. Les douches se prennent sur le « Wharf » ou a « East Point ». Nous retournons dormir tous les soirs au même endroit, dans notre friche. Et les barbecues se font à « East point » ou sur le site « World War II ».
Mini parenthèse sur ces sites nommés WWII. Il y en a partout. Il n’y a pas une ville que nous ayons traversée sans qu’il n’y ai à voir un restant de bunker, ou un hangar à munissions, ou encore un ancien camp d’entrainement datant de la deuxième guerre mondiale. Les livres d’histoire sont loin, et ma mémoire a eu du mal à sortir des infos sur l’implication de l’Australie durant la grande guerre. Jackie, d’un autre point de vue, a également été très surprise par cette omniprésence de tristes souvenirs. Heureusement, le WWII de East point est très calme, peu fréquenté et a une superbe vue sur l’Océan, nous y grillerons quelques poissons décongelés de chez « Woolworth ». Autre remarque sur les supermarchés en Australie. Les Suisses qui n’ont que le choix entre la COOP et la MIGROS ne seront pas dépaysés en Australie… Ici aussi, le choix est binaire… COLES, ou WOOLWORTH. Notons toutefois la présence des IGA (Aldi pour la Suisse), de petites épiceries de coin de rue qui peuvent être une alternative. Les deux gros vendent plus ou moins la même chose. Tout est plus cher qu’en France, à l’exception de la viande, qui est bonne et bon marché. Mais si vous l’accompagnez de légume, l’assiette vous reviendra au même prix. Pas de vente d’alcool dans les supermarchés, il faut aller dans des liquor shop.
Les jours défilent et nous sommes toujours à Darwin. Entre visite de musée, intendance, travaux administratifs, ballades, rendez-vous et sélection de nouveaux coéquipiers… Quinze jours se sont écoulés depuis notre arrivée. Entre temps, nous nous sommes échappés 2 jours pour aller fêter l’anniversaire de Jackie. Nous sommes allés à 80 kms en direction de Kakadu NP, et avons visité Djukbinj NP qui est nul, et Fogg Dam qui est bien. Jackie n’apprécie pas trop les villes. Elle préfère d’avantage aller courir ses 30kms quotidiens en pleine nature plutôt que d’aller piétiner dans les musées. Cette escapade est donc emballée dans du papier cadeau.
Mais je lui ai fait une autre surprise pour marquer l’évènement, j’ai perdu son appareil photo que j’avais posé sur le toit de Bernard. Donc une demi-journée supplémentaire dans l’énorme centre commercial de Casuarina pour lui trouver un nouvel appareil! Elle est ravie. Après ces deux semaines passées à arpenter la ville, Darwin est devenue familière pour nous. C’est une petite ville (80 000 habitants) agréable. Sa situation tropicale lui donne un mouvement de saison binaire très contrasté, la saison sèche et la saison humide. Il est bien plus agréable de la découvrir en saison sèche.
Après avoir été bombardée massivement durant la guerre, Darwin a ensuite été rasée en un cyclone. Son expansion date des 40 dernières années ou 40% de la population actuelle est arrivée. Ce centre ville est très petit et sans intérêt majeur, mais quelques quartiers environnants sont très agréables. Darwin est une ville dynamique qui accueille de nombreux festivals et manifestations. Le port et l’université lui assurent un flux et reflux important de la population. Voici brièvement ce qu’il faut aller faire à Darwin :
-Se promener dans le centre ville et noter la qualité architecturale de certains bâtiments. Il n’y en a pas beaucoup, mais la gestion de l’héliodon (les différents angles d’ensoleillement durant une journée) est souvent bien maitrisé et crée des façades intéressantes.
Aller s’ennuyer au jardin botanique. Aller au marché nocturne de Mindil Beach tous les jeudis et dimanches soirs. Musique, stand de nourriture des 4 coins du monde à profusion, bibelots pour touristes. Coincé entre la plage et le casino, ce marché ne manque pas d’animation.
Aller à East point Reserve qui est une langue de terre entièrement consacrée à la nature. C’est le refuge diurne de tous les backpacker étant donné la présence de douches et de barbecue. Un peu plus loin sur ce même East point, on trouve le musée militaire, le parc est libre d’accès et jouit de plusieurs barbecues très calmes et bien situés.
Il y a quelques belles ballades à faire sur cette péninsule. Le Wharf est une extension « balnéaire » du centre ville. Ce projet récemment terminé sent encore la peinture fraiche. On y trouve une minuscule plage sans crocodile, une piscine à vague, un centre des congrès, des immeubles d’habitations haut de gamme, et une vieille jetée en bois qui mène au quai des pêcheurs.
Le soir venu, ce quai est bien animé par quelques groupes de musique, des badauds et de nombreux fish&ships.
Aller faire un tour du coté de Night cliff et ses superbes points de vue sur l’océan. Juste à coté, aller flâner sur Sandy creek.

Ne surtout pas manquer le « Museum & Art gallery of Northern Territory », et le ski club juste en face.

Jeter un coup d’oeil à Cullen Bay avec ses villas de millionnaires directement dans la marina. Les bateaux au bout du ponton sont parfois plus gros que la maison.


Le Charles Darwin NP et le Holmes Jungle NP sont un peu à la même sauce que le jardin botanique, un peu ennuyants. Ne pas oublier d’aller se perdre au moins une fois au Casuarina Mall.
Mais comme tout bon touriste, l’introduction dans Darwin se fait sur l’Esplanade, qui est un long parc vert le long de l’Océan. On y trouve la fameuse librairie, un cinéma en plein air, un mémorial de la guerre…
Je ne sais pas pourquoi cette esplanade est si réputée, il n’y a rien de sensationnel. Ah si… admirer l’aménagement public, et les bancs « desiiiiiiign », avec ombrage végétal, une folie!

Sinon, dans les divertissements culinaires, il faut bien entendu aller se faire une orgie au Night Market, mais aussi aller acheter un steak de croc à la ferme au crocodile et se le faire au BBQ. Aller manger une pizza dégueu à 7$ le jeudi soir avec tous les autres backpakers chez Domino. Voilà, Darwin c’est fini, ou presque…
Il nous faut maintenant aller chercher nos deux nouveaux skippers, Yan l’Allemand et Heiri la Coréenne, et rouler en direction du Kakadu NP. L’aventure continue.
Publié dans Australie











































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































